dimanche 27 septembre 2009

Nelly Arcan : ça vaut le détour

Dans l’une de ses dernières chroniques parues dans ICI, Nelly Arcan écrivait, à propos d’un poète décédé qu’elle avouait peu connaître : « J’espère que tous ceux qui le connaissent bien, qui étaient ses intimes, me pardonneront d’en parler. On pourrait me reprocher de ne pas savoir de quoi je parle. De mal en parler. » C’est une réserve similaire, en même temps qu’un désir analogue de commenter malgré tout le départ de Nelly Arcan, qui inspire mon propos. Au fond, je n’ai jamais lu Putain, ni Folle, ni aucun autre de ses romans. À l’époque de sa célébrité montante, le personnage médiatique ambigu et en apparence tape à l’œil de la nouvelle venue avait pris le pas, dans mon esprit, sur l’auteure, pourtant révélée comme résolument inspirée et novatrice. Je ne revendiquerai donc pas d’avenir potentiel comme découvreur de talents.

C’est plusieurs années plus tard, par le biais de quelques-unes de ses chroniques lues au hasard, que les capacités – percutantes - d’Arcan s’imposèrent à mon attention. Dans un genre fréquemment anecdotique qui cumule trop souvent les séances de papotage où l’anodin rivalise avec l’inutile, l’écrivaine a su opposer un style tranchant, littéraire mais néanmoins aérien et naturel. Elle a surtout développé une évocation lucide, sans complaisance et par moments implacable des comportements humains, de la dureté des rapports homme-femme et de l’esclavage qui entrave, à ses yeux, les femmes à leur corps de même qu’à un nouveau stéréotype de Wonder Woman déterminée et sans reproche. À notre époque où un nombre grandissant d’hommes tente d’en finir avec Superman, n’est-il pas affligeant de constater l’avènement d’une relève au féminin dans le même carcan ?

L’imperfection des femmes reste un leitmotiv dans l’œuvre de l’écrivaine morte à 36 ans. « Parce que, confiait-elle en 2007, le modèle de la femme vertueuse, carriériste, mère de famille, amante extraordinaire, ça ne m’intéresse pas. J’aime explorer le côté vindicatif et même très salaud de la psyché féminine. Ça me plaît de créer des femmes jalouses ou paumées. Je trouve que ça les rend davantage humaines que l’espèce de Wonder Woman qu’on s’est créé dans notre esprit, qui n’a pas de faille et qui est seulement victime d’une obsession masculine. Les personnages féminins incarnent souvent le gros bon sens, les valeurs familiales, elles sont présentées souvent comme plus intelligentes que les hommes, comme Marge Simpson. Moi, je préférerais qu’elles deviennent plus comme Homer Simpson parce qu’il y a bien plus de fun à avoir ! »

Arcan s’inscrit dans un courant démystificateur dont Lyne-la-pas-fine, des Invincibles, reste à ce jour la personnification la plus manifeste, après l’éternelle victime incarnée par la Donalda des Belles histoires, puis la femme forte, en proie à un destin contraire, dont Émilie Bordeleau, des Filles de Caleb, demeure une représentation typique.

Le décès tragique et prématuré de Nelly Arcan a ébranlé les milieux littéraires et médiatiques au Québec comme en Europe francophone, en raison de son œuvre romanesque. Ses chroniques, accessibles à tous sur Internet, pourraient, mieux que tout autre réalisation, révéler à un public beaucoup plus vaste la portée et la pertinence de textes qui ont renouvelé et transcendé les limites du genre. Le titre de son dernier topo, « Ça vaut le détour », évoque une promesse, un pari gagné d’avance de découvrir une personnalité littéraire hors norme dont les propos jettent un éclairage cru et salutaire sur la condition humaine. Nul n’est indispensable, bien sûr, mais Nelly Arcan, par l’héritage qu’elle nous laisse, demeure plus que jamais nécessaire.

Également paru dans Le Soleil (site Web), le 28 septembre 2009 et dans Le Nouvelliste du 3 octobre 2009.

vendredi 11 septembre 2009

Les fausses accusations en trois articles / Troisième article : « La présomption d’innocence est impérative ! »


Myriam Badaoui


S’il est un sujet qui indispose les journaux, c’est bien celui des fausses allégations. On jurerait que leurs rédacteurs en chef redoutent de se voir jeter dans un bac d’huile bouillante par Michelle Asselin en personne s’ils en traitent. Chaque année pourtant, des hommes, en majorité, se voient empêtrés injustement entre les mailles de notre système judiciaire et doivent se défendre contre des accusations sans fondement. Voici, sur la question, le dernier de trois articles refusés par les médias auxquels il a été adressé.


