mardi 31 mai 2011

Sécurité publique : dopage statistique et politique d’intervention

Le Québec, un État policier ?
Il existe un État où chaque année, sur simple dénonciation, environ 14 000 hommes sont arrêtés, bien que le plus grand nombre n’ait rien à se reprocher, puis relâchés le lendemain, sans remords exprimés, ni compensation.  S’agit-il de la Turquie, de la Syrie, du Mexique, de l’Égypte, ou de quelque autre société éloignée où les droits de l’homme restent assujettis aux caprices d’une volonté étatique oppressive et impitoyable ?  En bien non, il s’agit de notre bon vieux Québec, considéré par tant de pays dits civilisés comme un modèle d’égalité homme femme, une société d’avant-garde pour sa ferveur envers la démocratie et pour son respect inné des droits humains. 

Et vous savez quoi ?  Si rien ne change, l’an prochain, on arrêtera encore, bêtement, comme ça, 14 000 hommes et ce, en vertu de la politique québécoise d’intervention en violence conjugale.  Sans doute avons-nous trop d’espace carcéral à occuper et plus encore d’effectifs policiers qui se tourneraient les pouces sans ces décentes impromptues dans les foyers québécois où, même quand c’est l’homme qui est maltraité par sa conjointe, c’est lui que l’on coffre.

Sonia Gauthier, chercheuse
Il y a pourtant plusieurs années déjà, Sonia Gauthier, de l’université de Montréal, et Danielle Laberge, de l’UQÀM, révélaient, dans une étude intitulée Entre les attentes face à la judiciarisation et l’issue des procédures, qu’à peine 31,4 % des arrestations, dans le cadre de ladite politique, menaient à un verdict de culpabilité tandis que 68,4% débouchaient sur des remises en liberté.  Est-ce à dire que l’on relâche autant de coupables ? 

Que l’on se rassure.  La politique d’intervention en violence conjugale a été mise de l’avant dès 1986 sur la base d’une fausseté spectaculaire à l’effet que chaque année, 300 000 femmes québécoises étaient « chroniquement battues ».  Ce chiffre reposait sur une extrapolation fantaisiste tirée de la « statistique » voulant qu’au Canada, une femme sur dix, mariée ou en union de fait, subissait le même sort.  Cette prétendue donnée avait été imaginée par Linda MacLeod et Andrée Cadieux dans leur « étude » intitulée La femme battue au Canada : un cercle vicieux, publiée en 1980 par le Centre d’édition du gouvernement du Canada, rien de moins.

Il faudra attendre 1994 pour que Mme MacLeod, acculée au pied du mur face aux demandes d’information sur ses sources et sa méthodologie, finisse par se rétracter, le 17 mai 1994, au 62e congrès de l’ACFAS : « Mon estimation n’avait aucun semblant de validité ou de fiabilité statistique.  Je n’avais accompli aucune acrobatie statistique.  Pourtant, je me sentais sûre de ce chiffre parce qu’il reflétait une réalité qui avait été corroborée par les estimations de ceux qui et celles qui travaillaient sur la ligne de front.  C’était une supposition admise; je n’ai jamais prétendu que ce soit autre chose. »  Encore heureux…

Bref, une question de feeling…

De la bague au doigt à d'indésirables bracelets...
Quand on constate à quel point une « statistique » aussi déterminante par son impact a pu être inspirée par les paramètres les plus subjectifs, il vaut mieux ne pas s’attendre à un cas isolé.  Qu’il veuille l’admettre ou non, l’État québécois jongle avec une sacrée patate chaude si l’on considère les dommages collatéraux de sa politique d’intervention en violence conjugale.  Près de 70 % d’environ 14 000 hommes, soit 10 000 d’entre eux, arrêtés arbitrairement, sur simple délation de leur conjointe, ça commence à ressembler à un État policier régi par une politique inquisitoriale. 

Faut-il rappeler que, même dans le cas de mensonges évidents, aucune poursuite ne menace les fabulatrices, au prétexte qu’il faille protéger les vraies victimes, comme si les hommes faussement accusés n’en étaient pas.  Pour peu que les médias, habités par le dynamisme d’un chien basset asthmatique âgé de vingt ans, sortent de leur torpeur et dénoncent cette réalité au grand jour, l’image de notre système judiciaire, policier et politique, déjà amochée par les cafouillages infligés aux Dumont, Marshall, Halde et autres Bouchard, en prendrait pour son grade.

Aussi il importe de sauver la face et de continuer à entretenir un climat factice d’oppression conjugale infligée aux femmes par les hommes.  Depuis la rétractation de Linda Macleod, on constate cependant, « statistiques » de la Sécurité publique à l’appui, que nous sommes passés de 300 000 femmes « chroniquement battues » à  environ 14 000 femmes « agressées » par an.  Avec une diminution de 286 000 victimes, qui a dit que la violence conjugale augmentait ?

