samedi 31 juillet 2010

Papa, t’as plus l’âge pour ça !

Vient toujours un temps, au détour d’une décennie, où l’on se retrouve en proie aux bilans.  Qu’ai-je accompli ?  Quels rêves vais-je réaliser ? En aurai-je le temps?  Quand y arriverai-je ?  Voilà autant de questions qui se bousculent, tous les dix ans.  À vingt ans, on entre, fébrile et anxieux, dans l’âge adulte. À trente, on pense famille et sécurité.  À quarante, il paraît que la vie débute pour vrai. 

À l’approche de mes cinquante automnes, je croyais que j’allais être exempté de nouveaux tiraillements.  Après tout, depuis bientôt dix ans que ma vie a débuté pour vrai, que pourrait-elle faire de plus, à part suivre son cours ?  Malgré cette assurance de façade, je me demandais tout de même si mille bouleversements, tant physiques, psychologiques, qu’existentiels, n’allaient pas m’assiéger.  J’avais lu ce sombre pronostique dans un magazine.  Je touche du bois.  À ce jour, mon existence reste un long fleuve tranquille. 

Quelques remous menacent pourtant à l’occasion l’eau d’une sérénité chèrement acquise.  Quand j’étais plus jeune, ma belle-fille partageait, avec sa mère et moi, tant de goûts communs, au point d’accaparer régulièrement nos CD, vidéos et, plus tard, nos DVD.  Alors que ma génération, adolescente, a vécu une sécession culturelle et souvent politique d’avec ses parents, elle devait hériter d’une symbiose à temps partiel avec ses enfants…  Du moins, avec ceux d’une première génération.

Ma belle-fille, 26 ans, mène une existence autonome.  Nous dînons ensemble régulièrement.  Nous avons des conversations dont je n’aurais jamais pu anticiper la profondeur ni la diversité, quand elle jouait encore avec ses poupées Barbie.  Mon fils est de 13 ans son cadet.  Après la lune de miel de l’enfance, où un garçon s’identifie à son père et aime les mêmes choses, le voilà en train de développer une personnalité bien à lui.  Vais-je devoir couper le cordon ombilical ?

Dernier rejeton d’une lignée d’hommes au caractère noble et sans reproche, Jérémie n’en demeure pas moins un farouche individualiste, comme son père et ses ancêtres.  C’est une tradition officieuse. L’ennui, c’est qu’aucun Kaestlé n’a bâti son individualité de la même façon que son géniteur.  Inévitable, me direz-vous.  N’est-il pas cependant paradoxal de nous voir séparés de génération en génération par un même caractère ?

À en croire mon fils, mes cinéastes favoris, de Hitchcock à Veber, en passant par Mel Brooks et Coppola, sont mûrs pour la cour à scrap, et mes musiciens préférés, incluant mes indémodables Beatles, voués à un musée d’anthropologie musicale.  Quant à mon style capillaire et vestimentaire, mieux vaut n’en piper mot.  Pourtant lorsqu’un jour, j’arborais fièrement un polo dernier cri, mon fiston, implacable, devait me balancer, avec une lassitude nonchalante, un traînant « Papa, t’as plus l’âge pour ça ! »

C’est là, finalement, que la cinquantaine m’aura rejoint.  Pas au plan de la santé, assez bonne, ni de la vie professionnelle, plutôt stable, mais dans le regard de mon fils, un rien acéré.  Malgré ça, nos différences même nous rapprochent souvent, et on ne voit pas le temps passer, comme le chantait Ferrat.  Zut, j’oubliais.  Celui-là aussi est passé date.