Premier article : « Des chasses à l’homme »
Second article : « Cas vécu : une parodie de justice »

Un autre triste chapitre d’errance policière a été révélé en mars dernier (L’article date de 2008. N.D.A.) alors qu’Harold Bouchard, ex-entraîneur de hockey, a été blanchi de trois chefs d’accusation d’agressions sexuelles. L’homme affirme que sa vie a basculé le 17 décembre 2004, quand des policiers lui ont faire part à son domicile des actes dégradants dont l’accusait une jeune fille de 14 ans. Détail inusité, la plaignante se trouvait alors elle-même sous enquête pour trafic de stupéfiants à son école. À l’appui de l’acquittement, le juge Gabriel Lassonde, de la Cour du Québec, a relevé les nombreuses incohérences de l’adolescente, qui affirmait avoir été agressée dans le stationnement très éclairé de ses parents, ainsi que dans des chambres d’hôtel entrouvertes et non verrouillées, lors de tournois, alors que des passants circulaient dans le corridor. Seule la vraisemblance manquait au récit.

Affirmant s’être vu littéralement condamné sur la place publique, Bouchard poursuit aujourd’hui la plaignante, ses parents, la Ville de Rivière-du-Loup, et l’enquêteur à la sécurité publique, responsable du dossier. Le montant réclamé atteint 739 000 $. Cette dernière bourde met de nouveau à mal une approche par trop simpliste voulant qu’une accusation d'agression sexuelle soit obligatoirement fondée, et un accusé, inévitablement coupable.

Or, même dans le cas d’agressions bien réelles, des suspects sans malice ne sont pas à l’abri d’un irrépressible accès d’inefficacité policière. Ainsi, un ex-policier de 30 ans d’expérience vient d’être condamné pour « négligence coupable s’apparentant à une incompétence grossière », pour le dépôt d’accusations contre Simon Marshall, reconnu à tort coupable de viols, après s’être vu extorquer des aveux fictifs. Aujourd’hui âgé de 35 ans, l’homme handicapé avait été incarcéré injustement pendant sept ans, en plus de subir des sévices à répétition dont il gardera des séquelles permanentes. Les gouvernements fédéral et provincial lui ont néanmoins accordé 2 300 000 $ en dédommagements.

Même portées de bonne foi, des accusations peuvent manquer la cible, comme l’atteste la triste histoire de Michel Dumont, qui a purgé sans raison 34 mois de prison, malgré les rétractations répétées de son accusatrice. Une fois de plus, le travail des policiers a été bâclé tandis que la juge instruite de l’affaire s’est révélée en deçà du médiocre. Bien que blanchi unanimement en 2001 par trois juges de la Cour d’appel du Québec, Dumont s’est toujours vu refuser tout dédommagement des gouvernements péquiste et libéral.

Le Québec n’a toutefois pas le monopole de l’incompétence policière, pénale ou politique quant aux accusations à caractère sexuel. Dans son livre intitulé « J’ai menti », Virginie Madeira explique comment sa fabulation inspirée d’un soap américain, racontée à une amie, a été bien malgré elle relatée à la justice française. Son père s’est vu incarcéré pendant six ans pour inceste avant que Virginie, à 20 ans, ne trouve la force d’affronter l’appareil judiciaire et de rectifier les faits. Une autre affaire, celle d’Outreau, demeure la plus terrible erreur judiciaire, avec l’incarcération injustifiée de 16 personnes, certaines pendant trois ans, sur la seule foi d’enfants manipulés par la principale accusatrice, Myriam Badaoui. Cette dernière et son conjoint ont été ensuite reconnus coupables d’inceste. Que retenir de ces horreurs judiciaires ? Peu importe la monstruosité apparente d’une accusation, la présomption d’innocence doit rester incontournable !

27 septembre 2008




Les fausses accusations en trois articles / Second article : « Cas vécu : une parodie de justice »


S’il est un sujet qui indispose les journaux, c’est bien celui des fausses allégations. On jurerait que leurs rédacteurs en chef redoutent de se voir jeter dans un bac d’huile bouillante par Michelle Asselin en personne s’ils en traitent. Chaque année pourtant, des hommes, en majorité, se voient empêtrés injustement entre les mailles de notre système judiciaire et doivent se défendre contre des accusations sans fondement. Voici, sur la question, le deuxième de trois articles refusés par les médias auxquels il a été adressé.