Ah, les méchants hommes…

Michel Dumont : la dérive d'un système.
Le ministère de la Sécurité publique le dit, celui-là même dont relève comme par hasard les corps policiers qui pratiquent ces arrestations arbitraires, et celui-là même qui a intérêt à camoufler l’étendue des dégâts de la politique d’intervention.  Au cours d’une opération médiatique dans laquelle nos perspicaces journalistes n’ont vu ou n’ont voulu voir que du feu, le Ministère a affirmé que la violence conjugale, totalisant, en 2009, 18 180 « infractions contre la personne », aurait augmenté de 4 % en comparaison de 2008 et donnerait lieu à 50 « crimes » par jour.

On ne dénoncera jamais assez la fâcheuse tendance du Ministère à travestir des signalements en agressions sanctionnées.  Ainsi que le révèle l’étude de Gauthier et Laberge, il y a parfois loin de la coupe aux lèvres entre les premiers et les secondes.  Les chiffres présentés indiquent par ailleurs que, du lot des « agressions » dont les auteurs ont été identifiés, 61 % des enquêtes ont mené à des accusations criminelles – et non à des sanctions - et 28 % ont été classées sans suites judiciaires.  Il serait intéressant de connaître l’impact chiffré du « 810 », ce document que plusieurs policiers font signer sous pression sans informer l’homme arrêté qu’il vient d’endosser malgré lui une admission de culpabilité, en échange de sa remise en liberté imminente.  On notera également la discrétion du Ministère quant aux agressions ayant mené à une condamnation ferme.

Nos journalistes, chiens de garde de notre démocratie...
Ce dernier nous martèle cependant que les femmes constituent les « principales victimes » avec un pourcentage de 82 %, soit 14 908 « agressions », un nombre assez voisin des 14 000 hommes arrêtés chaque année arbitrairement par nos vaillants défenseurs de la loi.  Du côté de Statistique Canada, on apprend que la même année, soit en 2009, 6 % des hommes et 6,4 % des femmes ont déclaré avoir subi de la violence conjugale au pays.  Autre son de cloche, non ? 

La rançon du dopage statistique

Le Québec serait-il un État voyou en comparaison du ROC ?  Que nenni, selon l’Institut de la statistique du Québec, qui affirmait dès 2007 que le Québec affichait des taux de prévalence de violence conjugale inférieurs à la moyenne nationale avec 42 pour 1000 pour les hommes et 52 pour 1000 pour les femmes.  On est bien loin de l’écart himalayen claironné par la Sécurité publique.  Par contre, retranchez 10 000 arrestations injustifiées à ses chiffres, et vous arriverez aux pourcentages déjà plus plausibles de 40 % pour les femmes et de 60 % pour les hommes.

Renaud Lachance, efficace, mais ignoré.
Le dopage statistique a un prix.  C’est en 2008 que le Vérificateur général du Québec, Renaud Lachance, tirait le cordon d’alarme sur la situation problématique des maisons d’hébergement, sur financées, sous fréquentées, et soustraites à toute reddition de compte.  De 2003 à 2008, leur financement récurrent était passé de 30 M $ à 60 M $.  « Le MSSS a réparti ces 30 millions de dollars additionnels entre les maisons d’hébergement, constatait Lachance, mais il ne s’est pas assuré que ces sommes étaient effectivement requises, ce qu’il aurait pu faire en consultant les agences. »  Consulter les agences ?  Pourquoi faire, quand on peut se fier aux « statistiques » de la Sécurité publique ?...

jeudi 26 mai 2011

Affaire Dumont : notre Justice viciée à l’affiche

Michel Dumont, toujours pas indemnisé.
C’est confirmé : la saga judiciaire de Michel Dumont, accusé à tort en 1990 d’agression sexuelle, sera bientôt portée à l’écran.  Podz, auteur de 10 ½, Les sept jours du Talion et Minuit le soir, réalisera le film conçu comme « une histoire contemporaine de David et Goliath ».  « C’est une histoire très forte qui questionnera notre système judiciaire et la notion d’innocence », affirme la productrice Nicole Robert, dont la feuille de route n’est plus à présenter.  Sans être un documentaire, le film entend serrer de très près les événements, comme le précise la scénariste Danielle Dansereau, après avoir passé au peigne fin de nombreuses boîtes de documents.  Avec Podz, elle a de plus interviewé un grand nombre de personnes liées au dossier, dont bien sûr Dumont lui-même et Solange Tremblay, l’épouse qui l’a soutenu tout au long de son périple à travers son enfer judiciaire.

Il faut admettre que l’annonce de ce film arrive à point nommé, alors que Claude Bilodeau, acquitté grâce aux preuves déterminantes qui ont rendu biodégradables les accusations de sa plaignante, n’en a pas moins passé trois mois en prison en plus de se voir accolé le surnom peu engageant de « monstre au cellophane ».  Son accusatrice avait en effet prétendu avoir été momifiée avec cette pellicule avant d’être agressée sexuellement.  Le nom de cet homme en est un de plus à ajouter à une liste trop longue qui comprend, en plus de celui de Dumont, ceux de Fernand Halde, Harold Bouchard, Éric Lapointe et de nombreux pères et ex-conjoints.  Plus récemment, l’auteur à succès Maxime Roussy s’est vu crucifié sur la place publique avant même la tenue de son procès, prévu en juin. 

