samedi 28 mars 2015

Julius Grey, justicier, à la défense d’une hijab Barbie…

La démocratie et le droit à la différence de l’Autre doivent beaucoup à Me Julius Grey, qui s’est si admirablement démarqué en 2006 pour avoir défendu bec et ongle le droit d’un gamin sikh de pouvoir porter son kirpan en classe secondaire.  Quand on sait que, pour certains fervents représentants de cette religion, le kirpan demeure aussi nécessaire à leur salut que la tente à oxygène à l’asthmatique chronique, on peut mesurer à sa juste valeur toute l’étendue de l’inestimable contribution de ce justicier, aussi intègre que désintéressé.  

Julius Grey, justicier...
C’est certainement en bonne partie grâce à ce louable précédent si le kirpan est désormais accepté depuis 2014 dans les ambassades fédérales et les missions à l’étranger en attendant, sans doute, de se voir admis dans les contrôles aéroportuaires ou dans les établissements carcéraux.  Qu'importe si au Penjab, État majoritairement sikh, 80 % de ses jeunes représentants ont même renoncé au turban !

C’est également dans une importante mesure grâce à l’habileté de cet éminent juriste que le Québec doit de se voir bouleversé de salutaires questionnements sur les accommodements religieux, garantis par nos chartes des droits et libertés, tant fédérale que provinciale.  Où en serait l’état de notre évolution sociétale sans des êtres d’exception aussi épris de justice et d’équité ?

Scalpe-t-on les autochtones ?

Dans son laborieux cheminement, si douloureusement semé d’embuches, Julius Grey vient de relever un nouveau défi en se portant à la défense de Rania El-Alloul, déplorablement victime d’une juge indéniablement islamophobe, qui a osé exiger que la musulmane retire son hijab avant de comparaitre devant elle.  Pourquoi ne pas légaliser la pratique du scalp, tant qu'on y est ?  Devant le refus militant de l’interpelée de s’exécuter, la magistrate avait refusé d’entendre sa cause.

La juge Eliana Marengo réalise-t-elle tout le préjudice qu’elle a fait subir à cet être fragile, démuni, presque éteint, doté d’une identité si chancelante qu’elle se raccroche si désespérément à un morceau de tissus ?  « Je ne vais donc pas vous entendre si vous portez un foulard sur votre tête, avait eu le culot de déclarer la magistrate, comme je ne permettrais pas à une personne de comparaître devant moi si elle portait un chapeau ou des lunettes de soleil ou tout autre vêtement qui n'est pas convenable lors d'une audience du tribunal. » 
Imaginez, rabaisser le hijab au rang de chapeau ou de lunettes de soleil !  Ne même pas le trouver convenable !  N’est-ce pas là joindre l’insolence à l’intolérance, je vous demande un peu !
Un désintéressement des plus totaux…
Rania El-Alloul, victime.
À ceux qui oseraient soupçonner chez Me Grey quelque velléité de cupidité à partir d’une cause bancale, voire insipide, l’incorruptible avocat rétorque :

« Je n’ai pas fait une étude approfondie de la possibilité d'obtenir des dommages de quelqu'un. Tout ce que je pourrais dire, c'est que le but de cette procédure n'est pas l'obtention de dommages, pas plus que de faire démissionner la juge. Le but est d'établir un principe une fois pour toutes : que tout le monde est bienvenu devant les cours de justice. »
Vous voyez, il ne vise pas l’obtention de dommages, puisqu’il l’affirme !  Après tout, comment douter de la parole d’un représentant de notre Justice, presque philanthropique ?
L’admirable générosité des Québécois…
Un irrépressible sentiment de fierté m’envahit souvent devant l’incommensurable générosité des Québécois, tout comme devant leur inégalable lucidité, au regard des situations qui les touchent au plus profond de leurs entrailles.  Au plan de l’altruisme et de la clairvoyance, peu de peuples leur ressemblent.
La preuve en est que, puisque Rania El-Alloul s’adressait au tribunal pour récupérer sa voiture, saisie par la Société de l’assurance automobile du Québec, un mouvement de solidarité en sa faveur a permis de récolter 50 000 $ pour que la femme voilée puisse s’acheter une nouvelle auto !
Quand je vois ça, j’en ai les larmes aux yeux…
La musulmane, très digne, a refusé l’argent, mais les organisateurs de la campagne ont émis la possibilité d’utiliser « une partie de ce montant » pour financer des actions en justice.
Vous voulez parier que des esprits retors accuseront Julius Grey de vouloir s’enrichir en manipulant des esprits simples ?  Est-il Allah possible..