Premier article : « Des chasses à l’homme »

Troisième article : « La présomption d’innocence est impérative ! »

Le 16 novembre (L’article date de 2006. N.D.A »), un père a été condamné à Sorel-Tracy pour possession de matériel pornographique infantile. Il avait un instant conservé des photos osées que ses fils de sept, dix et douze ans avaient prises d’eux-mêmes et ce, dans le but de les sermonner. Le juge Ronald Dudemaine, cité dans le Journal de Montréal du 17 novembre, admettait qu’on lui avait démontré que les enfants, et non le père, étaient bel et bien les auteurs des photos. Le hic, précisait-il, c’est que la loi n’accorde aucun délai pour la possession de matériel pornographique infantile. L’accusé ayant reconnu avoir détenu les photos, même temporairement, il était automatiquement condamné. C’est aussi absurde que ça en a l’air.

Le juge n’a pas retenu l’extrême divergence qui opposait à l’origine la Couronne et la défense sur le nombre et la nature des photographies saisies lors de perquisitions. Selon les Hebdos montérégiens du 13 août 2005, la Couronne clamait qu’il s´agissait de 1500 à 1700 photos d’une multitude d’enfants, dont ceux de l’accusé. Pour la défense, ce nombre ne dépassait pas 17 photographies.

Que les accusations très lourdes de la Couronne aient finalement été abandonnées, il y a de quoi s’interroger. A-t-on protégé un coupable, après l’avoir traîné dans la boue ? Peu vraisemblable. A-t-on plutôt couvert une bourde policière ? Ce ne serait pas la première, dans ce type d’affaire. La Couronne a-t-elle outrepassé ses pouvoirs en portant publiquement des accusations aussi graves, finalement non fondées ? Poser la question, c’est y répondre. Les médias se sont-ils faits les complices d’un accès d’hystérie collective ? À votre avis ?


Le chimiste dans la quarantaine, qui a été battu, volé et dont la maison a été vandalisée dès sa mise en accusation, affirmait avoir vécu dix-sept mois d’enfer. Il devra vivre dorénavant avec un casier judiciaire et perdra probablement la garde de ses fils.

Le juge précisait que les accusations avaient été portées par la mère dans un contexte de lutte judiciaire pour la garde exclusive des enfants. Il ajoutait que celle-ci avait « induit le tribunal en erreur » en omettant de dire qu’elle avait elle-même disposé des « photos délicates » pendant plus de neuf mois. Aucune accusation de possession de matériel pornographique infantile n’a cependant été portée dans son cas. Deux poids, deux mesures.

Or, bien que son ancien conjoint lui ait transmis une copie du CD litigieux le 24 octobre 2004, ce n’est pas avant le 4 août 2005 qu’elle l’accusait. Elle avait pourtant déclaré avoir agi sitôt après avoir pris connaissance des photos. Comment interpréter un tel manque de curiosité familiale et une si grande lenteur à réagir chez une mère aimante et désireuse de protéger ses petits ?

L’arbitraire des lois, la rigueur questionnable de l’enquête policière et les réserves sévères exprimées par le juge Dudemaine sur la mère donnent à ce procès des allures de parodie de justice et au verdict rendu, celles d’une mauvaise plaisanterie. De quelle justice parlons-nous ici ? Espérons qu’une fois grands, les trois fils auront la maturité nécessaire à évaluer les mérites respectifs de leurs deux parents. Cette justice-là, on ne la manipule pas toujours aussi aisément…

20 novembre 2006

Les fausses accusations en trois articles / Premier article : des chasses à l’homme


