mercredi 3 août 2011

Slutwalks : au moins, ça leur fait prendre l’air…

Ce qu'une parole maladroite peut déclencher...
Le policier canadien Michael Sanguinetti ne savait pas ce qu’il allait déclencher le 24 janvier dernier lorsqu’il eut le malheur de conseiller à des étudiantes, au lendemain d’un viol à l’université York, « de ne pas s’habiller comme des salopes (slut, en anglais) », si elles ne voulaient pas se faire agresser.  Ainsi, le mois d’avril dernier a vu naître et se développer les « slutwalks », ou « marches des salopes » dans plusieurs pays, de l’Amérique du Nord jusqu’en Asie.  Les organisatrices revendiquent « le droit de porter ce que nous aimons ».  Cette mobilisation n’est pas sans évoquer une crise d’adolescence manifestée dans le but de « faire suer Papa » en s’opposant à ses restrictions vestimentaires.  Peut-on vraiment prendre ces femmes, majeures et vaccinées, à la sérieuse ?

Nul doute qu’il existe encore chez certains esprits rétrogrades une tendance condamnable à dédouaner les agresseurs sexuels en accusant systématiquement les victimes féminines « d’avoir couru après », en portant des vêtements osés ou en adoptant des attitudes suggestives.  Ce travers est-il à ce point répandu que plusieurs femmes et quelques hommes jugent pertinent de se proclamer « salopes » et d’arpenter les trottoirs vêtus comme des filles à matelot afin de dénoncer une épidémie de misogynie aux mains longues ?  En Occident, où le dopage statistique et les conceptions simplistes et réductrices sont la règle de toute « sensibilisation » sur les agressions sexuelles (dont les victimes masculines restent à jamais exclues), la question se pose.

Un double discours

En haut de cette photo, à droite : Slut Pride...
Cette nouvelle excentricité, nettement plus déjantée que la Marche mondiale des femmes, m’a rappelé un incident rapporté jadis par un ami.  Sirotant une bière dans un club en regardant un couple improvisé évoluer sur la piste de danse, il remarqua que la fille dansait de façon particulièrement langoureuse en se frottant les hanches près de la zone érogène par excellence de son partenaire.  Comme celui-ci s’approchait pour l’embrasser, la séductrice le repoussa brusquement.  Un moment déconcerté, le gars lui agrippa fermement les deux seins, l’espace d’une seconde, la repoussa à son tour, puis quitta la piste, laissant sa partenaire éberluée.

Choqué, sur le moment, de ce qu’il venait de voir, mon ami voulut intervenir, puis se ravisa.  Si l’homme avait agi ainsi envers une femme qui se comportait sans ambiguïté, il se serait interposé.  Dans le cas présent, il jugea que la partenaire de danse était partie prenante de ses problèmes.  Il finit donc tranquillement sa bière.

Question sensibilisation, elles peuvent se rhabiller...
En repensant à cette anecdote, le double discours des « salopes » autoproclamées m’a laissé dubitatif.  S’il est louable de déculpabiliser les victimes d’agressions sexuelles, on voit mal comment on peut se limiter à condamner seulement les hommes (les éternels méchants de l’histoire) qui  considèrent certaines femmes avec convoitise quand celles-ci exigent de pouvoir adopter des comportements provocants sans en assumer les risques.  La question vestimentaire est-elle à ce point le nœud du problème, surtout à cette époque caniculaire où il est normal que les gens, hommes comme femmes d’ailleurs, se promènent légèrement vêtus, pour des raisons évidentes de confort et de bien-être ?

Et la prévention, bordel ?

Au-delà de l’aspect vestimentaire, une telle mobilisation balaie le facteur sans doute plus pernicieux évoqué par mon ami : l’attitude équivoque de certaines femmes, qui peut envoyer des messages erronés.  Quand donc nos valeureuses militantes opteront-elles pour une approche préventive et responsable en déconseillant ces comportements en porte en faux ?  Le fait de dédouaner ce type de femme, sous le prétexte de déculpabiliser toutes les autres, est-il plus acceptable que celui d’absoudre d’éventuels « agresseurs », comme celui de la piste de danse ?  Faut-il à la limite, au nom de la cause des femmes, revendiquer pour elles le droit de pouvoir déambuler seules, en G-string et les seins nus à trois heures du matin dans un quartier mal famé aux abords d’un bar louche ?  La prévention, n’est-ce pas aussi défendre la cause des femmes ?

Des modèles pour nos adolescentes ?...
Dans la même optique, alors que les directions d’école font des pieds et des mains pour inculquer quelques principes de respect de soi et de prudence à nos adolescentes, par des règles vestimentaires minimales, faut-il trouver sensés, chez des femmes adultes et vaccinées, ces comportements d’adolescentes attardées ?  Offrent-elles un modèle auquel les femmes de demain peuvent légitimement s’identifier ?  Et ces militantes, s’agit-il des mêmes qui dénoncent avec tant de désarroi l’abîme de perdition de l’hypersexualisation ?  Un peu de cohérence serait de mise.