Tourner la page, mais quand ?

Simon Marshall, victime d'enquêteurs sans scrupules.
«Après dix ans, il serait temps que tout le monde tourne la page et qu’on passe à autre chose.»  C’est ainsi que s’exprimait en 2006 la mère de Simon Marshall, ce jeune homme handicapé victime d’une erreur judiciaire qui lui a valu d’être condamné pour des viols qu’il avait avoués sans les avoir commis.  Incarcéré pendant sept ans, l’homme de 33 ans avait été victime de sévices à répétition dont il gardera des séquelles permanentes.  Les gouvernements québécois et fédéral lui avaient finalement versé 2,3 M $ à titre de dédommagement.  Convenons qu’il est difficile pour des dirigeants de ne pas intercéder en faveur d’une personne handicapée sans perdre la face. 

À la même époque, Michel Dumont, un électricien accusé à tort d’agression sexuelle, tentait toujours vainement d’obtenir réparation auprès du ministre de la Justice du Québec de l’époque, Yvon Marcoux.  Dumont avait pourtant été blanchi unanimement, le 22 février 2001, par trois juges de la Cour d’appel du Québec des accusations d’agression sexuelles portées contre lui.  Allez savoir pourquoi, ce verdict ne suffisait pas au ministre.  Ajoutant l’injure au mépris, il exigeait que Dumont subisse un nouveau procès, bien que son casier judiciaire ait été effacé après que son accusatrice eut reconnu s’être trompée en 1997 sur les ondes de Télé-Québec devant l’animateur Jean-Luc Mongrain, puis à l’émission Enjeux de Radio-Canada.  Apparemment, M Marcoux ne suivait pas l’actualité.

Le cauchemar

Yvon Marcoux, pas un infophage.
Le cauchemar de Michel Dumont débute le 20 novembre 1990 quand une femme porte plainte à la police de Boisbriand pour séquestration, menaces et agression sexuelle commises par un homme portant des tatouages sur les avant-bras.  Malgré un solide alibi et l’absence évidente de tatouages, Michel Dumont est néanmoins reconnu coupable le 25 juin 1991, allez savoir sur quelles bases.  Ajoutant la cerise de la négligence sur le sundae de l’incompétence, la police ne procède à aucun test d’ADN, pas plus qu’elle ne prélève d’empreintes.  La juge Céline Pelletier, qui préside son procès, est suspendue de ses fonctions pour conduite en état d’ébriété.  Dumont doit patienter quatre mois en prison en attente de sa sentence; elle sera fixée à 52 mois par la magistrate qui, là non plus, ne pêche pas par excès de sobriété.

Le 23 juin 1992, la plaignante signe une déclaration solennelle qui innocente formellement Michel Dumont.  Dieu sait pourquoi ce document ne parviendra jamais à la défense et l’appel de Dumont sera rejeté le 14 février 1994.  Il purgera sans aucune raison 34 mois de prison.  L’ancienne accusatrice répète à deux enquêteurs indolents qu’elle s’est trompée avant que l’épouse de Dumont n’obtienne du ministre fédéral de la Justice, Allan Rock, que son dossier ne soit reconsidéré. Que serait devenu Dumont sans la persévérance d’une telle femme ?  Le 10 février 2000, une représentante du ministère reçoit le témoignage de l’ex-plaignante.  Le 4 octobre suivant, la cour d’appel est saisie du dossier avec le résultat que l’on sait.

Quand même l’ONU ne suffit pas…

Que Dumont ait été victime d’une telle suite de bourdes, aussi grossières que dégradantes, dépasse l’entendement.  Que sachant cela, des ministres insensibles se soient successivement réfugiés derrière un barrage procédurier pour ne pas faire leur devoir et rendre enfin une vraie justice est inconcevable.  Comme dans le cas de Simon Marshall et de sa famille, il serait grand temps que Michel Dumont et son épouse puissent enfin tourner la page et passer à autre chose.
Enfin, un meilleur rythme de v

Avant de perdre un nouveau procès en 2009, qui visait cette fois le procureur général du Québec au montant de 2,5 M $ pour lui et sa famille, Dumont avait conclu une entente confidentielle de dédommagement avec la Ville de Boisbriand.