10 septembre 2008

Ce Rétrolivier est paru dans Le Nouvelliste du 18 septembre 2008 et dans Le Soleil du 28 septembre 2008.

mardi 27 juillet 2010

Ces inconnus si proches…

Ne vous est-il pas déjà arrivé, au détour d’un rendez-vous de routine, ou d’un déplacement sans importance, de rencontrer un parfait inconnu et d’échanger avec lui sur des sujets aussi fondamentaux que le vie, le temps qui file, la maladie, les enfants, la guerre, le bonheur, ou la mort ?  Ces conversations, qui peuvent survenir inopinément aussi bien au coin d’une rue que dans un commerce de détail, représentent, dans l’espace d’une vie, autant de moments privilégiés de réflexion sur des enjeux fondamentaux. 


Parfois, même nos amis et parents les plus proches, au discours pourtant articulé, n’arrivent pas à surpasser ces échanges, aussi pertinents qu’imprévus.  Comme si la vie se chargeait de nous rappeler que le monde n’arrête pas aux confins de notre petit circuit de relations. L’empathie et la connivence humaine restent des valeurs universelles qui peuvent être vécues et communiquées par tout individu, inévitablement confronté aux aléas de la condition humaine.

Vous ignorerez à peu près tout de votre interlocuteur momentané : son nom, sa profession, son âge, ou sa situation familiale.  L’un ou l’autre des ces facteurs sera vaguement évoqué, en filigrane du témoignage qu’il vous aura livré.  Ses propos ne vous auront transmis, ce jour-là, que leur parcelle de vérité, sans pour autant vous lier à leur auteur.

La plupart du temps, vous ne reverrez jamais votre vis à vis, comme s’il ne devait croiser votre destin que ce fugitif instant.  C’est la paradoxale rencontre de l’éphémère et de l’essentiel.  Une fois l’entretien terminé, le moment de pertinence dont la vie vous aura fait cadeau continuera de résonner en vous dans les heures, parfois les jours, qui suivront.

Combien de réflexions, à partir desquelles nous nous sommes construits, continuent de nous habiter, longtemps après que nous ayons oublié ces instants qui leur ont donné naissance ? 

Vous ne vous sentirez pas en reste, envers votre locuteur, puisque vous aurez probablement eu sur lui un impact comparable à celui que vous aurez ressenti.  C’est souvent ainsi que des gens, qui pourraient se voir tiraillés par leurs différences, dans la durée, arrivent à communier viscéralement à une même réalité, le temps d’une lueur partagée.

Un autobus qui arrive, un nom appelé dans une salle d’attente, et votre partenaire de réflexion disparaît, comme nous l’évoquions, le plus souvent pour toujours.  Il n’y a pas de regrets à y avoir.  Vous aurez simplement passé un bon moment.  Vous avez d’instinct la sagesse de vous en satisfaire, comme si une satiété en vous avait été atteinte, et qu’il était inutile d’aller plus loin.  D’autres interludes, aussi révélateurs, vous attendent, peut-être chez le garagiste, dans un parc, ou au détour d’un rayon d’épicerie.  Après tout, votre périple sur terre pourrait être long.  Il y a tant de choses à comprendre, et un inconnu est si vite arrivé…

8 mars 2008

Ce Rétrolivier est paru dans Le Nouvelliste du 21 juillet 2008 et dans Le Soleil du 29 juillet 2008 sous le titre Un inconnu est si vite arrivé…

jeudi 22 juillet 2010

La table desservie

Une amie meurt et du coup la vie, ses passions, ses conflits et ses joies basculent, comme si le temps s’arrêtait pour qu’on ne ressente que le vide laissé par ce départ. La mort, sans laquelle nous n’aurions jamais conscience de l’existence ni de sa fragilité, est parfois dyslexique.  Mon amie aurait dû vivre 84 ans; elle est morte à 48.


Parmi les gens dont j’ai anticipé l’apparence à un âge vénérable, elle a toujours occupé la tête de peloton.  Je me représentais alors son visage énergique sillonné de rides expressives, ses cheveux bruns devenus poivre et sel.  Elle aurait conservé la même stature svelte et un peu trapue, mais aurait perdu de sa masse musculaire tout en devenant légèrement voûtée.  L’allure générale serait cependant restée la même.