jeudi 26 mars 2015

La croisade de Soumia Allalou contre les mâles alpha de McGill…

Il arrive que des initiatives qui semblent à prime abord éminemment égalitaires dissimulent en fait des desseins condamnables.  Ainsi, l’apparente égalité homme femme affichée par la mixité dans les salles d’exercice d’une institution publique ne pourrait-elle pas servir de paravent infamant à une manifestation insidieuse de la domination masculine qui afflige si particulièrement le Québec, ou d’intolérance devant les us et coutumes de citoyens aux valeurs légèrement différentes des nôtres ? 

Soumia Allalou, hijab Barbie.
C’est sans doute à la perspicacité de Soumia Allalou, étudiante musulmane en droit originaire de la si progressiste Ontario, que nous devons de prendre conscience de ce bien douloureux constat.  Depuis quelques semaines en effet, la communauté universitaire de McGill se voit cruellement déchirée à la suite des avant-gardistes revendications de cette militante qui réclame que le centre sportif de cette institution rétrograde offre enfin des plages horaires réservées uniquement aux femmes.  La moindre des choses, non, dans notre société qui se dit habitée par l’égalité homme femme et par l’ouverture à l’Autre ? 

« Je préfère faire de l'exercice dans un environnement uniquement féminin », devait expliquer sans sourciller la jeune militante de 23 ans, une revendication qui n’a rien d’un caprice, on s’en doute, et encore moins d’un accommodement religieux, bien évidemment.  Elle ajoute : « Je pense que les femmes ont plusieurs raisons de vouloir faire du sport avec seulement des femmes. Elles peuvent se sentir plus à l'aise, elles peuvent avoir eu de mauvaises expériences dans le passé, elles peuvent avoir moins accès aux machines. Beaucoup de femmes me disent qu'elles se sentent intimidées dans la section des poids » 

Bien sûr, des esprits tordus pourraient objecter à ces observations si éclairantes que les jeunes femmes peuvent profiter de l’occasion offerte par le contexte actuel pour cohabiter avec l’autre sexe, pour s’affirmer envers lui si besoin est, et vivre ainsi dans un climat authentiquement égalitaire.  Ils pourraient ajouter que l’université demeure un lieu privilégié pour apprendre à vivre en société.  Mais nous savons bien que tout ça, c’est du pipeau, des mots dissimulant un obscur dessein relevant de la plus déplorable conspiration phallocratique et xénophobe !

Ah, l’emprise de ces mâles alpha hétérosexuels de souche !

On peut dès lors concevoir les sourdes appréhensions, les noirs tourments, les sombres insomnies susceptibles d’accabler la frêle gent féminine de cette université à l’idée de côtoyer les hommes québécois de demain, sans doute parmi les plus inquiétants machos en Amérique du Nord.  Et que dire de leur libido monstrueusement envahissante, au point où la chroniqueuse Judith Lussier, une femme si équilibrée, s’est déjà épanchée dans l’un de ses billets sur le sentiment de terreur qui l’envahissait chaque fois qu’elle se promenait l’été, vêtue de sa jolie robe blanche, dans les lugubres rues de Montréal !

Comme il fallait s’en douter, les mêmes esprits étroits que tantôt, prétextant un factice souci d’égalité, se sont opposés aux revendications ô combien légitimes de Soumia par le biais d’une pétition, dont voici un extrait particulièrement incriminant : « Tous les étudiants de McGill devraient être traités également. Des droits exclusifs pour le gym ne devraient pas être accordés à des groupes démographiques spécifiques. Les femmes qui refusent d'utiliser le gym quand des hommes s'y trouvent doivent assumer leur choix ».

Imaginez, on dit aux femmes d’assumer leur choix !  Y aura-t-il un jour une limite à l’antiféminisme culpabilisant, à l’intolérance islamophobe, qui menacent l’humanité québécoise de demain ?  S’opposer à de si nobles revendications, n’est-ce pas joindre le racisme au sexisme ?  Mes doigts tremblent en tapant ces deux mots, si lourds de sens !

