samedi 30 avril 2011

Maxime Roussy : je ne sais pas, et vous non plus

Maxime Roussy
Je ne sais si Maxime Roussy est coupable.  Vous non plus, d’ailleurs.  Roussy est cet auteur jeunesse de 35 ans, qui a publié près d’une trentaine de romans à succès, dont les séries Pakkal, vendue à 250 000 exemplaires, et Le blogue de Namasté, à 75 000, et qui se voit aujourd’hui accusé d’agression sexuelle, d’agression armée, d’attouchements, en plus d’avoir utilisé un ordinateur en vue de commettre une infraction sexuelle.  Sa victime présumée, une admiratrice idolâtre, avait 12 ans quand auraient débuté les délits, qui se seraient ensuite échelonnés de l’été 2006 à juillet 2010. 

Roussy a été arrêté non loin de chez lui dans le secteur Laterrière, à Saguenay, le 27 avril, dans le cadre d’une « opération policière », nous apprenait TVA.  En quoi au juste consistait ladite opération, orchestrée principalement par la police de Montréal : mise en scène sur les lieux, traquenard informatique, ou simplement arrestation dans les formes ?  Nul ne saurait le dire.  Admettons que l’expression employée donne libre cours à plus d’une interprétation d’un événement qui, pour spectaculaire et choquant qu’il puisse paraître à prime abord, ne nous est pas relaté de façon très détaillée, ou beaucoup s’en faut. 

L’auteur, libéré sous caution, devra se présenter à Montréal en juin prochain pour répondre de six chefs d’accusation.  Il a dû s’engager à ne pas entrer en contact avec la victime, à se tenir loin des parcs et à ne pas utiliser d’ordinateur. 

Les faits présumés

Roussy se présentera à Montréal en juin.
Selon la présumée victime, c’est lors d’un salon du livre que sa route devait croiser celle de l’écrivain.  S’en serait suivie une correspondance par courriels, qui aurait mené à un premier rendez-vous l’année suivante, dans le cadre d’un déplacement nécessité par le métier de Roussy.  En fait, toutes les rencontres se seraient déroulées dans des chambres d’hôtel de la région montréalaise, dont est native la jeune fille mineure, qui a décidé de son propre chef de porter les accusations.

« C’est évident que sa mise en accusation est un choc pour lui, devait affirmer à TVA son avocate, Karen Inkel, mais je n’ai pas eu l’occasion de voir la preuve. »  Moi encore moins, vous vous en doutez, et vous non plus.

Plusieurs détails dérangent mon esprit spontanément tordu et corrodé par le doute.  Où étaient et où sont encore les parents dans toute cette histoire ?  On en entend pas parler.  Cette gamine doit pourtant bien en avoir.  Rappelons cependant que c’est elle, et non ses géniteurs, qui a porté plainte.  L’ont-ils appuyée, soutenue ou éventuellement contrainte dans cette démarche ?

On nous demande de prendre pour acquit qu’une jeune fille, qui avait 12 ans au moment des premières agressions, a pu se rendre par la suite dans plusieurs chambres d’hôtel de la région montréalaise, au risque d’être vue par des clients, du personnel, des sous-traitants, des passants, sans que ses visites à une personnalité aussi connue des jeunes ne soit percée à jour ou même, simplement suspectée durant tout ce temps ?  Roussy aurait-il été à ce point aveuglé par ses hypothétiques pulsions pédophiles pour prendre de tels risques répétés ?

La région de Montréal, un vaste territoire...
Et puis, la région montréalaise, savez-vous que c’est grand ?  Plus de la moitié de la province y vit.  Comment la gamine se déplaçait-elle à travers un aussi vaste territoire ?  Je veux bien croire que le transport en commun de la ville de Montréal soit digne d’éloge, mais il est question ici de la région.  Comme la présumée victime était mineure, il fallait nécessairement que quelqu’un la véhicule.  S’agissait-il de l’accusé lui-même ?  Pas clair, tout ça.

Ici encore, la question des parents s’impose : où étaient-ils donc durant ces agressions présumées ?  Comment ont-ils fait pour ne pas en avoir connaissance, pour ne pas entretenir de doutes ?  Leur fille a-t-elle pu les rouler dans la farine autant de fois en dissimulant ce qui a toutes les apparences d’une double vie ?  Ou pire, les parents auraient-ils eux-mêmes servi de chauffeurs en vue de déposer leur propre enfant à la porte de son agresseur ?  Absurde ! 

« Opération policière »

Il ne nous reste qu’à nous rabattre sur la preuve recueillie à la suite de « l’opération policière » évoquée par TVA.  Sans doute des enquêteurs consciencieux ont-ils accumulé des indices accablants qui justifient qu’un homme voie son existence basculer du jour au lendemain afin de répondre des accusations sérieuses et crédibles qui pèsent contre lui ?  Bien sûr.  Vous faites encore confiance à nos services policiers et à notre Justice, vous ?  Moi aussi, j’ai mes doutes…

Les policiers n'ont pas toujours l'heure juste...
En fait, les fiascos accumulés au fil des ans s'appuyant sur des allégations non fondés portées contre d’honnêtes citoyens devraient nous inciter à la prudence avant de condamner Roussy.  Dans cette optique, on pourrait citer les cas trop célèbres de Harold Bouchard, Michel Dumont et d’autres, moins connus, de nombreux ex-conjoints, pères de famille et collègues de travail, victimes non seulement de fausses allégations, mais également des incuries répétées de services policiers sans éthique et d’un appareil judiciaire d’une grave incompétence. 

On se demandera encore comment il se fait qu’au cours de la dernière année seulement, 600 profs masculins aient déserté les écoles tandis que la Fédération des syndicats de l’enseignement dénonçait dès 2009 la problématique de la surmultiplication des fausses accusations en milieu scolaire.