En mai 2010, il devait recevoir un appui de taille, alors que le Haut-Commissariat des Nations Unies lui donnait raison.  Le Canada est en effet signataire du Pacte international relatif aux droits civils et politiques (PIDCP) de l’ONU, également ratifié par une centaine de pays.  Selon l’article 14, paragraphe 6 de ce document, Dumont a droit à une indemnisation du gouvernement puisque sa condamnation a été annulée.  Ça ne peut pas être plus clair.  Au cas improbable où l’actuel ministre de la Justice du Québec, Jean-Marc Fournier, et son homologue fédéral, Rob Nicholson, liraient cette chronique, voici, pour que ce soit encore plus clair, le libellé de l’article :

Jean-Marc Fournier, un autre intraitable ?
« Lorsqu’une condamnation pénale définitive est ultérieurement annulée ou lorsque la grâce est accordée parce qu’un fait nouveau ou nouvellement révélé prouve qu’il s’est produit une erreur judiciaire, la personne qui a subi une peine en raison de cette condamnation sera indemnisée, conformément à la loi (…) »

Vous serez sans doute étonnés d’apprendre que le Canada a eu l’outrecuidance de s’obstiner à demander à Dumont de prouver son innocence (sic!).  En date du 27 mai 2010, les gouvernements fédéral et provincial avaient six mois pour se plier aux recommandations de l’ONU en faveur de Dumont, qui réclame plus de 2 M $ en compensation.  Douze mois sont passés.  Vos conclusions ?

jeudi 19 mai 2011

Affaire Turcotte : aussi un procès de société

Guy Turcotte, à son procès.
Avant que vous ne jetiez les hauts cris à la lecture de mon titre, je tiens à mettre les choses au clair : le meurtre d’Olivier, cinq ans, et d’Anne-Sophie, trois ans, demeure un geste atroce et inexcusable dont le principal intéressé devra répondre, que l’on juge qu’il ait agi par préméditation ou non.  En d’autres termes, je ne chercherai ici à ni excuser, ni à accabler davantage ce père infanticide.  Ceux et celles qui, comme moi, ont suivi de près cette sordide affaire détiennent autant d’éléments d’analyse pour étayer leur jugement et il y a gros à parier que, d’une personne à l’autre, les points de vue divergent, en tout ou en partie.

Le procès du cardiologue Guy Turcotte a révélé un individu différent de celui que l’extrême violence de son geste suggérait.  J’ai cru, au moment où  l’événement défrayait une première fois l’actualité, que cet homme avait agi exclusivement par esprit de vengeance parce qu’il n’acceptait pas d’avoir été largué.  Le procès a cependant révélé un individu qui, loin de présenter une personnalité caractérielle, se comportait plutôt en être névrosé, replié sur lui-même, incapable d’exprimer ses sentiments et ses malaises, bref un homme passif, à la remorque d’une conjointe qui, apparemment, avait tenté tant bien que mal de sauver un couple bancal, jusqu’à la rupture fatale, de plus d’une façon.

Adèle Sorella, mère infanticide.
Rappelons que ce double meurtre est survenu en début d’année 2009 parmi d’autres, tout aussi tragiques, impliquant autant de mères que de pères, ce qui confirme une réalité que plusieurs, même parmi les intervenants sociaux, refusent d’admettre. Cathy Gauthier, après un pacte de suicide avec son conjoint, venait d’empoisonner ses trois enfants parce que le couple ne voyait plus la fin de ses problèmes financiers.  Adèle Sorella, qui ne supportait pas davantage l’absence de son conjoint en cavale, avait tué ses deux filles, tandis qu’une propriétaire de salon de coiffure de Saint-Élie avait assassiné son fils, dans un contexte de lutte pour sa garde parentale.

L’élément déclencheur

En a-t-on entendues, des histoires sanglantes impliquant des gens tranquilles, qui ne feraient pas de mal à une mouche, de bons voisins, des gars serviables, des femmes avenantes, en réalité de véritables prestos ambulants, incapable d’extérioriser le malaise profond qui les rongeait.  À l’extrême de ce spectre, les meurtriers de masse tels que Kimveer Gill, le tueur fou de Dawson, Marc Lépine, le trop célèbre tireur de Polytechnique, et l’un des plus dangereux, Cho Seung-hui, responsable des 33 homicides à Virginia Tech, étaient connus comme des gars tranquilles, effacés, qui se fondaient dans le décor.  Nul doute qu’il faille se méfier de l’eau qui dort.

Martin Huot, nouvel amant.
C’est peu avant un voyage familial au Mexique que Guy Turcotte apprend, le 15 janvier 2009, que sa femme le trompe avec Martin Huot, un ami du couple.  C’est la conjointe de Huot qui, ayant découvert le pot aux roses, en informe le cardiologue.  Celui-ci décide de ne rien dire à Isabelle Gaston, sa conjointe, qui apprendra tout de même la nouvelle pendant leur périple.  L’abcès est crevé, décision est prise de se séparer.  À partir de là, les événements vont aller vite, trop vite, peut-être.

Toute personne un tant soit peu normale se sentirait légitimement trahie ou blessée en apprenant que son conjoint l’a trahie, avec un meilleur ami, de surcroît; il s’agit bien d’une double trahison.  Imaginez le même cas de figure chez un être peu confiant en ses moyens, consultant un « coach de vie », à la suggestion de sa femme, bientôt adultère, parce qu’il n’arrive pas à s’estimer suffisamment pour se faire confiance et se croire digne d’être aimé.   