Judith Lussier, une autre militante...
Fidèle à l’idée qu’on se fait d’une association étudiante, celle de l’université soutient Soumia.  Dans un communiqué publié mercredi, la vice-présidente Claire Stewart-Kanigan écrit : « c'est mon travail de guider, soutenir et représenter un étudiant dans ses efforts pour faire valoir ses droits auprès de l'Université ».  Quelle signifiante preuve de solidarité !  En clair, peu importe le bien-fondé d’une initiative, l’important, c’est de la soutenir.  Et l’on viendra dire que les responsables d’associations étudiantes sont des têtes de linotte…

Le début d’un temps nouveau…

N’est-il pas rafraîchissant de voir cette nouvelle venue ontarienne nous indiquer la route à suivre, si étendue, affirme-t-elle, dans sa province d’origine où l’ouverture d’esprit est telle qu’elle a bien failli adopter les tribunaux islamiques ?  Vite, laissons nos préjugés de côtés, et apprenons à vivre selon les us et coutumes d’une culture qui viendra à coup sûr enrichir notre si rustique simplicité québécoise.  C’est peut-être l’avenir de notre civilisation qui se dessine peu à peu grâce à des gens aussi bien intentionnés que cette honorable bienfaitrice…

dimanche 22 mars 2015

Retour de Charkaoui à Maisonneuve : gare à l'Islamophobie !

Dire qu’il existe des âmes chagrines pour s’énerver du retour d’Adil Charkaoui au collège de Maisonneuve !  Comment est-il Allah possible que leur tolérance à la différence soit tombée si bas ?  Heureusement, c’est dans la paix de Mahomet que l’apôtre de la religion d’amour expansionniste a été réintégré dans son École des compagnons, hébergée par ledit collège d'où il avait été si injustement expulsé en raison de jugements précipités sur des évènements au fond bien anodins. 

Adil Charkaoui, victime de notre intolérance...
Après tout, comment peut-on légitimement trouver quoi que ce soit à redire sur les fâcheuses coïncidences qui ne finissent plus de s’accumuler et de faire malencontreusement passer pour un mauvais sujet un citoyen que nos services d’immigration ont eu la sagesse de reconnaitre comme Canadien à part entière ?

Doit-on se formaliser du fait que cinq des sept jeunes qui ont quitté le Canada pour le djihad en Syrie aient fréquenté le collège Maisonneuve, que deux d’entre eux au moins suivaient les cours de notre homme, que des voisins aient aperçu pendant des mois Charkaoui visiter un jeune « converti » avant son départ, que le site du militant regorge de sites exaltant le djihad et Ben Laden, qu’il partage la vedette du Collectif québécois contre l’islamisation avec un imam ayant milité pour l’instauration des tribunaux islamiques en Ontario, que des procureurs fédéraux détiennent des enregistrements le présentant– sans doute à tort - en train de planifier une attaque biochimique dans le métro de Montréal ou qu’il soit donc toujours dans la mire des milieux anti-terroristes ?

Il en faut bien peu pour alarmer les esprits soupçonneux, sans doute en proie au racisme le plus abject ou à l’islamophobie la plus perfide.  Heureusement, il y a des élus pour donner l’exemple et qui savent se tenir.  

C’est sans doute parce qu’il se sent perclus de remords d’avoir signé en 2003 le certificat de sécurité d’Adil Charkaoui alors qu’il était ministre de l’Immigration que Denis Coderre, maintenant maire de Montréal, observe un silence empreint de repentance sur les évènements qui accablent si injustement sa victime, depuis trop longtemps sous les feux des projecteurs médiatiques.

Même le collège Rosemont, qui maintient obstinément son expulsion d’un citoyen sans reproche, refuse de commenter, en proie assurément à une conscience tourmentée par la faute commise.

De son côté, le collège de Maisonneuve espère bien se faire pardonner sa si injuste attitude envers un fin démocrate en l’accueillant avec humilité en son sein.  On se demande pourquoi alors la direction de cet établissement juge à propos de déléguer un observateur arabophone afin de s’assurer que M Charkaoui ne s’adonne pas à un prosélytisme islamiste.  Où donc ces gens vont-ils chercher pareilles suppositions, on se le demande.

Il ne manquerait plus que de nouvelles recrues au djihad syrien ne quittent ce collège, ou tout autre endroit fréquenté par Adil Charkaoui, pour que de nouveaux soupçons injustifiés ne viennent à nouveau accabler ce citoyen exemplaire, symbole de la réussite de l’intégration de la différence dans notre société d’accueil.  Là encore, il faudrait surtout se garder de sauter trop vite aux conclusions d’après des apparences sans réel fondement.  L’islamophobie, ce cancer sociétal, se déclare si facilement...

vendredi 20 mars 2015

Niqab : Miller n’aurait pas dû s’excuser, Trudeau et Mulcair, oui !