L'auteur Claude Champagne prône la prudence.
Malgré ces réalités, qui devraient inciter à la prudence, la page Facebook de Roussy était littéralement submergée de messages de déception et d’injures le condamnant à l’avance, adressés en majorité par des jeunes, au lendemain de son arrestation.  Là encore, où se trouvent donc les parents ?  Ses collègues écrivains se sont pour la plupart montrés prudents, s’en remettant au processus judiciaire.  Claude Champagne, auteur du roman Le treizième crâne, déclarait quant à lui à La Presse : «  J’ai de la peine pour sa famille, il a quatre enfants.  Je ne veux pas porter de jugement tant que ce ne sera pas confirmé.  J’ai connu un homme dont la carrière de professeur a été détruite par de fausses allégations. »   

Suis-je en train de vous dire que Maxime Roussy est innocent ? En aucun cas. J’affirme cependant la nécessité de défendre la présomption d’innocence, quitte à l’opposer au discours vindicatif des tenantes d’un féminisme vermoulu la condamnant en nous brandissant leurs statistiques biaisées et leur discours victimaire.  Non, après examen du peu que je sache, et compte tenu du fait que le procès n’a toujours pas eu lieu, je ne peux dire si Roussy est coupable ou innocent.  Et vous non plus.

jeudi 21 avril 2011

La condition masculine en vedette à CHOI 98,1

Lorsque Lise Bilodeau, présidente de l’Association des nouvelles conjointes et des nouveaux conjoints du Québec (ANCQ) me proposa, il y a quelques semaines, de participer à une émission ayant pour thème la condition masculine et la féminisation de notre société, à CHOI 98,1, il m’aurait été impossible de refuser.  Il s’agissait du troisième volet consacré par cette station à cette thématique dont l’intérêt va sans cesse en grandissant.  Dans quelle autre ville que Québec y accorderait-t-on par ailleurs semblable importance et autant de temps d’antenne, soit deux heures et demie ?

Les joies de (re)découvrir Québec...
Évidemment, mes rapports conflictuels avec dame nature allaient faire en sorte que le jour même de la rencontre, soit le 20 avril, une tempête, mêlée de pluie et de verglas, allait s’abattre sur le Québec.  Une consolation : la visibilité, entre Trois-Rivières et Québec, était passable et en roulant prudemment, je me rendis à bon port.  C’est précisément là que les choses se compliquèrent.  J’adore Québec, rien moins que la plus belle ville francophone en Amérique du Nord à mes yeux.  Aussi me demandais-je pourquoi, habité par un tel enthousiasme urbain, je ne m’y rendais pas plus souvent. 

Je n’allais pas tarder à obtenir ma réponse en essayant d’y retrouver mon chemin, devant la signalisation défaillante qui n’arrange pas un déploiement urbain par endroit anarchique.  Je reste persuadé que les urbanistes de cette ville se réveillent la nuit afin d’imaginer des stratagèmes plus noirâtres les uns que les autres afin de compliquer la vie de l’imprudent touriste qui aura eu l’outrecuidance de s’imaginer qu’il pourrait se diriger sans encombre dans cet enchevêtrement d’indications dissimulées ou absentes.  Je précise : délibérément dissimulées ou absentes.

Show tard

Arrivé – enfin - à Radio X avec Lise Bilodeau, je fus présenté à l’animateur de la soirée, Mario Tremblay, et, après une brève rencontre sur le contenu de l’émission, nous étions en ondes. La connivence fut immédiate et, sur un mode décontracté mais alerte, nous avons abordé plusieurs aspects de la condition masculine.  Pour écouter l'émission, cliquez sur cet hyperlien et sélectionner le 20 avril.


L’obsession de Mme Pelchat, du Conseil du statut de la femme, pour la parité homme femme dans le domaine de la construction ne lassait d’intriguer Mario, qui est revenu à la charge à plusieurs reprises sur le sujet.  J’ai émis d’ailleurs l’hypothèse que, pour combler Mme Pelchat et atteindre son objectif farfelu, il faudrait en arriver à instaurer la conscription, comme on faisait jadis pour les hommes en temps de guerre, et contraindre, par exemple la fille aînée de chaque famille, à s’engager dans ce domaine qui rebute visiblement la gent féminine.

La question des droits de pères n’allait pas être passée sous silence, contrairement à la tendance média trop répandue, et Lise devait commenter plusieurs cas exposés par des auditeurs qui avaient connu l’infortune de tomber entre les griffes de policiers venus les arrêter arbitrairement en vertu de la politique d’intervention en violence conjugale. Selon cette procédure, même si c’est l’homme qui demande de l’aide, c’est lui qu’on arrête.  Même sévèrement blessé par sa conjointe, c’est encore lui qu’on arrête.

Certains cas avaient de quoi faire frémir, comme celui de cet homme harcelé par les policiers venus l’arrêter et qui, apparemment, auraient bien voulu lui faire sauter les plombs afin de l’inculper.  Lise devait insister sur le nécessité de ne signer en aucun cas ce qu’on appelle communément un « 810 », un document qui constitue, une fois signé, rien de moins qu’un aveu de culpabilité qui peut empêcher un homme, par exemple un camionneur, de travailler à l’extérieur du pays.  Certains policiers, tout en faisant pression sur l’homme arrêté afin qu’il signe le document, se gardent bien de l’informer de pareilles conséquences sur sa vie professionnelle. 

Parlant de violence conjugale, je soulevais une interrogation quant aux « statistiques » gouvernementales sur le sujet, où l’on s’entête à faire passer des signalements pour des condamnations.  Je me demandais comment il se faisait, qu’avec une pourcentage himalayen de 82 % de présumées victimes féminines, et à peine 18 % de victimes masculines, on enregistrait par ailleurs, toujours selon les mêmes sources, 69 % de plaintes croisées, donc impliquant aussi bien l’homme que la femme.  Avis aux statisticiens du ministère de la Sécurité publique : il y a une section « commentaires » en bas de ce texte.  Si vous pouviez nous expliquer…

La FFQ, le CSF, ça sert à quoi ?