Ce dépendant affectif ne pouvait faire autrement que de vivre comme une crise sévère ce que d’autres, plus solides, auraient considéré comme une mauvaise passe, un dur coup sûrement, mais dont on revient.  Non, je n’essaie pas d’excuser Turcotte d’avoir commis l’irréparable, mais force reste d’admettre qu’il faut tenter de comprendre les causes profondes, les ressorts intimes qui constituent autant de foyers d’incendies émotifs potentiels, si l’on souhaite vraiment les prévenir.  Avant qu’il ne soit trop tard.  Aujourd’hui, Turcotte trouve son geste « ridicule ».  Dommage qu’il n’ait pas eu cette réaction avant de le poser.

La perte de sa place

Isabelle Gaston, ex-conjointe.
Vingt-quatre heures après leur retour du Mexique, le 24 janvier, Turcotte loue la maison qui sera le théâtre du drame.  Il part le 26.  On ne perd pas de temps en trivialités.  Les tensions entre le cardiologue et son ex-épouse sont flagrantes.  Survient un incident, le 19 février, quand Turcotte découvre l’auto de Huot dans le stationnement de son ancienne maison.  S’ensuit une altercation avec Mme Gaston, qui changera le jour même les serrures de la maison.  Crainte ou esprit de vengeance, elle seule pourrait le dire.  Lorsque, le soir même, Turcotte apprend le changement de serrures, l’ancien couple s’engueule à nouveau. Furieuse, Isabelle Gaston menace Turcotte de changer le nom de famille des enfants et de déménager dans une ville lointaine, affirmait l’homme à son procès.  Il repart avec les enfants qu’il devait garder la fin de semaine du drame.  Les gamins ne reviendront pas vivants.

Des leçons à tirer

Gilles Rondeau : tabletté.
Une telle tragédie ne servira à rien si l’on n’en retire pas des leçons.  Plusieurs dénoncent régulièrement le manque de ressources psychosociales pour les hommes en crise.  Alors que l’État québécois consacre 86,6 M $ exclusivement aux femmes, il n’alloue qu’un maigre 7,8 M $ aux hommes, bref, une misère.  Le rapport Rondeau avait mis en lumière cette lacune abyssale en 2004.  Dès l’année suivante, ce document de référence s’est retrouvé tabletté à la suite du dépôt d’un mémoire intitulé Comment fabriquer un problème, présenté par la FFQ et une quinzaine d’instances et de regroupements féministes craignant de voir leurs subventions amputées, ou leur augmentation freinée.  Quel altruisme inné !

La situation ne risque pas de s’améliorer de sitôt, après la comédie de la récente consultation bidon sur l’égalité homme femme, orchestrée par le ministère de la Condition féminine.  Le Conseil du statut de la femme – ou de la frime, c’est selon – a pris grand soin de ne pas y inviter les organismes de condition masculine, incluant les groupes de pères, dont l’expertise sur le terrain demeure incontournable. 

Au lieu de ça, on a vanté les vertus supposées de l’approche différenciée, bien sûr, selon le sexe, optique qui, en l’absence d’un point de vue masculin, suggère fortement une approche à deux vitesses : financée, pour les besoins des femmes, ignorée, pour ceux des hommes.  Au plan de la reconnaissance de la violence féminine et du soutien dont elle devrait bénéfier, les femmes risquent cependant de se voir pénalisées, dans une optique féministe où la violence ne peut qu’être masculine. 

Une approche préventive les aurait-elle sauvés ?
Une commission sur les drames familiaux, sitôt évoquée par le ministre de la Santé, Yves Bolduc, pourrait se voir remplacée par un comité d’experts.  Pourtant, dès 2009, l’un d’eux, Pierre Faubert, psychologue, militait plutôt en faveur d’une commission publique.  « Peut-être qu’à travers le peuple, avait-il alors confié à La Presse, il y a une sagesse que les soi-disant experts, moi inclus, on ne voit pas.  Il y a sûrement des choses qui nous échappent. »  Comment contredire un spécialiste ?

vendredi 13 mai 2011

La mère, pas toujours le meilleur choix

Certaines ont la manière, d'autres moins...
Imaginez le titre blasphématoire, quelques jours à peine après la fête des mères !  Pourtant, pour les gens qui, comme moi, ont grandi dans une famille de type « Papa », ce titre va bien au-delà de la provocation : c’est un fait établi. 