Des hommes en talons hauts

Dans la veine d’infantilisation d’un féminisme déresponsabilisant, une autre initiative pédestre est passée pratiquement inaperçue des médias.  Réparons vite cette lacune.  Figurez-vous qu’il existe une marche internationale visant la lutte aux agressions sexuelles envers les femmes (envers les gars, bar ouvert !) ayant pour thème Un mille en talons hauts.  L’événement en est à sa deuxième édition et consiste à faire marcher – de plus d’une façon - des hommes pendant un mille en escarpins au coût de cinq dollars par participant.  L’année passée, une cinquantaine de gogos avaient ainsi paradé à Prescott-Russell, au Québec.

Au moins, ceux-là étaient en service commandé...
Je ne saurais vous dire d’où origine ce nouvel accès de misandrie, mais chez nous, c’est sans surprise le CALACS de cette riante bourgade qui a « marrainé » l’événement en mai dernier.  On ne sait encore combien d’hurluberlus culpabilisés ont jugé pertinent de se manquer de respect au nom de la cause des femmes.  À quand une activité où des hommes seront invités à se pisser dessus ?

« Osez le clitoris ! »

Ce n’est pas moi qui le dit, ce sont elles.  Avec ce thème, nos cousines françaises sont à l’origine de la manifestation culturelle la plus originale depuis l’avènement du verlan.  Quarante ans après la révolution sexuelle, Woodstock, le Flower Power et Sgt Pepper, ces dames relèvent enfin l’ambitieux défi de localiser et d’explorer leur clitoris.  Mieux vaut tard que jamais.  Comme une femme sur deux en ignorerait toujours l’emplacement, voilà une activité qui pourrait les tenir occupées pour un temps.  On ne sait si elles anticipent d’enquêter en marchant, ni si une telle… démarche demeure compatible avec le port du talon haut.

Cet obscur sujet du désir...
C’est donc dans le dessein fort louable de briser le cycle du séchage, puisque, disent-elles, « l’intimité reste un lieu de pouvoir masculin », que ces militantes surmonteront leur hyposexualisation à la conquête de cet organe « souvent oublié ».  Humblement, elles admettent : « on ne sait à quoi il ressemble ni comment il fonctionne »… Ce n’est pas moi qui le dit, ce sont elles. Afin d’élucider cette énigme libidinale, budgets de recherche et campagne de sensibilisation (comprendre ce mot dans une toute nouvelle perspective) leur semblent incontournables.  C’est à ce prix que les femmes pourront se prendre en main.  L’auto-exploration pourrait s’avérer une solution beaucoup trop simple.  J’en chercherais bien d’autres mais pas ce soir, j’ai mal à la tête…

14 commentaires:

Roger Kemp a dit…

Salut Olivier
Tous ces mouvements de protestation ont une chose en commun, ils sont tous à l'extrême du balancier. L'être humain a ce défaut de répondre à une confrontation dans un extrême par une autre confrontation à l'autre extrême du balancier. Dans les deux cas pour aller d'un extrême à l'autre, on se doit de passer par le juste milieu mais on est pas foutu de s'y arrêter et ainsi tout le monde serait heureux du moins la très grande majorité. Rappelons-nous en 1980 la fameuse histoire des "Yvette" qui a soulevé toute une population féminine et ainsi influencé le résultat significativement du référendum.
Fais de beaux rêves mon ami en espérant que tes pillules feront effet.

Olivier Kaestlé a dit…

Je viens de me bidonner en lisant la chute de ton excellent commentaire ! La passe des Yvettes, quel souvenir ! Lise Payette a dû manquer de doigts à se mordre et je ne crois pas qu'elle a dû grimper bien haut dans l'estime de René Lévesque.

En effet, la réaction des "Sluts" est tellement extrême que certaines féministes plus conservatrices se demandent déjà ce que ces militantes ont bien pu mettre dans leur café. Comment exiger le respect en se traitant soi-meme de salope ?

Là dessus, je vais suivre ton très bon conseil et aller me coucher (je travaille de nuit et dors le jour). J'essaierai de ne pas trop céder à l'hilarité dans mon sommeil... Salut bien, Roger !

Alain a dit…

"... se prendre en mains." Mon cher Olivier, vous avez mis le doigt dessus, si j'ose dire.

Olivier Kaestlé a dit…

...Et de façon majeure, si j'ose dire, en espérant ne pas être mis à l'index...

Anonyme a dit…

... mon petit doigt me dit de tout cela que in fine, cela profitera aux hommes s'ils savent manoeuvrer dans les méandres des désaccords féministes.

Olivier Kaestlé a dit…

Faisons du pouce là-dessus...