Parmi les sujets qui hantaient Mario, notre hôte, et, apparemment, les auditeurs qui ont participé à l’émission de vive voix et par courriel, la pertinence de maintenir et de financer la Fédération des femmes du Québec (FFQ) et le Conseil du statut de la femme (CSF) a occupé un bon temps d’antenne.  Une écrasante majorité de participants et de participantes ont jugé que ces instances ne représentaient plus les femmes, et ont remis en cause la nécessité de les financer ou de les financer autant.  Il est ressorti de nos échanges que ces organismes représentaient davantage les organisations vouées à la condition féminine que les femmes mêmes. 

L'indignation sélective de Mme Pelchat...
Dans cette optique, le silence du CSF devant la suppression pure et simple de la subvention fédérale de la FFQ, représentant 40 % d’un budget total de 650 000 $, nous a d’ailleurs paru inhabituel et éloquent. Il s’agit poutant d’un allié privilégié de longue date.  Rappelons que le premier a été fondé à la demande de la seconde en 1973.  Mario soulignait par ailleurs que Mme Pelchat, toujours silencieuse sur la FFQ, avait cependant claironné son indignation devant le fait que la ministre St-Pierre, à la Condition féminine, avait « détourné » une subvention d’un million $ des tables de concertation des groupes de femmes vers les forums jeunesses pour financer des projets sur l’égalité homme femme.  Sans doute la ministre a-t-elle enfin compris la nécessité de dépoussiérer cette thématique avec un peu de sang frais, loin d’une habituelle rhétorique misérabiliste et victimaire ?

Vers 23h30, notre participation, à Lise et à moi prit fin.  Nous n’avons pas vu le temps passer et, finalement, je ne regrettais pas d’avoir eu à affronter la signalisation défaillante de Québec.

Partir, c’est se perdre un peu…

Québec, une bien belle ville, mais...
Je ne pus m’empêcher de penser à la série Le prisonnier, au moment de repartir après l’émission, dans laquelle le numéro 6, interprété par le regretté Patrick McGoohan, tentait en vain de quitter un village qui s’acharnait par tous les moyens à l’emprisonner.  Allais-je connaître le même sort ?  Heureusement, mon départ fut plus aisé, et je ne vis aucun gros ballon blanc se ruer à mes trousses.  Sans doute était-il assoupi dans son entrepôt sur le coup de minuit ?  Québec a pourtant tout ce qu’il faut pour retenir le touriste sans recourir à pareils subterfuges…

jeudi 14 avril 2011

Élections : au cas où vous seriez – trop – sûr de votre choix…

Des élections fédérale dont on se serait volontiers passé sont au programme le 2 mai prochain.  En 2008, l’opposition avait blâmé avec raison Stephen Harper pour avoir violé sa propre loi obligeant un gouvernement à respecter son mandat de quatre ans sans déclencher d’élections anticipées.  En 2011, c’est la même opposition qui renverse le gouvernement deux ans avant terme avec la perspective, soit de reconduire Stephen Harper dans un mandat minoritaire pendant quatre ans, donc deux de plus que celui qu’il était en train de remplir, soit, pire pour elle et pour de nombreux électeurs qui redoutent cette avenue, de donner au parti au pouvoir les clefs du premier gouvernement conservateur depuis Brian Mulroney.  Si tel était le cas, la déconfiture des partis libéral, bloquiste et du NPD serait totale et ils auraient des comptes à rendre, 300 M $ de dépenses électorales plus tard, à leur base respectives et au payeur de taxe. 

Dessin : Serge Ferrand

Comme nous voilà coincés avec un psychodrame que nous n’avons pas choisi, autant en faire notre profit et nous interroger, au cas où notre choix était fait d’avance, sur nos motivations et, surtout, sur celles de notre candidat favori.  Le diable reste toujours le meilleur des avocats et, compte tenu du nombre élevé d’indécis révélé par les sondages, cet exercice pourrait s’avérer salutaire.  De toute façon, quel que soit votre choix, il sera nécessairement douteux, vu la brochette de candidats, mais au moins, vous pourrez expliquer les raisons de votre décision.

En commençant par le moins dangereux…

Examinons les partis en course, du plus inoffensif au plus redoutable.  D’abord, Mme May, du parti vert.  Voilà, c’est fait.  Ma tante Mimi est aussi sympathique qu’elle, mais je ne la vois pas décider des destinées du pays.  Tout puissant au Québec, le Bloc est bien sûr absent du reste de la scène fédérale, ce qui lui donne un curieux statut de parti semi-inoffensif, mais Stephen Harper lui doit néanmoins de ne pas avoir pu arracher un mandat majoritaire en 2008 grâce au poids démographique du Québec.  Souvenons-nous cependant de l’entêtement du premier ministre à maintenir les coupures de programmes culturels et le durcissement annoncé de la Loi aux jeunes contrevenants.  Jusqu’à quel point le Bloc a-t-il joué de son rayonnement ou Harper de maladresse stratégique à cette occasion  ?

Gilles Duceppe, au goût du jour
Le Bloc s’est vu reprocher sa responsabilité dans le renversement de l’actuel gouvernement, ce qui alimente, malgré sa popularité, une perception d’opportunisme, chez ses détracteurs.  Sa position sur les enjeux liés aux accommodements raisonnables, question sensible au Québec, est aussi claire que celle d’Amir Khadir qui affirmait, lors de l’annonce du projet de loi 94 sur le port du niqab, que c’était la bonne chose à faire, pour conclure, lors de son dépôt, que le gouvernement Charest avait manqué une belle occasion d’affirmer la nécessité d’une société laïque.  Bénéficiant lui aussi de la popularité de celui qui ne sera jamais au pouvoir, Gilles Duceppe a affiché, selon les circonstances, une certaine tolérance aux accommodements, récemment de passage au Saguenay, une certaine tolérance à la prière de Jean Tremblay, et il affichera probablement aussi une certaine tolérance envers une société laïque séparant clairement la religion de l’État.  Alors, est-ce assez clair pour vous ?