À peine étions-nous sortis du psychodrame entourant la boutade de Robert Poëti sur les femmes et le magasinage, lancée devant la Chambre de commerce de Baie-des-Chaleurs, à l’appellation prémonitoire, compte tenu des réactions de sa porte-parole et de celles du PQ et de Québec solidaire, que nous nous trouvions cette semaine propulsés dans une nouvelle tempête dans une verre d’eau. 

Larry Miller, soufre-douleur de la bienpensance.
La cause ?  Un député conservateur, Larry Miller, a eu le mauvais goût présumé d’affirmer que les femmes qui ne voulaient pas dévoiler leur visage lors de leur assermentation en vue de devenir citoyennes canadiennes auraient mieux fait de rester « là d’où elles venaient ». Où donc serait le problème avec pareille prise de position ?

En effet, lorsque avant même de participer à une cérémonie aussi significative dans sa patrie d’accueil, une arrivante se sent en droit d’en contester les usages établis et d’imposer une coutume aussi réductrice que barbare, il y a de quoi s’interroger sur une intégration qui risque de se voir compromise par de nouveaux faits d’arme tout aussi discutables.  Une société est parfois riche des citoyens dont elle peut se passer.

Dans cette optique, il peut sembler difficile, pour toute personne sensée, de contredire les propos de Miller et encore moins aisé de monter aux barricades pour les dénoncer, pourrait-on croire.  Force est pourtant de constater que des fous de balustres se sont sentis en droit de déchirer publiquement leur djellaba à ce sujet.  

C’est à se demander si, dans un avenir rapproché, il sera possible d’afficher des positions un tant soit peu dénuées d’ambigüité sans les avoir passées au préalable à travers un décodeur filtrant ce qui ne correspondrait pas aux dogmes d’une rectitude politique bienpensante des plus asphyxiantes, pour ne pas dire des plus insipides. 

« L’affront » 

Ce député ontarien, commentant la « cause » de Zunera Ishaq, cette Pakistanaise qui habite dans la région de Toronto,  obnubilée par l’idée fixe de pouvoir porter son niqab en prêtant le serment de citoyenneté, a précisé que la plupart des Canadiens étaient d’accord avec l’interdiction d’arborer cet oripeau.  Il a de plus eu l’audace d’exprimer son ras-le-bol devant les nouveaux venus qui débarquaient au Canada pour y imposer leur mode de vie.  Miller aurait pu parler d’usages rétrogrades, misogynes et avilissants, mais des vierges offensées auraient sans doute exigé sa démission.

Le niqab, aussi rétrograde que hideux.
Ces commentaires prenaient place dans le contexte où le gouvernement Harper avait fait appel de la décision absurde de la Cour fédérale qui, en proie à un envahissant accès d'errance idéologique, avait jugé à propos d’invalider l’interdiction de porter le niqab dans le cadre de l’assermentation.  Notons que le même parti conservateur juge par ailleurs pertinent qu’une employée de la fonction publique puisse s’affubler de semblable déguisement dans l’exercice de ses fonctions.  

Imaginons Aqsa Parvez, assassinée en 2007 par son père et son frère pour avoir refusé de porter le hijab, tentant au préalable de demander aide et soutien auprès d’une intervenante sociale affublée d’un vêtement ne laissant paraitre que les yeux…  

Et que dire des sœurs Shafia, avant que leur père, sa seconde épouse et leur frère ne les noient, ainsi que leur mère, à Kingston, dans la même province où se joue le psychodrame de la militante au niqab. L’incompétence des services sociaux, scolaires et policiers avait déjà suffisamment attiré une bien embarrassante attention sans en rajouter avec des symboles dits religieux aussi dissuasifs que répulsifs.

Quoi qu’il en soit, devant le tollé soulevé par ses commentaires, le député conservateur a présenté des excuses tout en maintenant son opposition au port du niqab lors du serment d’allégeance.  Il n’aurait certainement pas dû s’excuser. 

Les limaces ne s’excusent pas. 