Mon amie avait un tempérament à prendre ou à laisser.  C’était une nature entière, exigeante envers elle-même comme envers les autres et qui ne supportait pas la médiocrité, l’hypocrisie, ni le calcul.  Cette disposition de caractère pouvait la rendre à l’occasion intransigeante, cassante, même.  Pourtant, il n’y a jamais eu chez cette femme un atome de méchanceté.

Mon amie était l’hospitalité même.  Je ne compte plus les fois où j’ai été convié à une table impeccablement mise, prélude à une cuisine fine et variée. Fille de la campagne, elle avait ce goût prononcé pour la nourriture saine, les légumes et les fruits frais.  Je me rappelle son amusement incrédule devant les quantités de nourriture gargantuesques que je pouvais alors ingurgiter. 

Avec le recul, je réalise à quel point notre amitié appartenait au passage de l’adolescence à l’âge adulte, avec tout ce que ce parcours comporte d’idéaux, d’aspirations, d’obstacles, de désillusions et de rêves obstinés.  Mes études terminées, je m’envolais, en 1985, enseigner un an et demi en Louisiane.  À mon retour, sans que nous le réalisions alors, notre complicité n’était déjà plus aussi immédiate. De nouvelles études à Québec, suivies d’un bref séjour professionnel à Baie-Comeau, devaient m’éloigner encore de Trois-Rivières. Enfin, j’y fondais une famille en 1989.  Au fil des ans, nos routes, peu à peu, se séparèrent.  J’ai appris son décès par la rubrique nécrologique.

Mon amie est morte et voilà que le compte à rebours est terminé, que la table est desservie.   Les explications ne seront jamais données; les malentendus, jamais dissipés, ni les différends résolus.  Si nous sommes parvenus à devenir adultes, chacun de notre côté, nous ne le serons jamais l’un envers l’autre.  Cette grâce, accordée à certains amis, après les tiraillements de la jeunesse, ne nous aura pas été donnée. 

Au fond, qu’importe? Quand un proche se voit propulsé dans l’au-delà à la vitesse de la lumière, les atermoiements des vivants ne représentent qu’une poussière dans l’infini.  Pars sereine et  heureuse, mon amie.  Poursuis ailleurs ton périple et trouve enfin ta plénitude.  L’éternité, maintenant, t’appartient.

12 mars 2007

Ce Rétrolivier est paru dans Le Soleil du 26 mars 2007 sous le titre La mort, la vie, la table desservie… et dans La Presse du 31 mars, dans la rubrique À votre tour, sous le titre L’éternité, maintenant, t’appartient.

lundi 19 juillet 2010

Alors, votre opinion ?

Au détour d’un fait divers, après l’éditorial du jour, avant la chronique des films, nous finissons toujours par nous y attarder.  Tel des flâneurs qui s’accordent un répit des journalistes, commentateurs et autres experts, nous pouvons y prendre le poux des gens dits ordinaires.  Le courrier du lecteur reste en effet cette zone franche dans laquelle une foule bigarrée et hétéroclite exerce son droit démocratique de s’exprimer. 


On y trouve de tout, tant aux plans des sujets que des auteurs, de la dame émerveillée d’un spectacle, au travailleur indigné d’un lock-out, en passant par le doctorant dissertant sur une question internationale.  La rubrique d’opinions de notre quotidien offre davantage qu’une soupape permettant de relâcher le trop-plein de nos états d’âmes les plus tangibles.  Il s’agit d’un espace favorisant l’exercice de notre citoyenneté, au sens d’une appartenance à la collectivité. C’est aussi un lieu stimulant notre désir d’influer sur nos choix collectifs.  Y parvenir vraiment  reste toutefois une autre paire de manches.

Cette tribune, quand nous nous en prévalons, nous oblige par moments à passer de l’indignation spontanée à un exercice de réflexion et de communication mettant à l’épreuve nos convictions les plus intimes.  S’il est aisé de rouspéter dans son salon, il en va différemment lorsqu’il s’agit de transmettre une opinion cohérente à un lectorat regroupant une diversité presque illimitée de points de vue.