Moi aussi, j’aimerais bien prendre une bière avec Jack Layton, mais je suis toujours surpris de l’idée fixe d’un parti de gauche de pouvoir augmenter les impôts des grandes entreprises, cette fois à 19,5 %, soit trois points de plus, sans risquer un exode de celles-ci vers les pays de l’Asie ou de l’Amérique du Sud, où la main d’œuvre ne coûte rien et les contraintes environnementales demeurent symboliques.  M Layton n’a-t-il pas entendu parler d’une crise manufacturière et des pertes d’emplois massives qui s’en sont suivies ?  Si une solution aussi simple pouvait renflouer notre déficit sans dommages collatéraux tout en gagnant des votes, croyez-vous qu’elle n’aurait pas été envisagée ?

Michael Ignatieff, biodégradable
Parmi les inoffensifs, j’aurai plus classer Ignatieff en début de liste, mais les intentions de vote nationales le place néanmoins au deuxième rang, alors… Le chef du parti libéral n’a pas réussi à prouver qu’il pouvait devenir davantage qu’une version un peu plus présentable de son prédécesseur, Stéphane Dion.  Aussi froid, cérébral, d’apparence aussi déconnectée que lui, « Iggy » ne passe pas, comme en témoigne, sondage désastreux après sondage calamiteux, le test de la perception populaire.  Il faut dire que le scandale des commandites a laissé un trauma durable dans les esprits qui contredit le vieil adage selon lequel la mémoire de l’électeur n’a que six mois.  Fidèle à la tradition libérale, Ignatieff attaque davantage le programme de son adversaire qu’il n’expose le sien.

Le redoutable Stephen Harper

Stephen Harper, premier ministre sortant, reste à plus d’un titre le candidat le plus redoutable.  D’abord, il est au pouvoir, ensuite, il pourrait y devenir majoritaire et, d’une façon comme d’une autre, il restera premier ministre.  De l’avis de plusieurs, le chef conservateur est son meilleur allié et son pire ennemi.  Il suscite une ambivalence certaine chez l’électorat et, probablement, chez sa base électorale.  En effet, parmi celle-ci, il s’en trouvera pour le féliciter d’avoir duré cinq ans, et peut-être plus, tout en restant minoritaire.  Il s’en trouvera d’autres pour questionner le fait qu’en trois élections en cinq ans, Harper n’ait pas réussi à arracher de majorité, ce qui pourrait bien arriver, tant il effraye en Ontario, au Québec, dans les Maritimes et jusqu’en Colombie-Britannique.  Une telle performance en l’absence d’adversaires vraiment menaçants aggraverait son cas.

Un Stephen Harper autoparodique...
Au Québec, où nous aimons avoir le beurre, l’argent du beurre et le cul de la laitière, nous ne semblons pas avoir compris à quel point nous sommes devenus dépendants du système fédéral, ne serait-ce que par les transferts de péréquation qui s’élèvent à 8 G $, dont une large part provient de l’Alberta et de ses sables bitumineux.  Il est loin le temps où le Québec contribuait aux paiements de la péréquation.  Dans une telle perspective, il est difficile d’envisager, à court ou à moyen terme, un Québec indépendant et économiquement viable.  Bon point pour Harper : il est loin d’afficher envers le Québec l’arrogance méprisante d’un Jean Chrétien et a fait l’effort d’un premier règlement du déséquilibre fiscal au montant de 750 M $, aussitôt engloutis en baisses d’impôts par Jean Charest.  Harper a dû se sentir « baisé » et bien ridicule aux yeux du ROC.  Son enthousiasme sera plus tiède par la suite.

L’homme projette par contre l’image d’un être obstiné, autocratique.  Toutes les associations de journalistes du pays ont fait front contre lui pour dénoncer sa mainmise sur l’information.  Les dépenses militaires du Canada, qui représentent maintenant le 13e plus imposant budget militaire, ont grimpé en flèche pour atteindre 21,19 G $.  L’absence de politique environnementale crédible, l'engagement du Canada en Afghanistan, l'entêtement à ne pas rapatrier Omar Kadr, malgré une bataille judiciaire sans cesse perdue au frais du contribuable, les abus de pouvoir policier du sommet du G-20 de Toronto, la perte de prestige du Canada aux yeux de l'opinion internationale, le durcissement des lois, l’intérêt non dissimulé vers la construction de méga-prisons ainsi que l’abolition envisagée du registre des armes à feu constituent autant de sujets de litige qui divisent le pays.

Voter dans un tel contexte, en connaissance de cause, et après avoir examiné le pedigree de chaque parti ne s’annonce pas si simple mais demeure un exercice nécessaire.  Au Québec, malgré une remonté éphémère du NPD, le Bloc ressortira probablement vainqueur.  La question fondamentale demeure la suivante : gagnera-t-il parce que les Québécois y voient toujours une voix qui défend leurs intérêts à Ottawa, ou parce qu’ils craignent la montée d’un gouvernement conservateur majoritaire ?  Poser la question…

lundi 11 avril 2011

FFQ : Ottawa, Québec et le contribuable ne marchent plus…

Alexa Conradi, présidente de la FFQ
Figure emblématique du féminisme radical québécois, la Fédération des femmes du Québec (FFQ) pourrait voir maintenue la décision du gouvernement Harper de supprimer cette année sa subvention de 240 000 $, représentant 40 % d’un budget annuel de 650 000 $.  Le couperet est tombé le 31 mars dernier alors qu’Ottawa précisait qu’il cesserait de financer les groupes de défense de droits afin de privilégier l’aide directe aux clientèles.  En clair, ça signifie que l’argent prévu aux groupes de femmes sera distribué différemment, et non que le budget global qui leur est alloué sera diminué. 

