mercredi 31 août 2011

Mari violé, rivale liquidée, et fusillade au féminin

Trop jolie pour être violente ?
Dans la foulée de ma dernière chronique traitant du regard superficiel jeté par les médias sur la violence féminine, quelques autres cas étonnants, bien sûr exposés sans suivi journalistique, avaient également retenu mon attention.  Certains demeurent si troublants que, s’ils avaient fait l’objet d’un thriller, nombreux auraient conseillé aux scénaristes de suivre une thérapie ou d’abandonner la boisson nationale écossaise.  Des féministes radicales seraient sans doute montées aux barricades pour dénoncer une atteinte à la bienveillante féminitude et à l’honneur des femmes, selon elles étrangères par leur nature même au plus élémentaire réflexe de violence.

Un mari violé

Vous avez bien lu.  Il ne s’agit nullement d’une métaphore dénonçant une épouse qui fouillerait le journal intime ou le portefeuille de son conjoint.  C’est en 2007 qu’une femme de 43 ans, dont l’identité n’a pas été divulguée, se voyait accusée, au palais de justice de Gatineau, d’agression sexuelle et de complot pour agression sexuelle sur son conjoint, avec la complicité de deux « amants », selon l’expression polie employée par Le Droit du 24 août.  L’affaire était d’autant plus surprenante que l’enquêteur Dominique Lafrenière, de la police de la MRC des Collines, avait affirmé que l’agresseure avait corroboré les faits sur bande vidéo, une preuve accablante.

L’épouse aux habitudes sexuelles déconcertantes, pour ne pas dire criminelles, avait alors admis avoir drogué son conjoint avec du GHB,  la drogue du viol, avant d’appeler ses deux complices, qui attendaient « en haut de la côte » que l’homme fût endormi.  S’ensuivaient des relations sexuelles de groupe, incluant la victime inconsciente.  Le mari aurait ainsi été agressé une trentaine de fois sur une période de 20 mois, soit entre juillet 2005 et le 26 mars 2007, jour auquel l’accusée s’est finalement décidée à lui avouer l’intégralité des faits. 

Le complice de bien des turpitudes.
Au début du manège, la femme seule abusait sexuellement de son mari, avant d’inviter par la suite un premier complice, puis un second.  Le pauvre homme a commencé à se demander ce qui clochait par son malaise inexpliqué en compagnie de son épouse et par le fait qu’il n’allait plus à la salle de bains durant la nuit.  Les aveux de l’accusée sont venus de plus expliquer des douleurs anales ressenties.  Selon l’enquêteur, l’homme avait avoué une dépendance affective envers son épouse, qui le rendait semblait-t-il incapable de rompre, même si l’agresseure avait graduellement confirmé ses craintes.  Ce détail a-t-il été retenu comme circonstance atténuante ?

L’enquête sur remise en liberté de l’accusée devait se poursuivre le jour de la parution de l’article du Droit, soit le 24 août 2007.  Aucune nouvelle depuis.

Liquidée, 30 ans plus tard ?

C’est connu, les peines d’amour de jeunesse laissent chez certains des traces indélébiles.  Alors que, pour la plupart d’entre nous, le temps fait son œuvre et que l’on passe à autre chose, une catégorie d’êtres à part vit dans le souvenir de ce qui a été ou aurait pu être.  Parmi eux, un sous-groupe peu recommandable distille le venin d’une vengeance à assouvir devant un affront que rien ne saurait effacer.  Tout semble indiquer que c’était le cas de Sally Jordan Hill, 50 ans, qui aurait matérialisé son noir dessein en assassinant Sandra Baker Joyner qu’elle rendait responsable de lui avoir soufflé son petit ami 30 ans plus tôt. 

L’histoire, survenue à Charlotte-Mecklenburg, aux États-Unis, est digne d’une nouvelle de Mary Higgins Clark.  En 2001, Joyner, 45 ans, se rend au cabinet du Docteur Peter Tucker pour y subir une chirurgie plastique afin de rendre ses lèvres plus charnues et de faire disparaître des cicatrices au visage.  Elle meurt peu après des suites de ce qui ressemble alors à un arrêt respiratoire attribuable à une erreur médicale.  Il faudra cinq ans pour qu’une nouvelle enquête propose une tout autre explication.

Sally Jordan Hill : affront impardonnable ?
Alors que Joyner reposait dans la chambre de repos, après l’opération, le visage recouvert de bandages, Hill, alors infirmière anesthésiste, n’aurait pu s’empêcher de saisir au vol la chance que le destin venait de lui offrir sur un plateau d’argent.  Enfin, 30 ans après avoir été spoliée par sa rivale, elle la tenait à sa merci, inerte et incapable de l’identifier.  Selon le policier Chuck Henson, Il avait suffi à la meurtrière d’empoisonner Joyner en lui injectant du fentanyl, un puissant antalgique, après avoir neutralisé l’alarme qui aurait pu la sauver.  Un plan imparable.