Bien sûr, les positions à caractère social ou politique ne représentent qu’une facette de la rubrique d’opinions.  Certains partageront des témoignages sentis à propos d’expériences vécues, ou dont ils auront été les témoins.  D’autres formuleront des commentaires irrités, amusés ou farfelus sur des sujets terre-à-terre qui meublent notre quotidien.  À l’opposé, des lecteurs se lanceront dans des spéculations étoffées tantôt subtiles, parfois aventureuses, sur des enjeux complexes ou abstraits.

Au-delà de la somme des points de vue qu’il véhicule, le courrier du lecteur offre un portrait quotidien des préoccupations de toutes les couches de la population, indépendamment des faiseurs d’opinions, ou en réaction à leurs propos.  On y trouve parfois des thèmes peu abordés dans les médias, ou des approches différentes de sujets connus.  Cette rubrique constitue une forme de subconscient médiatique qui permet à l’occasion aux équipes de rédaction de moduler leur traitement, en plus d’alimenter le débat social et de favoriser la circulation d’idées.

Dans une perspective plus vaste, la rubrique d’opinion influence dans une mesure variable des décideurs et intervenants de toutes les sphères d’activités, y compris ceux qui président à nos destinées politiques, économiques et sociales.  C’est pourquoi, lorsque nous sentons que nous pourrions donner un appui, exprimer un désaccord ou formuler une requête, il importe d’écouter notre instinct.  À une époque de désillusion généralisée envers nos dirigeants, la participation à une tribune publique reste une façon privilégiée de poser un geste citoyen.  À défaut de changer  le monde, votre point de vue transcendera les limites de votre salon.

Ce Rétrolivier est paru dans Le Soleil du 19 août 2007, sous le titre À défaut de changer le monde…

mardi 6 juillet 2010

Que prendrez-vous, madame ?

C’est avec un amusement coupable que je lisais, dans un quotidien, une sexologue révélant que le « préhistoricosexuel » venait de faire son apparition au panthéon du stéréotype masculin à la mode.  Ce nouveau favori, très velu, succède donc au métrosexuel, qui utilise crèmes, maquillage, et vêtements raffinés, et à l’übersexuel qui, dit-on, « oscille entre le rose et le brun ».  Ça valait la peine de se lever, ce matin-là… 

Renchérissant sur cette trouvaille, la chroniqueuse citait le magazine « Glamour » (Jamais entendu parler.  Un autre cas d’ignorance masculine…), qui nous apprenait que, selon une enquête approfondie, réalisée en novembre 2007, 67 % des femmes préféraient faire l’amour avec un homme doté de poils aux fesses, et 31 %, avec un homme qui en avait dans le dos.  Bouleversant constat.

Ainsi, si l’on s’en rapporte à cette publication éclairante, force est de conclure que 98 % des femmes préfèrent le sexe avec un homme affublé de poil quelque part.  Les fabricants de défoliants vont la trouver mauvaise…  Et que dire de ceux qui perdent un temps précieux à faire disparaître leur si attractive pilosité.  Consternation garantie, pour tous ces gens qui rament à contre-courant des diktats de la pop psycho féminine.

Aussi, afin d’apporter – enfin – une note masculine à ce concert de clichés « définissant » l’homme rêvé, je proposerai ici trois nouveaux prototypes.  À l’instar des prêtresses qui nous instruisent, j’entends ainsi démontrer que la superficialité n’est pas un obstacle à la libre expression.  Un peu d’imagination et hop, de nouvelles illuminations voient le jour.

Après le métrosexuel, quoi de plus naturel que d’innover avec le « boulosexuel » et son antithèse, le « dodosexuel ».  Le premier, jeune loup aux dents – et aux mains – longues, ou vieux matou sur le retour, se voit caractérisé par une libido exponentielle et une tendance marquée à transformer votre chambre à coucher en gymnase libidinal. Avec lui, vous vous sentirez comme un shish kébab chevauchant un marteau-piqueur.  Inutile de vous décrire physiquement cet individu ; il ne restera jamais assez longtemps dans votre vie pour que vous en gardiez un souvenir détaillé.