Accusée d’abandonner la FFQ alors qu’elle avait soutenu en 2008 les artistes à la suite des coupures du fédéral dans la culture, Christine St-Pierre, ministre de la Culture, des Communications et de la Condition féminine, a expliqué que les artistes avaient alors subi une suppression pure et simple de programmes fédéraux qu’il lui avait fallu compenser, tandis que l’argent dévolu à la Condition féminine sera administré différemment.  « Ils ont changé les critères, devait-elle ajouter, À partir du moment où les décisions sont prises, ce qui est important, c’est qu’on ait notre part. (…)  La façon dont le fédéral le présente, c’est qu’ils disent qu’ils ne veulent pas que ce soit toujours les mêmes qui aient l’argent. »

Stephen Harper, premier ministre fédéral
Boudée par Ottawa et larguée par Québec, la FFQ, qui semblait régner sans partage jusqu’ici sur les groupes de condition féminine, a présenté une nouvelle demande à Ottawa, mais rien ne garantit qu’elle aboutira.  Que l’on aime ou pas Stephen Harper, et dans la mesure où il a pu être partie prenante dans cette nouvelle orientation spectaculaire, force est de lui reconnaître la qualité du défaut ou le défaut de la qualité : une fois une décision prise, l’homme ne change pas facilement d’avis.  Du côté de Québec, aucun son de cloche du Conseil du statut de la femme sur la question, d’autant plus épineuse que cet organisme a été créé en 1973 sous les pressions mêmes de la FFQ.  Mais comment expliquer qu’un regroupement aussi puissant et influent puisse du jour au lendemain voir son avenir ainsi menacé ?

Vox populi…

C’est un fait connu que les gouvernements dirigent selon les sondages.  Quand il ne s’agit pas de sondages formels, des conseillers politiques, à l’affût de l’actualité, influent sur les décisions de nos élus.  De dirigeants, ces derniers deviennent alors dirigeables.  Or, de plus en plus, dans un contexte de turbulences économiques, le soutien financier alloué à des organismes dont la légitimité et la pertinence appartiennent à une époque révolue est questionné.  Le contraire serait anormal.

Judith Woodworth, ex-rectrice de Concordia
Et ça, c’est sans compter le financement de structures qui n’ont jamais bénéficié d’une grande ferveur populaire.  Il suffit de mentionner les commissions scolaires et les agences de santé et de services sociaux pour s’en convaincre.  Le contribuable québécois, toujours davantage pressurisé, n’admet plus les dépenses à fonds perdus qui semblent davantage favoriser le maintien à l’emploi de bureaucrates qu’une saine gestion des services publics.  Les parachutes dorés accordés récemment, entre autres, à des ex-rectrices à la compétence questionnable de McGill et Concordia, a contribué à l’augmentation du cynisme populaire, surtout quand l’État annonce une hausse des frais de scolarité.

C’est dans ce climat d’exaspération populaire où la classe moyenne comprend nettement que c’est encore elle qui devra fournir l’essentiel de l’effort de guerre dans la lutte au déficit, que le financement de certains groupes à la vocation sociale devenue abstraite, comme les groupes de condition féminine, constitue un irritant supplémentaire.

Une pente descendante

Après les passages remarqués de Françoise David et de Viviane Barbot à la présidence de la FFQ, l’arrivée de Michelle Asselin ne devait pas modifier l’image de l’organisme pour le mieux.  Cette femme peu charismatique allait multiplier les prises de position maladroites, qu’il s’agisse de dénoncer l’ostracisme qui guettait selon elle les blondes, la « nécessité » d’investir des millions sur plusieurs années en campagnes contre la violence faite aux femmes, ou la réprobation acrimonieuse de l’initiative d’une école secondaire montréalaise d’organiser une journée spécifique pour motiver les garçons avec des activités sur mesure pour eux.  La sortie de Mme Asselin lui avait d’ailleurs valu une volée de bois vert dans les tribunes d’opinion.  

À droite, Michelle Asselin, présidente sortante
À tort ou à raison, c’est elle que l’on a rendue responsable de la résolution tant controversée de la FFQ de s’opposer à l’interdiction des signes religieux visibles dans la fonction publique, alors que 60 % de la population québécoise s'objectait aux accommodements raisonnables, selon un sondage Léger-Marketing.  Dans un moment d’étourderie, Mme St-Pierre devait appuyer ladite résolution, désavouant par le fait même l’avis de son Conseil du statut de la femme, qui prônait énergiquement l’interdiction des signes religieux.  Djemila Benhabib, auteure féministe de Ma vie à contre-Coran, devait condamner avec force la prise de position de la FFQ, allant même jusqu’à reprocher à la Fédération de trahir la cause des femmes et de jouer le jeu des lobbys islamistes.  Le moins que l’on puisse dire est que l’organisme fondé en 1966 par Thérèse Casgrain n’avait pas favorisé l’unité parmi les féministes.

À peine élue présidente, Alexa Conradi devait affronter une crise de taille avec la chancelante marche de femmes de l’automne dernier, dont la publicité condamnant l’engagement du Canada en Afghanistan avait déclenché une vague de colère qui devait largement dépasser cette question.  Se faisant l’écho des citoyens et citoyennes dits ordinaires, plusieurs commentateurs allaient ni plus ni moins remettre en question la raison d’être même de l’organisme, sa représentativité et la légitimité de son financement.  Elle était loin l’époque des marches solidaires organisées par Françoise David !  Comme si la FFQ tenait à se tirer davantage dans le pied, la poussière n’était pas sitôt retombée qu’elle s’attirait à nouveau les foudres du public en revendiquant le droit des femmes musulmanes de porter le niqab dans les garderies familiales, au mépris même de l’impact d’un tel accoutrement sur les petits enfants.