Simon Marshall
S’il est un sujet qui indispose les journaux, c’est bien celui des fausses allégations. On jurerait que leurs rédacteurs en chef redoutent de se voir jeter dans un bac d’huile bouillante par Michelle Asselin en personne s’ils en traitent. Chaque année pourtant, des hommes, en majorité, se voient empêtrés injustement entre les mailles de notre système judiciaire et doivent se défendre contre des accusations sans fondement. Voici, sur la question, le premier de trois articles refusés par les médias auxquels il a été adressé.
Second article : « Cas vécu : une parodie de justice »
Troisième article : la présomption d’innocence est impérative !
Il y a moins d’un an, un soir d’octobre 2006, une femme signale le 911 pour se plaindre de violence conjugale. Des policiers interpellent le conjoint à l’entrée du domicile, à Petite-Rivière-Sant-François, dans Charlevoix. Imperturbable, l’homme, qui avait dissimulé une caméra, leur montre une vidéo de la dispute. Les agents identifient clairement la femme, en train de se frapper. Elle est aussitôt arrêtée. « On la voit crier, on la voit avec un couteau… En aucun moment il ne la touche », précisera Richard Gagné, porte-parole de la Sûreté du Québec, dans Le Soleil du 28 octobre 2006. L’ingéniosité de l’homme faussement accusé lui aura épargné une erreur judiciaire.
Se voir innocenter n’est pas toujours aussi simple, comme le révèle un récit paru dans La Presse, ce 24 septembre (toujours en 2006, N.D.A.). On y apprend l’histoire de « P », accusé en 2001 par sa fille de l’avoir agressée pendant 10 ans, entre ses six et 16 ans. À deux reprises, la jeune femme a porté d’autres plaintes pour viol. En 1992, elle affirmait avoir été agressée par un individu qui se serait introduit la nuit dans la maison familiale. Le lendemain, elle retirait sa plainte. En 2002, un an après avoir accusé son père, elle remets ça contre un autre homme. L’affaire n’aura aucune suite.
Ces deux épisodes intrigants sont balayés par la juge Ellen Paré en 2005, au cours d’un procès qui n’oppose que deux témoins : le père et sa fille. Aucun autre parent, ami, collègue ou expert ne vient confronter les affirmations de la jeune femme. Arbitrairement, et sans plus de faits à l’analyse, la juge valide sans réserve la version de la plaignante. L’homme est condamné à quatre ans de pénitencier.
Ce verdict vient d’être cassé, purement et simplement, par la juge Louise Otis. Les éléments de preuve lui sont parus si subjectifs et partiaux que la magistrate, refusant même la tenue d’un nouveau procès, a acquitté le père déconsidéré.
Cette affaire, à l’origine bâclée, en évoque d’autres, plus graves, comme le cas de Simon Marshall, ce jeune homme handicapé, condamné expéditivement pour des viols qu’il avait avoués sans les avoir commis. Moins fortuné que « P », Marshall sera incarcéré et maltraité pendant sept ans avant d’être innocenté. Il recevra malgré tout un dédommagement de 2,3 millions $ des gouvernements québécois et fédéral.
De son côté, Michel Dumont, blanchi en 2001 d’accusations d’agression sexuelle par trois juges de la cour d’appel du Québec, attend toujours d’être indemnisé. Rappelons que, malgré un solide alibi et l’absence de tatouages décrits par la victime, la juge Céline Pelletier avait rendu un verdict de culpabilité en 1991. Malgré une rétractation solennelle de la plaignante, signée l’année suivante, Dumont purgera sans raison 34 mois de prison.
Ces histoires ont de quoi glacer le sang. Il semble que, dans son désir d’afficher une tolérance zéro aux crimes sexuels, notre système aille parfois jusqu’à épingler le premier venu, quand délit il y a. Il faudra que, tout en maintenant la plus extrême rigueur envers cette forme de criminalité, notre justice fasse preuve d’une plus grande circonspection. Dans le cas contraire, aucun honnête homme ne pourra vivre sans caméra…
27 septembre 2007

Attention, c’est un détail !

De tous les traits charmants qui différencient les sexes, quand ils ne les opposent pas, leur attitude respective envers le détail, entité minimale entre toutes, fascine toujours. Cette infime partie d’un tout, au choix futile ou mésestimée, retient également l’attention ou pas selon l’âge, le tempérament, le cheminement de vie ou les priorités. Son importance volatile peut de plus se voir confirmée ou amoindrie par les amis, les parents, les enfants, l’être aimé ou les collègues. Nous nous arrêtons toutefois rarement à examiner ce discret pour ce qu’il est en soi. Pas étonnant. Peu importe sa fonction, le détail reste, par sa nature même, accessoire, voire facultatif ou insignifiant.