Si, quand ma sœur et moi étions petits, nos parents avaient voulu se séparer, c’est sans hésiter que nous aurions demandé à ce que notre père obtienne notre garde.  Heureusement, nos parents sont restés ensemble et la DPJ ne s’en est pas mêlée : aux yeux de nombre de leurs intervenants, la préférence d’un enfant pour son père s’apparente à une déviance.  On fait alors pression sur ce dernier pour qu’il persuade sa progéniture de choisir la mère, faute de quoi, on le menace de supprimer ses droits de visite.  C’est là qu’on est rendu socialement, au plan des politiques familiales, grâce à une grille d’analyse de cas féministe.  Une grille, ça emprisonne énormément.

Dans ma famille, l’attention, la présence, la disponibilité, les conseils et les encouragements étaient d’abord paternels.  Je dois dire ici que je ne crois pas davantage à un instinct paternel qu’à un instinct maternel : il existe déjà une assez forte propension à une psychologie folklorique, médiévale, proche de la superstition primaire, sans en rajouter.  On pourrait alors tout aussi bien accréditer les thèses du père Noël, de la fée des dents et du bonhomme sept heures.  Je crois plutôt en l’existence d’aptitudes parentales, qui n’ont rien à voir avec le sexe du parent, mais avec ses compétences humaines.  La croyance en une quelconque supériorité parentale chez la femme de par sa nature féminine demeure tout simplement rétrograde et dérisoire.

L’instinct maternel, ça n’existe pas !

Faudra s'y faire : les animaux ont une longueur d'avance !
Et c’est là une différence fondamentale entre l’être humain et l’animal, dont la femelle sait, comme si elle était d’avance programmée, quels gestes poser afin de prendre soin de sa marmaille, sans expérience préalable.  Or rien de cela n’existe chez l’être humain.  Combien de femmes se sentent inutilement coupables parce que ce savoir, voire même l’intensité de ce lien soi disant déterminant et prédestiné entre une mère et son enfant, ne leur vient tout simplement pas immédiatement.  Et encore moins spontanément !

Un extrait paru dans le Figaro du 11 avril dernier confirme ce point de vue : « Les femmes ne seraient pas des mammifères comme les autres ?  Eh bien non.  Loin d’être un scoop, cette idée a cependant du mal à pénétrer les esprits tant le « climat social d’hypermaternité » dénoncé par le sociologue Eric Dondu est redevenu puissant : « On nous bombarde de reportages montrant des mères qui veulent accoucher à domicile ou qui allaitent leurs gamins jusqu’à quatre ans.  Comment voulez-vous que celles qui ont du mal à instaurer une relation avec leur nouveau-né osent en parler ? »  Dès la naissance, des problèmes peuvent se manifester quand le personnel infirmier, parfois intolérant, constate que la nouvelle maman ne démontre pas les réflexes jugés par eux normaux et adéquats. 


Élisabeth Badinter, féministe atypique...
Élisabeth Badiner, féministe dissidente s’il en est, considère de son côté que l’amour maternel ne se décrète pas.  Prenant position dans le débat des mères porteuses, auxquelles elle se montre favorable, la philosophe considère qu’est mère celle qui élève l’enfant, et non celle qui le porte, principe qui contrevient à ce concept de lien supposément indissociable entre la femme enceinte et l’enfant qu’elle porte.

L’instinct maternel, un concept social et économique

Bernard Werber, auteur de L’encyclopédie du savoir relatif et absolu, corrobore l’inexistence de l’instinct maternel.  Dans la bourgeoisie occidentale, la plupart des femmes déléguaient leurs responsabilités parentales à une nourrice.  Du côté des classes populaires, les femmes n’étaient pas plus responsabilisées, se limitant, entre autres menues attentions, à emmailloter leurs enfants près du feu pour qu’ils n’aient pas froid.  Faut-il s’étonner si la mortalité infantile frappait un enfant sur deux ? 

C’est en réponse à ces lacunes que les gouvernements ont compris la nécessité de forger, vers le début du 20e siècle, le concept d’instinct maternel, afin de remédier, en mettant les femmes à contribution, au nombre impressionnant d’enfants battus, négligés et mal nourris révélés dans les recensements.  Comme les enfants étaient l’avenir des nations, leurs dirigeants comprirent l’intérêt non seulement social, mais aussi économique et militaire de veiller sur eux.  Les progrès de la médecine, en réduisant considérablement la mortalité enfantine, autorisaient davantage les parents à s’investir affectivement envers des enfants qui auraient désormais la chance de grandir.

L'instinct maternel : un concept vendeur...
Werber ajoute qu’une telle orientation politique et sociale allait bien sûr susciter des rebondissements économiques avec le développement effréné de toute une industrie vouée à l’enfance dont la survalorisation de la mère allait devenir la pierre angulaire.  En a-t-on vu depuis, de ces mères attentives et responsables, vantant les mérites insurpassés de biberons, de laits maternisés, de couches, culottes ou lavables, de petits pots de nourriture concentrée, et même de produits n’ayant rien à voir avec la petite enfance tel que céréales de grain entier ou voitures à vocation environnementale.