Un signe des temps

Christine St-Pierre, ministre à la Condition féminine
Difficile de ne pas voir dans la somme de tant de maladresses accumulées la cause d’un désintéressement étatique tant fédéral que provincial envers la FFQ, si imposante soit-elle.  Mais ce n’est peut-être que l’amorce d’une plus vaste tendance.  La décision de la ministre St-Pierre de préférer financer les Forums jeunesse plutôt que le Réseau des tables régionales des groupes de femmes du Québec, pour ce qui est de projets d’égalité, indique une volonté de s’écarter des structures « traditionnelles » en condition féminine.  L’image de prédatrices de subventions leur colle peut-être un peu trop à la peau. 

Qui sait si cette perception de plus en plus répandue n’est pas à l’origine de la diminution draconienne du budget du Secrétariat à la condition féminine qui passera de 7,7 M $ en 2010-2011 à 3,2 M$ en 2011-2012.  Il est bien sûr déplorable que de telles annonces puissent menacer des emplois, avec tout ce qu’implique une telle réalité sur des salariées et leurs familles.  Il s’agit cependant de signes annonciateurs que le mouvement de changement qu’a été jusqu’ici le féminisme contemporain a peut-être fait son temps, au Québec à tout le moins, sinon ailleurs, et que le moment est venu de passer à une façon plus globale d’atteindre une réelle égalité, empreinte cette fois de réciprocité et d’une plus grande justice sociale.

jeudi 7 avril 2011

Harcèlement judiciaire : 21 fois accusé, jamais condamné

Christine St-Pierre
Fidèle à ses habitudes, la ministre de la Condition féminine, Christine St-Pierre, vient de lancer une nouvelle campagne contre les agressions sexuelles en présentant 5 293 signalements comme autant d’infractions sexuelles dûment enregistrées et sanctionnées.  Par leur silence devant cette nouvelle mystification, les corps policiers s’en sont fait complices et comme toujours, les médias n’y ont vu que du feu.  En réalité, bon an, mal an, environ 500 signalements mènent à des condamnations en bonne et due forme.  La manœuvre de désinformation de Mme St-Pierre, qui coûtera au contribuable 800 000 $, constitue la quatrième phase d’un plan d’action gouvernemental lancé en 2008. 

On se rappellera que cette année-là, la mythomane ministre avait commandé à la firme Ipsos Reid un sondage de perception auprès de 803 répondants de toutes les couches de la société.  Ces braves gens devaient évaluer, au jugé, donc de la façon la plus subjective, quel pourcentage de femmes (les garçons, on s’en fichait, comme d’habitude) serait un jour victime d’une agression sexuelle.  On aboutit alors au chiffre himalayen de 34 %, soit une femme sur trois.  Ne reculant devant rien, Mme St-Pierre organisa une vaste campagne de désinformation médiatique, au coût de 1 300 000 $, en présentant frauduleusement ce résultat comme une statistique officielle de Statistique Canada, ce qu’elle devait avouer à un animateur de Québec, Sylvain Bouchard.

  
68,4 % des hommes accusés sont relâchés.
Farouche partisane de l’idée fixe selon laquelle les fausses allégations n’existent pas, Mme St-Pierre devrait méditer sur des chiffres, bien réels, ceux-là, et ne provenant d’aucun sondage, émanant d’une étude de Sonia Gauthier, de l’Université de Montréal, et Danielle Laberge, de l’UQÀM.  En s’appuyant sur de vraies statistiques, ces deux chercheuses démontrent qu’à l’issue des procédures résultant d’allégations de violence conjugale, qui incluent, on s’en doute, des violences sexuelles, 68,4 % des hommes accusés sont remis en liberté tandis que 26 % plaident coupables et 5 % sont déclarés coupables.  Quand donc Mme St-Pierre, ancienne journaliste de 30 ans d’expérience à Radio-Canada, fera-t-elle la différence entre un signalement et une infraction ?  À croire qu’elle n'en aura jamais ni l'intention, ni l'honnêteté…

Quand on croit avoir tout vu…

Cette tendance maladive, je dirais pathologique, à la démonisation des hommes du Québec par des élus, dont la ministre ne représente qu’un cas parmi d’autres, entraîne une culture judiciaire déviante, implacable, dont je viens de recevoir un nouvel exemple.  Un père de famille, abonné aux procédures judiciaires, m’a écrit le 5 avril, en écho à ma dernière chronique, http://olivierkaestle.blogspot.com/2011/04/condamne-il-ne-peut-voir-son-fils.html, où je relatais la triste situation de Raynald, condamné par un cancer généralisé, appauvri, privé de ses droits parentaux et contraint de payer pension à une ex grassement rémunérée.  Voici le témoignage de ce lecteur.  Veillez d’abord à le lire assis.

M Kaestlé,

Votre dernier papier est une perle et un baume pour moi.  Soit dit en passant, vous avez une belle plume.

Une résidence secondaire pour mon lecteur.
Je vis ce problème avec encore plus de faits troublants.  L'injustice du système est encore plus effarante dans mon cas.  J’ai été accusé 21 fois au criminel sans jamais avoir été condamné; 19 non-lieux, deux acquittements et deux procès encore en cours.  Ma résidence secondaire est le 1, Notre-dame, Montréal (palais de Justice de Montréal, NDA) et je ne blague même pas, certaines semaines au cours des quatre dernières années, j'y ai passé plus de temps que chez moi. Les employés (sécurité, serveuses de café, greffiers, huissiers, employés de bureau du palais de justice) m'appellent par mon prénom, tellement on se connaît bien, maintenant. 