Cette perception, un rien désinvolte, se révèle largement répandue chez bon nombre d’hommes. Quand l’un d’eux s’exclame, sur un ton définitif : « C’est un détail ! », il a tout dit. Inutile d’y revenir. Chez de nombreuses femmes, au contraire, existe une culture de valorisation du détail. Celui-ci, par définition, est important par sa discrétion même. Quand une femme vous affirme que les représentantes de son sexe travaillent mieux que les hommes, quelle est la première raison invoquée ? « Une fille a le sens du détail. » Là encore, l’énoncé semble aller de soi.

Ces deux approches, tour à tour complémentaires ou antagonistes, ont leurs forces et leurs limites. Les hommes pourront passer à côté du détail qui inversera favorablement le cours d’une situation, voire d’une destinée. Les femmes, de leur côté, perdront parfois de vue la globalité d’une situation, et privilégieront le détail accessoire sur celui qui est essentiel.

Imaginons, pour illustrer ce propos révélateur, un train, lancé à grande vitesse, et menacé de déraillement par un obstacle apparemment anodin. Il pourrait tout de même finir dans le décor, peu importe qu’un homme ou une femme soit là pour le prévenir. La raison variera cependant selon le sexe.

À la vue de l’obstacle, un homme pourra penser : « Cette roche, en travers des rails, est trop petite pour que le train dérape. » Et passera son chemin. Peu après, une tragédie évitable sera survenue.

Identifiant le même danger, une femme, ayant prévu par exemple un pic-nique d’amoureux, s’immobilisera avant d’aménager son décor. Elle esquissera probablement un mouvement pour retirer le caillou, avant de s’interrompre à la vue de son soupirant. « Les ustensiles sont de travers, s’exclamera-t-elle. Et le vin qui n’est pas servi !» Après une courte hésitation, elle pourrait privilégier les couverts. L’irréparable s’ensuivra tout de même, inexorablement.

Bien sûr, cette illustration n’a aucune prétention scientifique, encore moins statistique. Une vaste majorité d’hommes ou de femmes sera sans doute intervenue, bien sûr… Des doutes ? Laissez tomber, voyons ! Après tout, c’est un détail.

11 novembre 2008

Misandrie : l’avenir de la pub ?

La trop célèbre pub Whiskas...

Le sort réservé au corps de la femme dans la publicité vous indispose ? Rengainez votre mouchoir. Cette tendance, de moins en moins prisée, est en perte de vitesse, si l’on en croit un récent sondage réalisé par Léger Marketing pour le compte du Journal de Montréal. 62 % de Québécois, dont 76 % de femmes, se montrent réfractaires à ce type d’approche publicitaire. Le crétin de service, déjà envahissant, représente en revanche l’avenir de la pub au Québec. Une majorité de 55 % des répondants juge sa présence acceptable. Les femmes, plus particulièrement, se délectent, nous dit-on, de voir des hommes tournés en ridicule.

Bref, loin de reculer, le sexisme joue à la chaise musicale. Jadis, les femmes étaient présentées comme des écervelées incapables de faire un pas sans le secours d’un homme omniscient et sûr de lui. Maintenant, c’est au tour des hommes de servir de faire-valoir à des femmes savantes, matures, pragmatiques et, surtout, en contrôle. C’est ainsi que l’on découvre, au petit écran, un benêt qui longe les murs de la cuisine la nuit avant d’être surpris, comme un gamin, par sa conjointe perspicace en train de manger en cachette de la crème glacée Breyer’s. Nous assistons depuis peu au spectacle de deux dadais s’injuriant autour d’un « méchant » Whopper, dans des accoutrements reflétant leur bon goût gastronomique. Les pastiches d’insignifiants s’accumulent toujours depuis le sommet pitoyable atteint par Whiskas avec son homme-chat.

Selon Léger, le pouvoir économique et décisionnel des femmes en matière de consommation explique cette nouvelle tendance à la misandrie. Pour ceux et celles qui ne le savent toujours pas, « misandrie » désigne la haine ou le mépris envers les hommes, comme la misogynie traduit la même attitude envers les femmes. Ainsi, malgré l’autonomie accrue de la gent féminine, acquise au prix d’un demi-siècle de luttes et de revendications, il semble qu’une quantité de ses représentantes éprouvent le besoin de voir l’homme diminué et avili pour se sentir leurs égales.

Tout l’irrespect de ces dames envers la gent masculine n’explique cependant pas à lui seul la dérive où s’engage le monde de la publicité. Ce tournant malsain n’aurait jamais été amorcé sans le concours d’entreprises dépourvues de conscience sociale et d’agences de publicité sans scrupule. Leurs dirigeants iraient probablement jusqu’à exhiber leur postérieur si une telle initiative augmentait leur chiffre d’affaires. Le respect de la personne se volatilise à vitesse grand V devant l’appât du gain.