Justin Trudeau, opportuniste et à plat ventriste.
À genoux devant la Charte des droits et libertés et devant les tribunaux, Thomas Mulcair, chef de l’opposition officielle, préfère quant à lui se laver les mains de cette question embarrassante qui, préfère-t-il penser, ne relève pas des politiciens.  Parlez-moi d’un homme politique de convictions !   Sa position est tout aussi flasque en ce qui a trait à la possibilité pour les employés de la fonction publique d’arborer des signes religieux.

Plus mollasson que ça, on devient Justin Trudeau, chef du parti libéral du Canada, dont le seul soubresaut d’énergie manifestée sur cette question sensible a été de s’en prendre à Stephen Harper pour avoir contesté la décision de la Cour fédérale de permettre le niqab lors de l’assermentation à la citoyenneté canadienne.  C’est ainsi que le Sean Lennon de la politique fédérale devait accuser le chef conservateur d'avoir «choisi plutôt d'utiliser une politique de division, d'attaques et de peur».  Imagine no religion… 

Devant un calcul électoral aussi flagrant de la part de politiciens opportunistes qui ne songent qu’à courtiser une clientèle ciblée, on pourrait se demander comment il se fait que, compte tenu de la porte laissée ouverte par eux à toutes les dérives au prétexte du respect de la religion, ce n’est pas plutôt ces individus qui auraient dû présenter des excuses publiques.

Ce serait la moindre des courtoisies, quand on tient des propos aussi irresponsables que condamnables. 

mardi 10 mars 2015

La longue route sinueuse d'Adil Charkaoui...

C’est fou ce que les commérages injustifiés ou les apparences traitresses peuvent causer de tort aux meilleures réputations comme aux personnalités publiques les plus admirables et attachantes.  Prenons le cas d’Adil Charkaoui, par exemple.  Figurez-vous que trois voisins d’Imad Eddine Rafai, l’un des six jeunes ayant quitté le Canada en janvier pour joindre un groupe islamiste en Syrie, auraient prétendu avoir vu le porte-parole du Collectif québécois contre l’Islamophobie entrer et sortir à plus d’une reprise du logement du jeune homme entre juillet et décembre 2014. 

Adil Charkaoui et le démon de la route.
C’est le Journal de Montréal qui a eu vent de cette rumeur sans doute exagérée, peut-être même forgée de toute pièce, avant de tenter de joindre le militant islamique qui n’a pu s’expliquer de façon adéquate, occupé qu’il était à conduire au moment de l’appel.  M Charkaoui a dû poursuivre son parcours routier très longtemps à partir de ce moment, puisqu’il n’a jamais rappelé les journalistes malgré « de multiples messages précis lui demandant de  réagir à ces renseignements. »

Tout le monde sait que le fait de conduire de façon prolongée peut entrainer des conséquences funestes, comme de la fatigue accumulée, des problèmes de vision ou des troubles de la mémoire.   Voilà sans doute la raison pour laquelle M Charkaoui ne s’est pas rappelé, le 27 février, d’avoir rencontré l’un ou l’autre des jeunes partis pour la Syrie, incluant ledit Imad Eddine Rafai.  La mémoire lui était par contre revenue pour Bilel Zouaidia, sans doute parce que ce dernier avait suivi les cours d’arabe et d’études coraniques de son École des compagnons.

Un soudain flashback devait par ailleurs lui rappeler Mohamed Rifaat, photographié à ses côtés lors d’activités de son Centre communautaire islamique de l’est.  Un article de La Presse avait sans doute contribué à ce regain mnémonique.  Interrogé par les journalistes du quotidien de la rue St-Jacques, le musulman marocain avait sans doute dû à nouveau succomber au démon de la route puisqu'il ne semble pas avoir été en mesure de leur retourner leurs appels.

Trou de mémoire ? 

Si l’on en croit un témoin présumé, M Charkaoui souffrirait d’importants déficits au plan des souvenirs puisqu’il aurait eu l’habitude de rencontrer Imad Eddine Rafai de jour, en l’absence de son père.  Sans doute trouvait –il en pareilles rencontres un havre de paix, loin de ses habitudes routières prolongées.  Si le témoin dit vrai, les absences de mémoire de M Charkaoui seraient grandes puisque les visites se seraient déroulées à l’été et à l’automne 2014, soit tout récemment.

 Un fâcheux concours de circonstances, relevant sans doute de la plus pure coïncidence, aurait fait en sorte qu’une étonnante métamorphose s’est précisément opérée à cette époque chez le jeune homme, qui s’est laissé pousser une barbe typique en plus de porter une longue tunique claire, semblable à celles arborées par les adeptes de l’islam fondamentaliste.

