samedi 3 octobre 2009

Violence au féminin et misère des blondes...

Le 29 septembre 2005, j'avais été troublé par la diffusion, sur les ondes de Télé-Québec, d’un documentaire sur la violence féminine intitulé Pied de biche, de Robert Favreau et Rachel Verdon. J'avais été bien plus interloqué ensuite par le silence médiatique qui avait suivi sa diffusion. Avais-je manqué un épisode ? C'était comme si rien n'avait été dit, comme si rien ne s'était passé. Pourtant, le contenu du film avait de quoi susciter un débat public.

Le surlendemain de cette diffusion, Le Journal de Montréal nous informait que l'une de ses journalistes-vedettes, Brigitte McCann, après avoir fait la manchette en dénonçant l’imposture des Raëliens[1], allait s'attaquer pendant cinq parutions… au drame des blondes. Et Mme McCaan de nous citer les propos lapidaires de la présidente de la Fédération des femmes du Québec de l'époque, Mme Michèle Asselin, sur les injustices foncières dont étaient victimes ces pauvres blondes, dès la petite enfance, et à quel point les préjugés sur un quotient intellectuel défaillant les opprimaient.

En bas de page, figuraient de nombreux commentaires de blondes agrémentés de leur photo. À part une légitime exaspération sur les blagues dont elles étaient, admettons-le, trop souvent la cible, elles semblaient très contentes de leur sort, heureuses des regards qu'elles attiraient, du fait que le noir leur allait si bien et qu'il n'y avait même, selon certaines, « que des avantages à être blonde »... Fallait-il pleurer ? Peut-être ne réalisaient-elles pas l'étendue de leur oppression. Normal, quand on est blonde…

Pour en revenir au documentaire, je comprenais en partie les réserves de certains panélistes qui s’étaient exprimés lors du débat qui avait suivi quant aux statistiques présentées par les auteurs. Apparemment, la violence féminine était aussi répandue que la violence masculine, en incluant le contexte de la violence conjugale.  On ne savait pas, à l'époque, que cette dernière, hormis les cas de violence  physique les plus lourds, était effectivement aussi répandue chez les femmes que chez les hommes. 

Une criminologue d'expérience, Marie-Andrée Bertrand, avait néanmoins reconnu, en marchant sur des oeufs, que 25 % des cas de violence conjugale étaient le fait des femmes ainsi que 35 % de toutes violences familiales confondues.

On était loin des 2 % de cas de violence conjugale commis par des femmes généralement avancés à l’époque par l’Institut de la statistique du Québec et par les groupes de femmes, dont les Centres d'aide et de lutte contre les agressions à caractère sexuel (CALACS). Quant aux chiffres de Mme Bertrand, pour en arriver à 35 % pour toutes les violences familiales, en tenant compte de 25 % de violence conjugale administrée aux hommes, il fallait que la violence infligée aux enfants par une femme avoisine les 50 %, donnée qui a été fréquemment confirmée dans les années qui ont suivi.

Ajoutez à cela des statistiques annuelles révélées en 2005 par la GRC, à l'effet que les mères et les belles-mères avaient assassiné davantage d’enfants que les pères et les beaux-pères, et vous aviez de quoi donner des maux d'estomac à Mme Asselin. Peut-être détenait-elle des chiffres révélant que les blondes tuent moins ?[2]

Il était évident que la reconnaissance de la violence au féminin suscitait de nombreuses réticences, voire des blocages allant jusqu'à l'aveuglement volontaire chez des participants. Les dénégations de la représentante des maisons d'hébergement, formulées d’une voix chevrotante et trahissant un argumentaire déficient, avaient été à ce chapitre éloquentes.

Il ne faut donc pas perdre de vue que des femmes souffrent de leur propre violence et qu'il existe encore moins de ressources pour elles que pour les hommes violents. Ne pas reconnaître leur problème, c'est aussi leur bloquer l'accès aux solutions.

Le documentaire de Favreau et Verdon faisait en partie écho à un autre, tout aussi dérangeant, intitulé La machine à broyer les hommes, de Serge Ferrand, sur les limites étroites imposées aux hommes devant la justice québécoises. En effet, le pouvoir judiciaire lui-même peut devenir un instrument de violence envers eux, ne serait-ce que par l’impunité et, par le fait même, l'assistance accordées aux femmes portant de fausses allégations.

Depuis des années, le lobby féministe se voyait – et se voit toujours - accusé d’outrepasser son mandat de « rectifier » les injustices faites aux femmes pour en arriver à avantager parfois indûment celles-ci, quoi qu'il en coûte en termes de justice sociale. Cette perception s’était vue confirmée plus d’une fois au cours du film.

Le fait que la co-auteure du documentaire ainsi que l'ancienne intervenante sociale, qui dénonçait posément mais fermement l'incurie des tribunaux, se définissaient comme féministes invitait à ne pas mettre toutes ces dernières dans le même sac. Certaines sont intègres et lucides mais, plus souvent qu’autrement, elles ne se réclament pas d’une organisation communautaire de condition féminine, qui a vite fait d’imposer une ligne de conduite. Crois ou meurs.