Si ce genre de pub indispose des hommes un tant soit peu conscients, elle ne devrait pas pour autant entamer chez eux le sentiment de leur valeur. Il serait par ailleurs injuste d’ignorer les nombreuses femmes dotées d’une confiance en soi assez solide pour envisager les hommes de façon égalitaire et qui partagent la même exaspération. L’impact de ce genre de publicité négative reste quant à lui difficile à mesurer sur nos garçons, enfants et ados. Le martèlement de portraits d’idiots congénitaux ne risque-t-il pas d’affecter leur estime personnelle, en plus de la difficulté qu’ils éprouvent à se sentir motivés par un système scolaire conçu pour les filles ?

Si nous ne prenons pas au moins la peine de nous poser cette question, nous pourrions bien, hommes ou femmes, nous révéler sous peu aussi niais que les nouveaux stéréotypes sexistes qui infestent notre quotidien.

Également lettre du jour dans Le Journal de Montréal du 15 septembre 2009.

Vous publier ? Rien ne « Presse »…



La page laminée que m'avait envoyée La Presse en 2006 pour la lettre de la semaine intitulée Les amis de Popeye. Après 13 mois de refus obstiné de la part de ce journal de publier mes textes, je la lui ai gracieusement retournée, accompagnée d'une lettre d'explication[1] et de mon assurance d'oublier pour toujours ce quotidien...
Mon insatisfaction envers l’accessibilité aux tribunes d’opinion ne devait pas s’arrêter avec la décision de Cyberpresse de ne diffuser que les textes de notables au détriment de ceux des citoyens dits ordinaires[2]. Jusqu’à l’automne 2008, Mes topos étaient publiés sporadiquement dans La Presse, les fins de semaine, à la rubrique À votre tour, consacrée aux textes plus recherchés ou « littéraires » de la tribune d’opinion de ce quotidien. En deux ans, j’avais obtenu 13 parutions, dont une lettre de la semaine pour Les amis de Popeye, un texte sur la violence enfantine.
Je commis en septembre 2008 l’indélicatesse d’envoyer un article sur la prostitution dans le quartier Sainte-Cécile (à Trois-Rivières) au délinquant Journal de Montréal, en plus de mes destinataires habituels, soit bien sûr La Presse, Cyberpresse, Le Soleil et Le Nouvelliste. Dès le lendemain, mon texte était lettre du jour chez l’éternel rival du quotidien de la rue St-Jacques qui lui, peut prendre jusqu’à trois mois avant de passer l’un de vos topos. Trois autres lettres du jour devaient suivre dans le quotidien de Québecor tandis que La Presse ignorait désormais systématiquement tous mes envois. Treize mois plus tard, ce quotidien s’obstine autant à me snober que Stephen Harper s’entête dans le dossier d’Omar Kadr.
En mai dernier, j’avais déjà envoyé un courriel à Christiane Clermont, adjointe à l’éditorialiste en chef de La Presse, lui demandant ce qui pouvait expliquer une telle désaffection. Voici sa réponse, assortie de mes commentaires entre parenthèses :
« De mémoire, je me souviens que nous devions publier l'un de vos textes il y a quelques semaines (vous m'en direz tant…), mais ce jour-là vous étiez déjà publié dans Le Journal de Montréal. (qui lui est toujours en avance sur son rival. Ça faisait déjà quatre fois que mon texte s'y trouvait dès le lendemain de son envoi. La Presse, qui n’aime pas jouer les seconds violons, n’a pourtant rien d’un Paganini, question vitesse…)
« Pour tous vos autres textes, je crois qu'il ne s'agit probablement (que) d'un malheureux concours de circonstance... (Évocateurs, ces points de suspension. Beau flou artistique sur des motivations aussi questionnables qu'inavouables ?)
« Comme vous le savez, nous avons deux pages par jour sur lesquelles nous publions environ deux ou trois textes d'opinion et une boîte aux lettres. Si vous avez transmis un texte sur un sujet de l'heure, il est certain que nous en ayons reçu quelques-autres et, la vérité (Ai-je bien lu "vérité" dans cette mare de faux-fuyants?) est que nous devons choisir parmi tous ces excellents textes. (Réflexe peu subtil de femme trompée qui se targue de l’embarras des prétendants.)
« Aussi, puis-je vous suggérer de tenter de réduire la longueur de vos textes. Ils font souvent plus de 650 mots et nous privilégions les textes de 400 à 500 mots. (La meilleure ! Mes textes, il est vrai, dépassent fréquemment les 500 mots, mais avoisinent en fait les 560 mots ou moins, et jamais les 650. Mme Clermont serait-elle dyslexique ?)
« Tout cela étant dit, je m'informe quand même auprès de Jean-Pascal Beaupré (J’en suis persuadé !), qui est le responsable de la publication des textes d'opinion. » (Aucune suite à cette démarche, si jamais elle fut entreprise.)
Ce courriel m’a été envoyé le 19 mai et bien sûr, aucun de mes textes n’a été publié depuis à La Presse, bien que Le Soleil et Le Nouvelliste continuent à les faire paraître. Apparemment, La Presse a compris quelque chose qui échappe à ces deux quotidiens.
Vous me trouverez paranoïaque, mais quand j’envoie un ou deux articles par mois à un journal et que, 13 mois plus tard, il n’en a toujours publié aucun, les mots « boycotté » et « blacklisté » s’immiscent malgré moi dans mon esprit conscient et subconscient. Aussi, dans une société qui se veut démocratique et réceptive à l’opinion publique au point de parler de journaliste-citoyen à tire larigot, l’attitude de La Presse paraît pour le moins sectaire et vindicative. « T’es allé voir ailleurs, ramènes pas tes microbes ici ! » semble être devenu leur mantra. Encore heureux qu’on ne me parachute pas Mme Clermont armée d’un rouleau à pâte et d’une demande de pension alimentaire !
Reste que cet irrespect et ce manque d’écoute envers le lecteur expliquent peut-être, plus que la crise actuelle, que ce journal soit présentement acculé à la faillite et plus que jamais distancé au plan du lectorat par Le Journal de Montréal. La situation économique est la même pour tous les médias, mais force est d’admettre qu’il s’en trouve un pour continuer à paraître le dimanche… (Ne sont-ils pas savoureux, ces bons vieux points de suspension ?...)
30 août 2009