En revanche, d’apaisantes soirées de tricot au lit guettent celles d’entre vous qui se faufileront entre les draps douillets du dodosexuel.  D’entrée de jeu, cet homme décontracté vous indiquera le côté de lit qu’il aura choisi pour se reposer après la chose… au cas où ladite chose surviendrait.  S’il a la télé, peut-être aurez-vous la chance de vous rabattre sur les images sulfureuses de Bleu nuit, si Remstar ne liquide pas ce programme. 

Au cas où de tels amants ne vous subjugueraient pas (Vous être bien difficile… ), le « älbertsexuel » comblera vos voeux.  Digne descendant du übersexuel, ce prototype tire son nom du classique de Félix Leclerc, « Sors-moi donc, Albert ».  Vous l’aurez compris, c’est un casanier.  Arborant fièrement une barbe de trois jours et des jeans qui, au fil des ans, auront changé trois fois de couleur, son charme rustique ne vous laissera pas indifférente.  Si lui non plus ne vous plaît pas, il ne vous restera plus qu’à vous improviser psychologue et à créer votre prototype.  D’autres l’ont bien fait, avant vous…

Ce Rétrolivier est paru dans La Presse du 24 mai 2008, rubrique À votre tour, sous le titre Bienvenue à l’älbertsexuel et sous celui de Et maintenant le « boulosexuel » !  dans Le Soleil du 16 juin 2008.

Charme et maintien pour intégristes

Dans notre quête inlassable en vue d’établir des ponts avec les communautés culturelles dont les factions intégristes défraient régulièrement la manchette depuis plus de quatre ans déjà, certaines initiatives audacieuses et novatrices méritent d’être envisagées. 

Il convient toutefois auparavant de cerner la cause profonde d’un comportement associable en vue d’y trouver le remède approprié.  Ainsi, quand nous voyons des hommes trouver légitime d’imposer à leurs femmes et à leurs filles le port de la burqa et du niqab, il faut, avant de juger ces pauvres hères trop sévèrement, chercher à identifier quel malaise profond, quelle motivation émotionnelle déviante, absout à leurs yeux cette attitude profondément rétrograde.  Un problème bien posé est à moitié résolu, dit le proverbe. 

La question fondamentale peut se résumer ainsi : pourquoi des intégristes trouvent-ils normal de contrôler des femmes au point de les étouffer sous des oripeaux disgracieux, de gérer leurs moindres faits et gestes, bref de les considérer comme des citoyennes au rabais ?  Ce questionnement ne saurait bien sûr prévaloir pour les musulmanes, de plus en plus affichées, qui revendiquent pour elles-mêmes le port du niqab, à qui nous ne voudrions pour rien au monde faire perdre le sourire.  Certains parmi leurs conjoints, qui réprouvent leurs goûts vestimentaires, ont égaré le leur depuis longtemps.

Pour les autres maris, leur désir envahissant de répression peut s’expliquer par une carence de contrôle sur soi, qui trahit nécessairement un manque de confiance en leur valeur propre et en leurs possibilités, de même qu’une jalousie et une possessivité sexuelles maladives.  Comment faire pour donner à ces malheureux la valorisation qui pourrait les inciter à laisser leur conjointe mener une existence normale ?

Charme et maintien 101

Dans le courant des années 70, des femmes suivaient les cours dits de charme et maintien dispensés par l’Association féminine d’éducation et d’action sociale, communément appelée AFÉAS, en vue de développer ces qualités si féminines.  Aux yeux de ce mouvement, conscientisation sociale et féminité n’étaient pas incompatibles.  Les temps ont bien changé.  Un coup d’œil aux Françoise David, Michèle Asselin, Christiane Pelchat et autres versions féminines de Lise Payette suffit pour constater que les signes dits – erronément - religieux ne représentent plus la seule mesure de répression vestimentaire.