Ne vivons-nous pas dans une société androphobe ou misandre quand nous voyons sur notre petit écran un homme battu par sa femme qui, lorsqu’il demande de l'aide, sur la seule parole de son agresseure, se voit arrêté et incarcéré comme un vulgaire criminel, même après avoir montré aux policiers des marques visibles de violence sur son corps tandis que son épouse n’en a aucune ?

Si le canal Historia nous présente un documentaire sur l'Inquisition nous montrant des prélats faisant arrêter le premier venu en l'accusant faussement d'hérésie, nous nous en scandalisons. Toutefois, notre société peine à reconnaître les victimes de la violence au féminin, qu’il s’agisse d’hommes, d’enfants ou d’autres femmes. [3] Mais il y a plus urgent : quelque part, au moment où ces lignes sont écrites, des blondes souffrent...

Le texte que vous avez lu est le second chapitre d'un essai inédit dont je suis l'auteur. Il s'intitule Le syndrome de la vache sacrée et a pour thème la condition masculine.

[1] Brigitte McCann et sa photographe, Chantal Poirier, s’étaient retrouvées sous les feux des projecteurs quelques mois plus tôt après avoir publié Raël : journal d’une infiltrée, récit dans lequel la journaliste rendait publics les résultats d’une enquête dénonçant le mouvement dirigé par François Vorilhon, alias Raël, et la fumisterie du premier bébé cloné. Mme McCann devait publier l’année suivante Sois blonde et tais-toi, vibrant réquisitoire contre la misère des blondes.

[2] Des statistiques plus anciennes de la GRC révèlaient que 46 % des meurtres familiaux étaient commis par la mère et 35 % par les pères. Dans 43 % des cas, le motif invoqué était la colère contre le conjoint. Source : GRC, Marlene L Daly, Ph D, The Killing on Canadian Children by Parents or Guardians, Canada, 1990-1993, p. 17, tableau 6.

[3] Mon enfance porte la marque de la violence au féminin, dans plusieurs contextes. Pourtant, j'ai grandi, dans les années soixante, dans le quartier Ste-Cécile, le pire de Trois-Rivières quant à la violence masculine. Bagarres, tiraillage et intimidation constituaient souvent la trame de fond sur laquelle se déroulaient les gestes du quotidien.

Malgré le stress d'un tel climat, mes années passées à mon école primaire dirigées par des soeurs m'ont encore plus marqué. Non contentes de nous menacer d'aller en enfer si nous étions « méchants » (en 1967, à l'époque du Flower Power!), nous étions exposés à toutes sortes de sévices, dont la légendaire « strape », mais aussi aux claques derrière la tête, aux serrements de nuque, aux cheveux tirés et au pincement des bras (Et ces faibles femmes avaient de la poigne, croyez moi!). Nous pouvions également nous voir tirer des rangs et secoués comme un cocotier.

Quand j'étais pensionnaire (deux ans sur les six que j'ai passés dans cette institution), la sœur responsable du dortoir des premières années, pour nous punir, réduisait dangereusement l'eau froide quand nous prenions nos douches et en ouvrait le rideau pour s'assurer que nous restions bien sous le jet. À six ans, je ne connaissais pas encore le mot « perversion » mais le regard de cette femme m'en avait déjà fait comprendre le sens.

Cette même sœur avait déjà jugé adéquat de déculotter un garçon de race noire et de lui administrer des coups de « strape » énergiques devant les élèves incrédules et abasourdis du dortoir. Une autre, enseignante, jetait leur cahier à la figure des enfants qui avait eu le malheur de ne pas avoir la bonne réponse en mathématiques. À noter que les garçons qui restituaient leur nourriture à la cafétéria se voyaient obligés de l’ingurgiter à nouveau devant les autres convives.

Et puis, pas question de se plaindre, fut-ce aux parents : les hommes, les vrais, ne pleurent pas...

Il y avait aussi la violence verbale, les insinuations méprisantes, l'ironie, les sarcasmes et des commentaires émis devant toute une classe sur des enfants présents à qui l'on prédisait un avenir bouché. J'ai d'autres exemples en mémoire de violence féminine vécus ailleurs et à d'autres époques, mais ceux-ci, survenus à l’enfance, me semblent « dignes » de mention.

Bien sûr, il y avait aussi (Dieu merci!) des sœurs avec le cœur à la bonne place. Leur douceur et leur empathie atténuaient la dureté de leurs consœurs sans toutefois l'effacer. J'ai réussi à pardonner à mes « geôlières », mais il m'a fallu le temps et la compréhension qu'elles étaient probablement elles-mêmes prisonnières, ne serait-ce que par le phénomène encore courant à cette époque des vocations forcées.

Mais que représentent leurs problèmes ou les miens quand on les compare à la misère des blondes ?