Imad Eddine Rafai... auparavant.
Pour ajouter à une polissonne fatalité, c’est vers le 16 janvier, donc peu après les visites répétées de M Charkaoui, que le jeune homme se serait envolé, de concert avec trois autres hommes et deux jeunes femmes d’origines marocaine et algérienne, dans le but de joindre les rangs des djihadistes en Syrie.  Gageons que le porte-parole du Collectif québécois contre l’Islamophobie n’a rien pu faire pour le dissuader d’un projet aussi téméraire qu’inquiétant, malgré tout l’ascendant qu’on serait porté à lui prêter. 

Quand le mauvais sort s’acharne… 

Cette malencontreuse révélation ne pouvait plus mal tomber, au moment où le militant islamique réprouvé se sentait déjà si tristement ostracisé. Est-il nécessaire de rappeler la décision des collèges de Maisonneuve et de Rosemont de suspendre la location de leurs locaux à l’organisation de ce fin démocrate, sous prétexte que son site héberge des liens de propagande djihadiste ?  Comment ne pas voir en M Charkaoui un martyre de la liberté d’expression, une victime de l’islamophobie ?  Lui y parvient si aisément.

J’ai déjà fait état dans une chronique précédente d’autres incidents fâcheux qui jalonnent  le parcours du combattant de ce farouche défenseur de la tolérance.  Malgré son humanisme percutant, des voix parmi la communauté musulmane s’élèvent pour lui demander de ne plus parler en leur nom tandis qu’un ancien supporter le désavoue publiquement.  

Il n’est pas jusqu’à Françoise David, à la perspicacité visionnaire, qui soutenait si ardemment  M Charkaoui en 2009, mais qui rase désormais les murs aussi prudemment de nos jours.  

Quel sort attend M Charkaoui et celui de la minorité dans la minorité qu’il défend ?  C’est en retenant notre souffle que nous découvrirons sans doute dans les jours et les mois qui viennent le dénouement d’une question qui va bien au-delà de la personnalité même, si attachante soit-elle, de cet homme d’idées indubitablement compatibles avec notre gauche progressiste.  À travers Adil Charkaoui, c’est une question de liberté d’expression et de respect de la personne qui se joue et où l’intérêt public et la sauvegarde de nos libertés doivent finir par l’emporter.

Il ne faudrait pas trop attendre avant de s'en rendre compte...

dimanche 8 mars 2015

La démocratie de M Charkaoui, l’intuition futuriste de Mme David…

Il existe de par le monde et ici même des êtres d’exception dotés d’une envergure de pensée, d’une tolérance et d’une incontestable générosité qui en font des visionnaires spontanés.   Au nombre de ces penseurs inhabituels, il faut désormais compter la cheffe de Québec solidaire, Françoise David, dont la capacité d’anticipation vous jetterait au bas de votre chaise.  Quel évènement justifie autant de louanges ?

Françoise David... visionnaire ?
Le 24 septembre 2009, lors de la victoire d’Adil Charkaoui en cour fédérale qui affranchissait ce citoyen exemplaire, depuis naturalisé canadien, de son certificat de sécurité, Mme David, au nom de son parti, tenait ces propos éloquents, avec la pondération qu’on lui connait : « Sa totale remise en liberté (de Charkaoui) est une victoire pour la démocratie et un désaveu total de la politique ultra-sécuritaire du gouvernement Harper. Québec solidaire s’oppose depuis le tout début à ces certificats de sécurité qui violent les droits les plus fondamentaux des individus concernés. Il s’agit également d’une victoire pour tous les groupes de la société civile qui l’ont appuyé au cours de ces années difficiles. »

On retient difficilement ses larmes devant tant de candide sincérité.

Fort de cet appui signifiant, M Charkaoui a réclamé en vain des excuses officielles de notre lugubre gouvernement fédéral avant d’annoncer son intention de le poursuivre, ainsi que l’inquisitorial Service canadien du renseignement de sécurité et la paranoïaque Agence des services frontaliers du Canada, pour la modique somme de 26 millions de dollars.  La dignité outragée n’a pas de prix.

Citizen Charkaoui

Originaire du Maroc, Adil Charkaoui, pourtant pétri des meilleures intentions d’intégration, dirait Mme David, avait été arrêté en mai 2003 en vertu d’un certificat de sécurité, puis libéré en 2005 après plus de 21 mois d’incarcération, moyennant de strictes et infernales conditions, dont le port infamant d’un bracelet électronique.  C’est la révocation de ce certificat et le retrait du bracelet qui devait soulever l’enthousiasme si légitime de la présidente de QS.