Le rendez-vous manqué

Avec la montée du féminisme, au tournant des années 60, les femmes ont voulu affirmer leur volonté de sortir du carcan dans lequel les civilisations les avaient confinées.  Il fallait en finir avec ce dogme voulant que le but suprême de toute petite fille serait de devenir un jour maman, comme la sienne.  Hormis cette vocation imposée, les choix professionnels offerts aux femmes étaient limités : enseignantes au primaire, infirmières, secrétaires, religieuses ou prostituées. 

Parallèlement à leur volonté d’investir les métiers non traditionnels, ou quelques-uns parmi eux, les boulots à risque n’ayant pas l’heur de leur plaire, les femmes, en réorientant leur rôle de mère, devaient par ricochet inciter les hommes à redéfinir la paternité.  La projet de société féministe était au départ si attrayant, novateur et porteur d’équité familiale.  La femme devait travailler et conquérir son autonomie financière et l’homme, libéré de son statut de pourvoyeur, allait pouvoir enfin s’investir affectivement à part égale auprès de ses enfants.  Le superbe projet de société !

La promesse oubliée du féminisme...
On connaît la suite.  De revendication à l’autonomie financière, les féministes, rapaces de subventions, réclament désormais à corps et à cri des pensions alimentaires, même après une union libre.  Les droits des pères n’ont jamais été autant bafoués par une Justice qui utilise l’instinct maternel comme prétexte pour leur bloquer l’accès à leurs enfants dans le but mercantile de susciter et de faire s’éterniser des procédures abusives et odieuses.  Qui plus est, les féministes étatiques demeurent les opposantes les plus fanatisées à la garde partagée, trouvant le moyen d’y voir un moyen pour l’homme d’opprimer la femme.  C’est là qu’on est rendu, en 2011.  Instinct maternel, que d’injustices, de reculs, de conneries, ne commet-on pas en ton nom ! 

Mais que tout cela ne m’empêche pas de souhaiter à toutes celles qui ont su développer leurs compétences parentales en reconnaissant l’importance de l’apport paternel : bonne fête des mères !

jeudi 5 mai 2011

Le bon, l’abrupte et les perdants…

Devinez qui est qui ?
Quelques jours à peine depuis l’élection fatidique du 2 mai, et la poussière n’arrive pas à retomber.  Une poussière orange.  Espérons pour le Québec qu’elle se cristallisera en quelque chose de plus consistant, de plus cohérent que l’introuvable candidate élue dans Berthier-Maskinongé, Mme Ruth Ellen Brosseau, qui n’a finalement de francophone que le nom.  Fatidique, l’élection l’a été à coup sûr pour les deux frères ennemis du débat constitutionnel des deux dernières décennies.  L’avenir dira s’il s’agit d’un KO ou d’un trépas.  Ce qui est certain, c’est que le PLC et le Bloc Québécois ont respectivement enregistré la pire performance de leur histoire et que, si pente à remonter il y a, celle-ci s’annonce abrupte et escarpée.  Pire encore, les deux leaders ont été désavoués dans leurs propres comtés et auront contribué à la réalisation de leur plus atroce cauchemar : l’élection d’un gouvernement conservateur majoritaire.  Un désastre historique !

Les perdants

Gilles Duceppe : stressé, vous dites ?
MM Duceppe et Ignatieff pourront bénéficier désormais de tout le temps libre nécessaire à mesurer la cohérence de déclencher des élections à mi-mandat après avoir vertement dénoncé leur adversaire numéro un d’avoir fait de même deux ans plus tôt.  Écrivant à nouveau l’histoire, les deux solitudes canadiennes ont chacune à leur façon manifesté une désapprobation nette et implacable du procédé, à moins qu’il ne s’agisse également d’une lassitude accumulée devant un débat constitutionnel qui n’a toujours pas trouvé d’aboutissement satisfaisant pour les deux clans.  Le choix des appuis, dans un camp comme dans l’autre, de Jacques Parizeau et de Gérard Larose, résolument maladroits, pour le Bloc, et de Jean Chrétien et Paul Martin, si fortement identifiés au scandale des commandites, pour le PLC, n’avait rien pour se mériter un premier prix de stratégie politique.  Pas besoin de marcher avec une canne pour se tirer dans le pied…

Ignatieff : un chef de perdu, un professeur de retrouvé.
Excédé de l’instabilité parlementaire, le ROC, qui ne se reconnaîtra jamais dans le NPD, encore moins dans le parti vert, et qui en avait marre du PLC au point que même l’Ontario l’a largué, n’avait d’autre choix que d’élire majoritaires les conservateurs de Stephen Harper, par pragmatisme, sinon par enthousiasme.  Résultat : la paix pendant les quatre prochaines années de règne tory.  Du côté du Québec, d’abord vraisemblablement irrité par l’excès d’assurance du leader bloquiste, l’électeur s’est senti gagné par le doute de ce dernier, par son énervement, au point où le confiant et sympathique Jack Layton a représenté illico le champ des sirènes, avec une équipe nouvelle, pour une bonne part inexpérimentée, mais par le fait même digne de confiance, aux yeux des Québécois, pour qui expérience et compromission vont apparemment de pair.  Espérons que jeunesse et rapidité d’assimilation iront de pair également…