[1] Voici la lettre en question :
Trois-Rivières, le 31 août 2009
M Jean-Pascal Beaupré,
Mme Christiane Clermont,
Ayant disposé de 13 mois pour mûrir ma décision, ce n’est pas sur un coup de tête que je vous renvoie la présente page laminée où figure la lettre de la semaine que vous m’aviez décernée en des jours meilleurs.
Voilà donc 13 mois que vous ignorez systématiquement mes textes sous les prétextes les plus fallacieux. Je fais ici allusion à ce courriel de Mme Clermont, en date du 19 mai dernier, dont le moins que je puisse dire est qu’il est venu confirmer mes soupçons, loin de les dissiper.
Un vétéran de la presse écrite m’avait mis en garde contre les risques qu’il y avait à être publié dans le Journal de Montréal, d’abord parce que ses journalistes, en lock-out, pouvaient me cataloguer comme briseur de grève bénévole, ensuite parce que La Presse pouvait me percevoir comme « collaborateur » du Journal.
Pour étonnantes que m’aient alors paru ces affirmations, force m’est d’admettre aujourd’hui qu’elles étaient fondées, du moins en ce qui concerne La Presse.
Je comprendrais l’attitude de votre journal si, étant rémunéré par lui, je jouais double jeu avec le Journal de Montréal. En tant que rédacteur bénévole qui n’appartient, de ce fait, qu’à lui-même, je n’admets pas de me voir pénalisé d’avoir publié ailleurs, comme s’il s’agissait d’un geste de dissidence, de traîtrise ou de désaveu de la qualité de votre journal.
Quant à l’argument avancé par Mme Clermont pour boycotter mes topos, soit qu’il est difficile de choisir parmi « tous ces excellents textes » qui lui parviennent, il est si biodégradable que je ne me donnerai même pas la peine de le réfuter.
Aussi, comme de contempler votre lettre de la semaine sur mon mur ne m’apporte plus de satisfaction – en plus de prendre la place d’une étagère - , je trouve légitime et cohérent de vous la retourner. Sa présence chez moi n’a plus de sens. Je pose ce geste en mon nom, mais aussi en soutien à ceux et celles que vous proscrivez de la même façon.
Dois-je vous préciser que je ne vous importunerai plus avec mes envois ? Notre collaboration appartient désormais au passé et cette fois, c’est aussi clair pour moi que ça l’est pour vous. Adieu donc.
Olivier Kaestlé
Auteur libre
[2] Ce texte faisait suite à un autre, envoyé en pure perte à la tribune d’opinion de Cyberpresse le 11 juin dernier. Le voici :
Le bal des vedettes
Depuis 2006, je me suis pris au jeu de participer aux tribunes d’opinions de plusieurs quotidiens. Je dois admettre que j’ai été plus souvent qu’autrement choyé par leur réceptivité, qu’il s’agisse du Soleil de Québec, du Nouvelliste de Trois-Rivières et, dans une moindre mesure, de La Presse et du Journal de Montréal, plus sollicités que les précédents. Une forteresse imprenable cependant : Le Devoir, aux yeux de qui il faut être Montréalais ou oracle pour trouver grâce.
Parmi mes tribunes favorites, je devais compter Cyberpresse, non pas le site regroupant tous les quotidiens de Gesca, mais le média électronique « offrant » une tribune d’opinion et qui, jusqu’au début de cette année, avait toujours assez favorablement accueilli mes textes, ainsi que ceux d’autres citoyens dits « ordinaires » exprimant des points de vue d’intérêt général.