Homme éprouvé par une justice sans doute raciste, d’ailleurs toujours si injustement dans la mire des milieux de la lutte antiterroriste, cet être sensible et épris de tolérance affiche un parcours citoyen qui retient l’attention à plus d’un titre. 

M Charkaoui s’est en effet depuis quelques années démarqué en tant que porte-parole du Collectif québécois contre l’islamophobie, au même titre que son alter égo,  Salam Elmenyawi, président du Conseil musulman de Montréal.  On retiendra de ce dévot personnage l’innocente ambition exprimée en 2004 auprès de l’Assemblée nationale du Québec d’instaurer de charmants tribunaux islamiques dans notre belle province en vue sans doute d’en rehausser le pittoresque multiculturel.

De bien méchantes langues…

Adil Charkaoui... martyr de la démocratie ?
En mai 2013, le journaliste farouchement islamophobe Fabrice de Pierrebourg révélait l’existence présumée d’un document d’une soixantaine de pages, déposé par les procureurs fédéraux, à l’effet que M Charkaoui aurait voulu commettre une attaque biochimique contre le métro de Montréal.  Est-il possible de s’acharner ainsi sur un aussi désarmant citoyen, questionnerait sans doute Mme David ?

Une conversation soi-disant incriminante aurait été surprise : « Malgré le fait que la teneur de la conversation ne permettait pas de confirmer définitivement l’identité du « Adil » en question, le SCRS était d’avis qu’il s’agissait effectivement du demandeur [Adil Charkaoui] en raison des liens étroits du demandeur avec Abdlerazik et Ezzine et de la prononciation particulière du prénom utilisé [...] », pouvait-on lire dans le document cité par le journaliste paranoïaque qui imagine Montréal en proie à une infiltration islamiste, on se demande pourquoi.

Un autre diffamateur, Georges Leroux, professeur émérite au Département de philosophie de l’UQÀM, pourtant jadis solidaire de Charkaoui, n’hésite pas à jouer désormais les judas en réprouvant son refus de condamner l’État islamique, en condamnant son adhésion à une théorie d’un complot américain à l’origine de la création de cet empire du Mal, en dénonçant sa caution morale à toute réponse violente à l’invasion de l’Irak et en se scandalisant du détail futile à l'effet que son site internet héberge des sites djihadistes dont certains glorifient Ben Laden.  Et il faudrait s’énerver ?  Le droit à la libre expression, si chère à votre université, M Leroux, qu’en faites-vous ?

Nul n’est prophète en son pays d’adoption, et c’est l’humeur chagrine que Mme David doit suivre les péripéties de son protégé dans l’actualité.  Ce dernier se voit en effet crucifié sur la place publique, désavoué par un nombre sans cesse croissant de membres de la communauté musulmane qui, sans doute hostiles à la liberté d’expression si chère à leur représentant déchu - dans la mesure où celle-ci ne sert pas les préceptes hideux de l’islamophobie, bien entendu -, l’enjoignent avec intolérance de se la fermer.  Parmi cette meute sans âme, n’hésitons pas à dénoncer Omak Kesraoui et Abdou Zirat, compromis jusqu’à la moelle dans d’infamantes lettres ouvertes.

Mme David, où êtes-vous ?

Heureusement, une lueur d’espoir brille à l’horizon pour ce fier combattant de la démocratie et de la lutte à l’islamophobie, sphères d’activité si aisément compatibles. Démocrate, Adil Charkaoui l’est au point de menacer de poursuites les cégeps qui lui refuseraient une tribune.  Une pétition en appui à ce fin humaniste circule, «pour qu'il continue de représenter la communauté musulmane sur la place publique».  Ce mercredi 4 mars, ce mouvement égalitaire avait reçu l’appui de 374 personnes. 

Une voix semblait cependant faire défaut, dans ce regain médiatique salutaire pour notre santé collective, gage de la pérennité de notre lutte inlassable pour le respect de la différence et pour la saine intégration d’une minorité parmi les minorités. 

Mme David, Mme David, où êtes-vous ?