Anonyme a dit…

Les slutwalks me rapellent cette scene de die-hard 2 ou Bruce Willis déambulent dans harlem avec un signe disant "I hate Niggers" (pc changed par la suite pour lire I Hate Everybody, ce qui n'était pas dans les reels originaux)- un excellent exemple que le crime appartient a celui qui le commet mais que la provocation outrancière DOIT être incorporée dans le jugement final.
Encore une fois, la rhétorique féministe nous procure un discours a deux temps: celui des sluts qui insiste que peu importe la provocation, les hommes doivent contenir leurs pulsions animales et celui des femmes battues qui permet et pardonne, une fois X provocation atteinte, le meurtre d'un homme qui dort.
Nous devons toujours être en controle- elles peuvent se permettrent de 'sauter leur coche' quand la provocation atteint un niveau acceptable.
More cowshit. More double-standards. Same old song and dance.

Malthus

Olivier Kaestlé a dit…

Ce ne sera pas la première fois que nos perceptions se rejoignent en tout point, Malthus. Il faut croire que le "bien" attire la "compréhension" et le "mâle", le "juste châtiment".

Pourtant, le discours victimaire féministe ne fait pas l'unanimité dans les rangs mêmes de leurs consœurs. À témoin, le commentaire de cet ex-prostituée, paru dans Sisyphe, s'il vous plaît, qui réprouve énergiquement cette initiative. Le voici : http://sisyphe.org/spip.php?article3902

Anonyme a dit…

Le vêtement, en plus de sa fonction utilitaire, a une fonction sociale. Il véhicule un message.

Choisir de découvrir son corps en sachant l’effet que ça provoque (que l’on soit homme ou femme) ne procède pas d’un comportement "innocent" : on recherche cet effet.

(Ceci n'est en aucune manière une justification du viol pour ceux qui n'auraient pas les yeux en face des trous).

http://hapshack.com/?v=1305836814.jpg

Olivier Kaestlé a dit…

Bien d'accord. Ce n'est pas parce que l'on réprouve le viol qu'il faille tolérer l'incohérence, voire la sottise. Comme, selon les psys de tout acabit, 90 % de la communication est non-verbale, il serait intéressant qu'ils en analysent l'impact vestimentaire.

Si je vais à une entrevue pour un poste, je me mets sur mon 36 car je veux convaincre que je suis professionnel et soigné. Si je me rends à une épluchette de blé d'Inde, je porte bermudas et T-shirt parce que je préfère un look décontracté qui ne fera pas fausse note.

Quand une femme s'habille en fille à matelot, le message transmis peut parfaitement s'apparenter à "attrape-moi si tu peux". Qui plus est, il existe des femmes qui s'habillent ainsi réellement dans le but de lever un "mâle". Les "sluts" auto-proclamées ne peuvent adopter un comportement vestimentaire sans en assumer les conséquences.

C'est là la différence entre un féminisme militant et un féministe déresponsabilisant.

Anonyme a dit…

Existe t-il aujourd'hui une différence entre féministe militante et féministe déresponsabilisante? J'en doute fort.
Si nous analysons ce pour quoi nos frues militent (parité numérique, slutwalks, pensions alimentaires pour les blondes, etc...) et ce contre quoi elles s'opposent (équité parentale, universalisation du droit au Choix, responsabilisation des fausses accusatrices, etc...) il apparait assez clairement que le féminisme militant est, par nature de ses actions, un féminisme déresponsabilisant.
Peut-être connaissez-vous une cause responsabilisante activement militée par nos frues, Olivier... Pour ma part, j'ai beau chercher, je n'en voit point.

Malthus

Olivier Kaestlé a dit…

Disons que le féminisme militant, porteur de changement social, date en effet de plusieurs lunes, voire de quelques décennies. Voltaire disait que le génie n'avait qu'un siècle, après quoi il fallait qu'il dégénère. Au 18e siècle, la vie était moins trépidante qu'aujourd'hui. Maintenant, après 40 ans de "militance", le génie féministe est rétamé.

Comme de mouvement social, les féministes sont passées au stade de lobby corporatiste, je crois aussi que désormais "militance" est rendu synonyme de dégénérescence. Pas de doute là-dessus.

Alain a dit…

Choisir de s'habiller selon les préférences de ces femmes me rappelle ce chat que mon frère avait. Cet animal avait le don de se poster à 30cm au-delà de la longueur de la corde du chien du voisin, juste pour le narguer. Imaginez la réaction du chien...

Olivier Kaestlé a dit…

Voilà une métaphore qui ne manque pas d'à-propos. Peut-être alors ces "militantes" auraient-elles pu s'appeler les "femmes-chats" ? Ça aurait d'un meilleur goût que de se traiter elles-mêmes de salopes, après 40 ans de féminisme à réprouver ce genre d'injures...