Bien que la formation sus mentionnée semble avoir disparu de l’agenda de l’AFÉAS, peut-être faudrait-il tirer profit des leçons du passé et les réactualiser dans le contexte multiculturel des années 2010 ?  Ainsi, après le übersexuel, le métrosexuel, le dodosexuel et le boulosexuel, pourquoi ne pas envisager un prototype d’homme moderne et « tendance » spécialement adapté à la réalité musulmane ? 

Le mohammedsexuel

Car enfin, il est légitime de se demander comment les représentants les plus extrémistes d’obédience musulmane peuvent avoir confiance en leur aptitude à retenir leur(s) épouse(s) par la séduction quand certains parmi eux s’habillent encore comme si chaque jour de l’année tombait un 31 octobre.  Il faut les comprendre, tout de même.  Des clochards ont l’air plus ragoûtants qu’eux.  Même les plus nombreux, qui ont opté pour un habillement occidentalisé, n’en conservent pas moins dans leur manière d’être des réflexes tribaux néo-médiévaux qui n’évoquent en rien Luck Mervil, notre homme rose de gauche caviar par excellence.

En cherchant bien parmi les personnalités musulmanes de premier plan, combinant judicieusement valeurs islamistes profondes et look d’enfer, surtout l’enfer des femmes, le nom de Tarek Ramadan, charmeur incroyable, malgré son hypocrisie feutrée et un intégrisme à peine voilé, s’est imposé sans rival.  Au point où nous avons d’abord songé à baptiser notre prototype d’homme nouveau musulman de l’épithète racoleur de ramadansexuel

Comme le mot ramadan désigne toutefois un rituel fondamental, nous avons plutôt décidé, inspiré par un souci aigu de tact qui n’a jamais cessé de nous guider, d’éviter de froisser indûment des susceptibilités et d’opter plutôt pour l’épithète mohammedsexuel.  Le prénom musulman Mohammed demeurant en effet, et de loin, le plus populaire, son choix s’imposait pour éviter toute discrimination fondée sur la classe sociale, l’âge, le revenu ou l’éducation.  Après tout, chaque homme n’a-il pas le droit de se sentir attrayant ?

Les bienfaits d’une métamorphose

À première vue, l’entreprise de transformer un homme hirsute, arborant une djellaba comme un trophée, en version islamiste de Mario Pelchat peut sembler d’avance vouée à l’échec.  Pour les autres, espérons-le, majoritaires, il ne suffit pas de s’habiller en occidentaux pour en adopter les valeurs par contact cutané.  Comme tout changement fondamental ne peut venir que de l’intérieur, c’est en persuadant ces hommes qu’ils ont tout à gagner à évoluer que nous les aiderons à s’affranchir des derniers vestiges d’une virilité archaïque et biodégradable.

Il suffit de leur faire comprendre qu’en devenant eux-mêmes heureux et libres, ils rendront leur(s) épouse(s) heureuse(s) et libre(s).  Ainsi, leur tendre moitié ou quatre cinquièmes restera avec eux parce qu’elle est heureuse.  Exposé ainsi, la pari est presque gagné d’avance, ne trouvez-vous pas ?  Après tout, seuls les imbéciles ne changent pas d’avis.  Afin de définir les paramètres d’une initiative d’une telle envergure, de l’aide sera sans doute nécessaire, cependant.

Deux ministres à l’écoute

Comme notre initiative vise les communautés culturelles, nous avons pensé la proposer à nouveau au ministère de l’Immigration et des Communautés culturelles[1] et cette fois à celui de la Condition féminine, vu que des femmes en retireront un bénéfice immédiat évident et qu’il n’existe toujours pas de ministère, ni quoi que ce soit d’ailleurs, au Québec, de rattaché à la condition masculine.