Mais où êtes-vous donc, Mme David ?

vendredi 6 mars 2015

Poëti et le magasinage : une tragédie féministe…

L'heure est grave, et le moment solennel.  Imaginez-vous qu’au Québec, dans ce royaume en devenir de l’égalité homme femme, un représentant du peuple, un élu, un ministre, donc un homme de pouvoir, a commis l’irréparable en tenant des propos éminemment condamnables.  Condamnables surtout parce que sexistes envers les femmes – D’ailleurs envers qui d’autre ? - , au point où le premier ministre du Québec lui-même, Philippe Couillard, n’écoutant que son profond sens de valeurs et son humanisme foncier, a jugé opportun de les condamner.

Robert Poëti, ignoble !
Le coup portait d’autant plus qu’il venait d’un homme politique reconnu pour sa grande tolérance, même envers les extrémistes islamistes, dans la mesure, on l’aura compris, où ces derniers réussiront l’exploit de rester extrémistes tout en s’intégrant sans problème à notre société d’ouverture sur l’autre.  Son indignation semblait d’autant plus sincère qu’elle était exprimée par un homme ayant travaillé en Arabie saoudite, un pays où le sort d’une femme importe encore moins que le bulletin de santé d’un chameau.

Oui, il l’a dit, il l’a dit !

Mais quels commentaires rétrogrades, réducteurs, misogynes, injurieux, méprisants, calamiteux, haineux, ont bien pu justifier une prise de position aussi musclée chez un homme chez qui le flasque respect des femmes semble varier selon la religion du délinquant, si l’on s’en tient aux propos islamophobes de quelques méchantes langues ?

Eh bien, figurez-vous que, à quelques jours de la journée internationale des femmes, Robert Poëti, ministre libéral des Transports, a commis l’irréparable en tenant, devant la Chambre de commerce de la Baie-des-Chaleurs, des propos d’une insoutenable arrogance.  Affirmant d’abord qu’il aurait aimé faire visiter la métropole aux membres distingués des cet organisme, il devait ajouter que les « conjointes étaient les bienvenues.  On a beaucoup de centres d’achats à Montréal. »

Oui, vous avez bien lu.  Quelle outrageant mépris !  Je vous invite à observer une minute de silence à la mémoire de toutes ces femmes qui, des suffragettes britanniques du 19e siècle aux femen dotées de poitrines revendicatrices, ont lutté, et luttent encore, pour la reconnaissance des souffrances historiques, unilatérales, millénaires et internationales qui accablent toujours les femmes en ce début de 21e siècle, un siècle des lumières éteintes.

Un juste courroux !

Indignée, outrée, abattue, atterrée, Marie-Josée Dugas, membre de la Chambre de commerce de la Baie-des-Chaleurs, a jugé que le ministre insensible avait manqué de respect aux 30 % de femmes membres de cet organisme en soulignant que « on vient ainsi entretenir des préjugés sur le rôle de second plan des femmes ».  On comprendra que, l’indignation aidant, cette porte-parole ait pu oublier que les hommes représentent donc 70 % des membres de la Chambre de commerce, selon ses propres chiffres.

Manon Massé, inimitable.
Les consciences féministes respectives du parti québécois et de Québec solidaire ne devaient pas tarder à lui emboiter le pas et à se jeter dans la mêlée dans un élan suprême en vue de défendre l’inusable cause des femmes lors de cette minute dramatique, de cet instant tragique.  Des excuses ont été exigées avec force et détermination par ces militantes émérites que sont Carole Poirier, du PQ, et Manon Massé, de QS.

« Le ministre Poëti doit s’excuser, de déclarer Mme Massé, le sexisme ordinaire, ça suffit ! »  « Un tel discours est indigne d’un membre du gouvernement, qui devrait plutôt être un modèle, devait renchérir Mme Poirier.  Visiblement, malgré toutes les luttes, des efforts restent à faire afin de valoriser pleinement le rôle des femmes dans notre société. »

Devant une aussi vibrante indignation, l'abject Robert Poëti a présenté ses excuses.  Mais est-ce bien assez, après avoir proféré de telles insanités ?  Que nenni !  Je propose que le ministre des Transports, afin d’expier son crime infamant, se voit condamné à marcher 10 kilomètres en talons hauts le huit mars, et que l’évènement soit diffusé sur toutes les télévisions.

Un tel châtiment ne représenterait qu’une mince réparation au tort causé aux valeurs féminines de douceur, de compréhension, de tolérance et de pardon qui demeurent l’apanage exclusif du sexe féminin.  Et que dire du sens de l’humour…