Comme, depuis le 12 janvier, Cyberpresse a cependant décliné la totalité de mes topos, je leur ai écrit pour connaître la raison d’une telle tiédeur : silence radio. J’examinais alors les signatures des lettres publiées depuis le 14 avril à nos jours (11 juin. N.D.A.). J’ai constaté, non pas que l’on privilégiait les « vedettes », personnalités connues ou détenteurs de postes de prestige, mais bien qu’on leur donnait exclusivement la parole. Le simple citoyen n’a désormais plus droit de parole à Cyberpresse. Bref, ce média se prend pour Le Devoir qui, depuis la nuit des temps, pose en tribune de l’intelligentsia québécoise.
En partant du signataire le plus ancien jusqu’au plus récent, publié le 11 juin, sont parus, à Cyberpresse : le directeur de Greenpeace du Québec; un professeur à l’École du travail social à l’UQÀM; un maître en droit international; un commissaire de la GRC; un sociologue des médias; le président du barreau canadien; le directeur général du collectif des entreprises d’insertion du Québec; un associé directeur d’Ernst & Young pour l’Est du Canada; un économiste à l’Institut de recherches et d’information socio-économique; Pierre-Hugues Boisvenu; le comité AVEC; le directeur du Centre d’excellence de l’Union européenne à l’UM et à McGill; une titulaire de la Chaire d’études au Mexique contemporain à l’UM; Michèle Asselin; un collectif d’organismes et d’entreprises; la fédération du Québec pour le planning des naissances et deux autres organisations pro-choix; un maître en sciences politique de l’UM ayant travaillé pour le Conseil du patronat; un professeur honoraire à l’INRS; trois féministes connues, appuyées d’une liste impressionnante de signataires; le directeur général des muséums natures; Sébastien Dhavernas; une membre du pôle de recherche REDTAC; la présidente-directrice générale de la Fédération des chambres de commerce du Québec; un collectif de signataires et un économiste et professeur à la faculté des sciences et de l’administration de l’UM.
Seuls deux citoyens, dont un fonctionnaire de 25 ans d’expérience, ont trouvé grâce aux yeux de Cyberpresse. Nul doute que les gens dotés d’un titre ou d’une notoriété aient droit, comme tout un chacun, à une tribune, mais quand leurs points de vue monopolisent exclusivement un média, à l’époque où se développe de plus en plus le concept de journaliste-citoyen, un dangereux glissement éthique et démocratique se fait jour. Avant longtemps, nous nous verrons confrontés à l’évidence d’un élitisme omniprésent et content de soi et à la perte du droit de parole inaliénable qui doit être reconnu à tout citoyen, même le plus humble. Cette dérive doit être évitée.
Note : D’abord envoyée à Cyberpresse, qui a pour habitude de publier un texte le lendemain de son envoi ou pas du tout, la version initiale de ce commentaire a été déclinée. L’opinion d’un professeur titulaire à l’École d’architecture de l’Université de Montréal était sans doute plus pertinente. Depuis, le bal des vedettes s’est poursuivi…