À la vitesse où les dossiers touchant le balisage des accommodements raisonnables et le sort des hommes avancent, nous ne doutons pas que cette nouvelle façon d’aborder l’égalité homme-femme trouvera un aboutissement avant le départ de ces ministres en maison de retraite.  Les changements profonds de mentalités demandent parfois du temps…

[1] Le 24 juin dernier, nous avions déjà soumis aux ministères de l’Immigration et des Communautés culturelles ainsi que du Tourisme un projet de Programme de relocalisation culturelle (PRC) destiné à trouver un pays plus compatible que le nôtre aux nouveaux arrivants qui, comme la désormais célèbre Naema, préfèrent s’exclure que de renoncer à un niqab ou à tout autre usage religieux dépassé.  Le bureau de Mme James est le seul à avoir accusé réception de notre envoi, mais nous restons persuadés que la ministre assurera le suivi du dossier avec la fougue et le dynamisme auxquels elle nous a habitués.  Voir dans ce blog Naema, n’abandonnez pas votre idéal ! 

dimanche 4 juillet 2010

Accommodements : Ontario, la ridicule

Après avoir failli autoriser la charia, au grand dam de tout ce qu’il y a de civilisé au Canada, alors que maintenant, un procès pour abus sexuels répétés se voit retardé parce qu’un tribunal doit trancher si la plaignante peut témoigner avec son niqab, l’Ontario fait à nouveau la manchette avec la victoire aussi injustifiée que loufoque d’un agent de sécurité sikh contre Home Depot.  Le motif ?  Le monstre qui sert de gérant de succursale de cette compagnie à Milton, à l’ouest de Toronto, a voulu imposer à cet infortuné gamin de 52 ans, travaillant pour une agence privée, le port d’un casque de sécurité, en décembre 2005, à l’occasion de travaux de construction qui devaient précéder l’ouverture du magasin.  Faut-il être assez méchant ?

Voilà un ordre patronal presque aussi monstrueux que de demander à une musulmane de retirer son niqab pour servir les clients !  Il faut comprendre que, pour obéir à pareille directive, le plaignant, Deepinder Loomba, aurait dû commettre l’impensable, soit retirer son turban, exposant ainsi ses cheveux au public, ce qui, selon lui, va à l’encontre de sa religion.    Joignant l’insulte à l’infamie, le gérant, Brian Busch, au patronyme terriblement évocateur, et ses employés auraient tourné en dérision cet homme de conviction pour son refus d’obtempérer, M Busch allant même jusqu’à menacer l’infortuné de renvoi s’il n’obtempérait pas. 

Depuis quand les raisons de sécurité doivent-elles primer sur les convictions religieuses ?  Après tout, si un accident occasionnant un traumatisme crânien était survenu à M Loomba, Home Depot en aurait sans doute été tenue responsable, naturellement, et n’aurait eu qu’à lui verser une compensation substantielle.  Être citoyen corporatif ne va pas sans responsabilité sociale, que diable !

Soulignons que M Busch a poussé l’infamie jusqu’à transférer vers d’autres succursales tous les employés sikhs qui refusaient de retirer leur turban durant les travaux, une image qui n’est pas sans évoquer l’envoi de milliers de juifs par les nazis dans les camps de concentration lors de la deuxième guerre mondiale.  Tout ça, ose-t-il affirmer, à cause d’une politique fallacieuse de Home Depot obligeant le port d’équipements de sécurité lors de travaux.  Mais de qui se moque-t-on ?  Home Depot songerait même à demander une révision judiciaire, imaginez !

M Loomba, dont les idéaux s’harmonisent avec le désintéressement le plus noble, a dit souhaiter que la chaîne de magasins change ses politiques.  Il songe également à demander une compensation de plus de 25 000 $ pour la discrimination dont il a été si injustement la cible.  Et il pourrait bien avoir gain de cause !  Un tribunal devra, dans cette perspective, déterminer si la loi sur la santé et la sécurité au travail contrevient au Code ontarien des droits de la personne.  Quand une province a un don naturel pour le ridicule…