Je fais presque partie des meubles, et toutes les démarches souvent mensongères que la mère de mes enfants fait rencontrent la partialité des juges qui se rendent facilement à ses arguments au grand dam de mes avocats (notre dossier de cour comprend près de 200 séquences légales, 23 procès intérimaires, deux sur le fond – un troisième à venir bientôt - et trois études psychosociales).
 
Mon ex enfreint tous les jugements sans exception, et bien que tous les juges le lui reprochent, ils lui laissent néanmoins poursuivre sa quérulence à mon endroit, de sorte qu'aujourd'hui, j'ai l’un des pires dossiers en matière familiale au palais de justice de Montréal.  Un avocat aguerri en matière de droit familial, ancien avocat de mon ex, est venu nous voir un jour, mon avocat et moi, et nous a avoué toutes les magouilles qu’elle préparait contre moi.  J'allais bientôt me voir accusé de toutes sortes de choses ; il se retirait donc de son dossier parce qu'il n'était pas d'accord avec la tangente que sa cliente voulait prendre.  Me croiriez-vous si je vous disais que mon ex a bien suivi le guide de la parfaite ex qui ne veut pas qu'un père revoit ses enfants et que le système lui a grandement facilité la tâche ?

J’ai subi le protocole sur la violence conjugale qui fait en sorte que, dès qu'une plainte est déposée contre un ex conjoint, il y a automatiquement arrestation et emprisonnement préventif, avant même qu'il n'y ait enquête.  Dès que la cour conclut que la plainte était frivole et non fondée en droit, le même protocole sur la violence conjugale recommande qu'il n'y ait pas de plainte pour méfait public contre la responsable de la fausse plainte, sous prétexte que les vraies victimes auraient peur de s'adresser à la police si pendait cette illusoire épée de Damoclès au-dessus de leurs têtes.   Résultat, selon une étude récente, une écrasante majorité de pères accusés en cour criminelle étaient acquittés.

Voilà qui pourrait clouer le bec de la ministre St-Pierre qui a dit à Tout le monde en parle qu’elle ne pourra jamais croire qu’il puisse exister une seule femme qui déposerait ne serait-ce qu’une fausse plainte au Québec.

Alors, votre texte m’a fait du bien, ce matin.  Merci.

Le silence des agneaux…

Le journaliste, ce héros...
Les mensonges statistiques de ministres incompétentes ne sont qu’un rouage dans la prolifération de ces conflits judiciaires tous aussi abracadabrants que foncièrement iniques.  Les médias, par leur silence, en sont complices.  Il est bien facile de plastronner sur le droit du public à l’information, de dénoncer les abus des commissions scolaires, que personne n’aime, les dépenses somptuaires d’élus, de recteurs et autres hauts fonctionnaires, que tout le monde voudrait mettre au pain et à l’eau, quand on se ferme les yeux devant des dérapages aussi criants.  Les avocats intimident-ils tant les médias ?  

Ou ne serait-ce pas plutôt la crainte de dénoncer des magouilles qui profitent en majorité à des ex-conjointes, donc à des femmes, avantagées par les diktats juridiques d’un féminisme d’État ?  Devant la frayeur d’une hypothétique réprobation, il semble qu’éditeurs, rédacteurs et chef et directeurs de l’information courent se cacher comme de petits garçons et petites filles, redoutant les coups de règle sur les doigts.  Le jour où ces redresseurs de tort à temps partiel comprendront qu’une majorité de citoyens et de citoyennes reprouve les injustices qu’ils continuent d’ignorer, ils retrouveront sans doute tout leur courage…

lundi 4 avril 2011

Condamné, il ne peut voir son fils

Le rapport Rondeau, tant décrié.
Il y aura toujours des gens pour refuser l’évidence.  Prenez la reconnaissance de la condition masculine, par exemple.  Aux yeux de certains esprits chagrins, le constat en progression de cette réalité, pourtant incontournable, et des revendications touchant les problématiques qu’elle implique, relève du scandale, de l’hérésie.  Si les « fatiguants » qui militent en vue de la reconnaissance du droit des pères, d’un meilleur encadrement scolaire des garçons, d’un financement équitable des soins de santé et de services sociaux ou de la lutte à la misandrie dans les médias pouvaient se la fermer, la léthargie de leurs opposants mais surtout, de leurs détractrices, n’en serait que plus douce, profonde et durable.  Qu’il est suave de s’enliser dans la béatitude d’une pensée unique quand aucun fauteur de trouble ne vient vous indisposer…

Ainsi, Hélène Palma, l’une de ces militantes importunées, qui aurait pu titrer son texte récent « Vers une meilleure compréhension de la condition masculine occidentale », a plutôt choisi « La percée de la mouvance masculiniste en Occident ».  « Mouvance » fait plus louche, davantage retors, que « mouvement » tandis que « masculiniste » demeure un qualificatif péjoratif, voire injurieux.  L’auteure ne peut ignorer ce fait puisqu’elle cite d’entrée de jeu la définition du substantif « masculinisme », créé par Michèle Le Doeuff : « Pour nommer ce particularisme, qui non seulement n’envisage que l’histoire ou la vie sociale des hommes, mais encore double cette limitation d’une affirmation (il n’y a qu’eux qui comptent et leur point de vue), j’ai forgé le terme de masculinisme ».  À un mot près, « hommes », que l’on pourrait remplacer par « femmes », Mme Le Doeuff donne ici une définition acceptable quoique sommaire du féminisme radical. 
Hélène Palma
Mme Palma, de son côté, en rajoute : « En fait, le groupe le plus privilégié (les pères, apparemment) de notre société patriarcale prétend être gravement lésé et s’exprime dans ce sens depuis une quarantaine d’années.  Ces hommes dénoncent le plus souvent le féminisme comme la cause première de leur mal-être et souhaitent ouvertement un retour en arrière. »  L’a-t-on assez entendu ce refrain-là !  Ne manque plus que le rapprochement douteux avec le Tea Party pour que le pastiche des pères croulants soit complet.  Si l’on se tuait à répéter à cette dame que c’est la faction radicale du féminisme, cet État dans l’État, qui est mise sur la sellette (ce que cette militante ne peut ignorer), elle nous laisserait mourir.  Bien sûr, le féminisme dominant serait inopérant sans la flasque complicité de nos dirigeants et l’indolence des médias.  Mais laissons ici la rhétorique : il n’y a rien de tel qu’un exemple concret pour exposer le double standard qui afflige les pères au Québec.