Le bon et l’abrupte

Harper : toutes les raisons de sourire...
Brûlé au Québec par son image de premier ministre inflexible, identifié à la droite religieuse, aux durcissement des lois, à la négligence climatique et aux investissements militaires records, Stephen Harper vient de démontrer qu’il n’avait pas besoin de cet allié improbable pour devenir majoritaire.  Même si les six sièges québécois lui avaient fait défaut, il aurait obtenu sa majorité de toute façon, ce qui vient infliger un cruel démenti à la pertinence du « vote stratégique pour bloquer Harper ».  Comme ce dernier, allergique au travail d’équipe et préférant une gestion d’État en garde rapprochée, gouvernait déjà comme s’il était à la tête d’un gouvernement majoritaire, sa vision des affaires gouvernementales ne devrait pas subir tellement de changements.  Il aura tout simplement les coudées plus franches pour imposer ses points de vue. 

Layton : ne lui manque que la bière...
Ironiquement, le seul parti à bénéficier d’un gouvernement conservateur majoritaire demeure le NPD, qui formera l’opposition officielle, s’il n’égare pas trop d’autres candidats en cours de route, ou de mandat.  Il suffit de se rappeler le triste sort réservé à l’ADQ, passée de héros, en 2007, à zéro, un an après, parce que Jean Charest, insatisfait de la volonté populaire qui l’avait rétrogradé minoritaire, avait décidé qu’il aurait à nouveau les mains sur le volant.  On se souviendra de la suite : lassé par les bourdes répétées des adéquistes, l’électorat devait les faire passer des 41 sièges qui leur garantissait le statut d’opposition officielle à seulement sept, redonnant au PLQ sa majorité.  Une performance aussi dure à digérer alors que celles de MM Duceppe et Ignatieff, qui pourraient profiter de l’occasion pour consulter Mario Dumont afin de réorienter leur carrière.  Déjà majoritaire, Harper restera tranquille.

Jack Layton, plus charismatique que jamais, demeure le grand vainqueur de cette élection, lui qui a fait accéder son parti au statut d’opposition officielle pour la première fois de son histoire avec notamment 58 sièges au Québec, devançant même la performance de 48 sièges réalisée en 1988 par Ed Broadbent, avant que le NPD ne sombre dans un coma prolongé sous les règnes successifs de l’anonyme Audrey McLaughlin, puis de la translucide Alexa McDonough. 

Une polarisation nouvelle, mais toujours deux solitudes

Tout arrive, même Elizabeth May
Le 2 mai vient de signer le dernier épisode d’une polarisation fédérale du débat constitutionnel.  Pour toujours ?  En politique, on ne peut jurer de rien.  Demandez aux ex leaders du Bloc et du PLC.  L’élection de lundi vient cependant de confirmer le déplacement idéologique de la dualité canadienne, opposant jadis souveraineté à fédéralisme, vers un autre débat, entre la gauche québécoise et la droite du ROC, ce qui promet des échanges intéressants, pour peu qu’il y ait des interlocuteurs valables autant chez les membres du parti au pouvoir que chez ceux qui constituent désormais l’opposition officielle, les derniers survivants du BQ et Elisabeth May, qui représente le parti vert à elle seule.

Reste à savoir quel impact aura sur la politique québécoise, notamment sur le PQ, la disparition du Bloc.  Si certains croient qu’elle contraindra le parti de Pauline Marois à réaliser la souveraineté, plusieurs anticipent le dernier soubresaut de toute volonté d’indépendance, avant la fin inéluctable. Malgré un appui fort, mais toujours minoritaire, à cette option, une majorité de Québécois semble se désintéresser de l’exercice de cette réflexion. 

Ottawa, le théâtre de nouvelles aventures...
La crise de 2008 a durement frappé les esprits en plus de montrer la fragilité de notre économie face à un dollar rendu fort par le développement pétrolier de l’Alberta.  D’un excédant de 4 G $, en 2002, notre balance commerciale est devenue déficitaire de 21 G $ !  Ajoutez à cela la pagaille de nos finances publiques, plus que jamais inflationnistes, malgré les vœux pieux du gouvernement Charest, et il devient évident que, avant de songer à la souveraineté, vaudrait mieux consolider notre autonomie, ceci dit dans un sens non adéquiste.  Dans cette optique, envisager la souveraineté dans l’immédiat devient aussi pertinent que d’offrir une robe de bal à une femme qui a de la difficulté à payer son loyer et à garnir son frigo. 

Qu’il s’agisse de la scène fédérale ou québécoise, une nouvelle ère débute donc.  Les résultats du 2 mai ont déjoué tous les pronostics.  Bien malin celui qui pourra anticiper, même à court ou moyen terme, l’avenir politique du Canada et du Québec.