13 commentaires:

Carole a dit…

Il aurait fallu présenter la mère de mon père à ces gens..... Elle est décédée en 2006, à l'âge de 102 ans, après avor fait damner tout sont entourage, même les derniers jours. Non pas de la violence physique, mais de la violence verbale qui marque quelqu'un jusqu'à la fin de ses jours (parlez-en à mon père et à son frère).

La violence n'est pas l'apanage des hommes. Celle des femmes sera souvent verbale plus plus que physique, mais aussi dommageable. Les menaces et le chantage est une chanson fort connue de bien des mères de famille.

Puis, losqu'un homme assassine ses enfants, on parle de violence. Si une femme pose le même geste, on parle de dépression??????

À vrai dire, j'ai l'impression que la violence n'est qu'une question d'humain. Les enfants et les adolesncents sont souvent violents. Regardons l'histoire des siècles passés, et la violence y était encore plus présente.

Non, la violence n'est pas une exclusivité masculine. Pour ce qui est des "jokes" sur les blondes.... Est-ce que les "jokes" sur les Newfies avaient fait l'objet de quelque reportage, il y a quelques années?

michele a dit…

Hahaha parlons en de la misère des blondes mon cher! Suite au prochain numéro... Je ne voudrais pas détourner l'attention sur mon sort!

Yvon Dallaire a dit…

Les statistiques démontrant la parité de la violence féminine vs la violence masculine existent depuis 1970. Des centaines d'études n'ont cessé de confirmer les résultats de ces premières études. Je les ai assemblées dans le document suivant que je vous invite à faire circuler : http://www.optionsante.com/pdf/LA_VIOLENCE_CONJUGALE.pdf.

Yvon Dallaire, psychologue et auteur

Olivier Kaestlé a dit…

Un grand merci pour cette mine d'information que je vais faire circuler et dont je compte bien faire également mon profit pour de futures chroniques. Je profite de l'occasion pour vous féliciter dans votre engagement pour le reconnaissance de la condition masculine par vos ouvrages et votre chronique dans le Journal de Montréal.

affairesfamiliales a dit…

En France, c'est 280 000 hommes victimes de violences conjugale (Insee, 2010).. Témoignages vidéos sur le phénomène -> http://affairesfamiliales.wordpress.com/2011/12/03/des-hommes-battus-ca-existe/

Olivier Kaestlé a dit…

Si la France commence enfin à quantifier la violence conjugale envers les hommes, tous les espoirs sont permis... Un commentaire fréquent émis par des défenseurs européens de la condition masculine est à l'effet que le Québec et le Canada ont la chance de disposer de tels chiffres. Nous ne serons bientôt plus les seuls et c'est tant mieux. Petit train va loin.

Patrick Guillot a dit…

Cher ami, bien que je ne sois guère chauvin, vous me vexez un peu. La France dispose d'évaluations régulières faites par un organisme officiel (ONDRP) dont la première portait sur 2005-6. La dernière porte sur 2010-11 : 137 000 hommes victimes de violence conjugale (physique), soit 0,7 des hommes en couple. Voir : http://www.la-cause-des-hommes.com/spip.php?article240

Olivier Kaestlé a dit…

Merci, Patrick, de corriger ma perception, appuyée, comme je le disais précédemment, sur des témoignages qu'il m'aurait sans doute fallu valider. Étant moi-même détenteur de la double nationalité française et canadienne, bien que me définissant d'abord comme Québécois, votre commentaire me réconforte dans le fait que mon pays d'origine progresse lui aussi vers une meilleure connaissance et une démystification croissante de la violence conjugale.

Pierre Vachon a dit…

Tu as fait un excellent article encore une fois Olivier!
Ton travail sur la condition masculine es d'une valeur inestimable à mes yeux.

Pierre Vachon a dit…

Merci pour tout ce que tu fait pour les hommes.

Olivier Kaestlé a dit…

Merci pour tes encouragements, Pierre. ;-)

René-Pierre Samary a dit…

Cette question de la violence au féminin,j'en ai fait le thème de trois romans, dont deux sont parus. Pour faire court, voici le texte de quatrième de couverture, pouur le second :
La Mouche est le deuxième ouvrage de René-Pierre Samary, après Bye Bye Blackbird. Parmi les thèmes de La Mouche comme dans Bye Bye Blackbird, on retrouve la violence au féminin, qui s'exerce par le verbe, par le mensonge, par les pièges qu'ouvrent la séduction et la procréation. Cette violence peut être grossière chez Samia, sournoise chez Françoise, calculatrice chez Suzanne, ou encore candide, innocente peut-on dire, chez l'Isabelle de Notes d'Ilavach.
Car c'est biaiser le problème (et donc les statistiques) que de ne parler que des violences physiques. La violence verbale, le mensonge flagrant, la tromperie manifeste (qui mènent parfois à la violence physique des hommes) peuvent être aussi destructeurs qu'une paire de gifles.
http://triptyque.over-blog.com/

Olivier Kaestlé a dit…

Bien d'accord avec l'ensemble de vos constats.