Parlez-moi donc de privilèges…

Il y a quelques jours, Lise Bilodeau, présidente-fondatrice de l’Association des nouvelles conjointes et des nouveaux conjoints du Québec (ANCQ) me révélait l’histoire troublante de l’un de ses membres, sans doute un « privilégié » qui ne connaît pas sa chance.  Jeune père dans la quarantaine, ancien cadre d’entreprise, Raynald a commis l'indélicatesse de se réveiller un jour atteint d’un cancer dégénératif.  Condamné, il a tout perdu: son emploi, sa femme qui, n’acceptant pas sa maladie, a obtenu le divorce, et son fils, que sa mère a tellement réussi à éloigner de son père qu’il a perdu tout contact avec lui.

Lise Bilodeau, de l'ANCQ
L’homme vit désormais dans une misérable garçonnière d’une seule pièce dont il est devenu l’otage; il y reçoit ses perfusions, données par des infirmières.  Lourdement médicamenté, il se déplace difficilement avec des béquilles adaptées.  Bien que son ex-conjointe gagne très confortablement sa vie, Raynald, qui vit pauvrement d’une rente d’invalidité, doit malgré tout lui verser 80 $ chaque mois.  Précisons que certains médicaments contre le cancer ne sont pas couverts par la Régie de l’assurance maladie du Québec et qu’en fait comme en principe, ce serait à Madame, vu ses possibilités salariales, de soutenir son ex dans le dénuement.  Au lieu de cela, elle fait partie des 95 % de prestataires de pension à en obtenir une d’un homme.

L’avocat de Raynald ne cherche même pas à présenter à cette femme de demande pour provision de frais.  Doute-t-il de l’équité du système envers un homme ?  Quant à elle, le fait de savoir son ex dans une situation aussi criante d’abandon ne semble pas l’émouvoir.  Pourquoi devrait-elle s’inquiéter puisqu’il fait partie du « groupe le plus privilégié de notre société patriarcale » ?  Une révision de pension demanderait au bas mot 2 000 $.  L’Aide juridique, à laquelle Raynald est admissible, vu son état et des finances, ne lui en accorde que 600.

Devant les tracas occasionnés par l’interférence maternelle, Raynald tente vainement de revoir son fils, bien qu'un jugement de cour lui accorde un droit de visite d’une fin de semaine sur deux.  Son avocat tentera de ramener la mère à de meilleurs sentiments par l’envoi d’une lettre afin qu’elle permette à son ex de voir le jeune adolescent, quelques heures aux 15 jours.  Il semble cependant que ce soit déjà trop demander.  Aux dires de la dame, une telle démarche serait trop compliquée.  Après quelques années, pendant lesquelles elle a espacé les visites, la mère affirme que le gamin ne s’intéresse plus à son père.  Il serait même gêné de le rencontrer.  Raynald n’a cependant que cette version de l’histoire.  C’est à cette croisée des chemins que le voilà rendu.

« Je suis toujours en contact avec, m’écrit Lise Bilodeau.  Je suis sans doute l’une des seules personnes qu’il rencontre, avec l’infirmière, pour ses perfusions.  Il m’a fait rire, car il a pensé me faire parvenir un « petit poisson d’avril ».  Force est de constater qu’il tient encore à la vie.  Vois-tu, c’est cela l’ANCQ, c’est le bout du filet, là où les gens ne seront pas rejoints avec notre beau système. »

Quelques questions…

La créatrice du masculinisme...
J’ai quelques questions pour les Hélène Palma et autres émules de Michèle Le Doeuff, persuadées, du moins en apparence, que les pères demeurent le « groupe le plus privilégié de notre société patriarcale »…  Quelle mauvaise plaisanterie !  Croyez-vous un seul instant, Mesdames et, éventuellement, Messieurs, qu’une société occidentale, dotée d’un féminisme d’État assez puissant pour influencer les lois, autoriserait son système judiciaire à commettre envers une femme des injustices aussi grossières que celles infligées à Raynald ?  Pouvez-vous me citer des cas comparables ?  

Une telle société tolèrerait-elle un seul moment qu’une femme, mortellement atteinte d’un cancer, vivant dans la pauvreté, soit de plus contrainte à payer une pension à un homme bien nanti ?  Trouverait-elle normal de ne pas lui donner les moyens d’en exiger plutôt une ?  Et cette communauté, admettrait-elle qu’une mère soit privée de tout contact avec son unique enfant, au seul motif que d’organiser de telles rencontres serait « trop compliqué » ?  Bien sûr que non. 

Pourquoi alors accuser faussement des hommes, et aussi des femmes, qui veulent corriger des injustices aussi criantes envers les pères, de souhaiter « ouvertement un retour en arrière » ?  L’injustice qui frappe Raynald est un exemple parmi une pléthore d’autres.  J’invite particulièrement Mme Palma à méditer sur cette phrase laconique et déplacée dont elle est l’auteure : « Des hommes, des pères, donc, qui se lamentent sur la prétendue précarité de leur condition. »  Voilà un commentaire dur à battre, tant au plan de la mauvaise foi que de la faute de goût.