Arrêtée en 2006 pour homicide volontaire, Hill a vu son procès reporté d’année en année tout en restant libre.  Les charges retenues contre elle viennent d’être abandonnées le 4 mai dernier. La responsabilité criminelle n’était pas assez crédible pour convaincre un jury, ont affirmé les procureurs de Mecklenberg…  Avez-vous entendu parler de cette histoire et de son étrange dénouement ?

Une postière timbrée

Alors que nous célébrons au Québec chaque année la tragédie de Polytechnique, nous ne semblons pas nous douter que des femmes aussi puissent commettre des meurtres de masse.  C’est ainsi que nous apprenions, le premier février 2006 dans le Journal de Montréal, par une dépêche d’à peine 25 lignes sur deux colonnes, qu’une employée congédiée d’un tri postal californien avait tué pas moins de cinq anciens collègues et grièvement blessé un sixième, avant de se suicider, également par balle. 

États-Unis : des facteurs de risque ?
L’hécatombe était survenue le lundi précédent vers 21h15 sur l’ancien lieu de travail de la meurtrière, dans la ville de Goleta, à environ 160 kilomètres au nord-ouest de Los Angeles.  Impossible de savoir même le nom de la tueuse, et la police n’avait pipé mot sur ses motivations.  Selon Randy DeGasperin, responsable de la hiérarchie de la poste américaine dont on a su l’identité, les agissements pour le moins bizarres de l’employée en question avaient amené ses collègues à appeler la police.  Apparemment, plusieurs fusillades impliquant des employés postaux sont survenues aux États-Unis, donnant lieu à l’expression « going postal » (devenir timbré).

Mais quand vais-je guérir ?

Les habitués de mon blog (c’est qu’il y en a) savent que chez moi, un esprit spontanément tordu tempère avec un bonheur noirâtre une perfide tendance à localiser la faille, le talon d’Achille, bref, le grain de sable qui bloque l’engrenage.  C’est donc sous l’empire funeste de mon âme agitée que je me demande si, dans le cas d’un viol commis par un mari, son identité aurait été préservée et tout suivi médiatique abandonné, si, dans le cas d’un rival liquidé par un amoureux éconduit, l’article aurait été si court (et l’accusé acquitté), si, dans l’éventualité d’un employé postal, devenu tueur de masse, la dépêche, incluant bien sûr l’identité du tueur, n’aurait pas non plus examiné avec minutie le mobile de son crime. 

Comment survivre à pareille déviance ?
Je ne parle pas forcément de la mienne...
Je dois sûrement patauger dans le procès d’intention, tant la liberté de presse et le droit du public à l’information trônent en tête de liste des principes éthiques de nos valeureux médias.  Les faits mis à part, rien ne devrait m’autoriser à conclure à un traitement misandre de la vie criminelle, où les femmes bénéficieraient d’un traitement de faveur tandis que les hommes se retrouveraient coincés sous un microscope grossissant.  Quand donc, à l’instar de nos si inspirants journalistes, vais-je enfin me décider à envisager comme eux la réalité sous l’angle d'une salutaire « objectivité » ?

vendredi 26 août 2011

Entrefilets meurtriers et violence au féminin

Inconcevable violence féminine...
En juin dernier, l’animateur Jean-Philippe Trottier m’avait invité à m’exprimer, dans le cadre de son émission Midi Actualité, à Radio Ville-Marie, sur la différence d’intérêt médiatique selon que l’auteur d’un infanticide soit un homme ou une femme.  Avec pour point de départ le procès Turcotte qui monopolisait – toujours - l’opinion, nous nous étions demandés si les journalistes n’avaient pas tendance à banaliser ce type de meurtre, lorsqu’il est commis par une mère, et à insister lourdement sur le sujet, quand il est perpétré par un père.  Je crois toujours que tel est le cas. 

En repensant à cette entrevue, je me suis rappelé d’une époque où je m’étais « amusé » à collectionner les coupures de presse faisant état d’un large éventail de cas de violence féminine aggravée, estomaqué  que j’étais par la couverture modeste que s’attiraient des crimes souvent crapuleux, allant même jusqu’à l’homicide.  Que des entrefilets, de brefs articles, très superficiels, et presque pas de suivi médiatique.  Je partage avec vous certains de ces hauts faits discutables, qui jettent un éclairage révélateur, presque inédit, sur la violence féminine et l’apathie - voire l’autocensure - journalistique, sur le sujet.

Cette violence conjugale, soi-disant à sens unique…

Le harcèlement semble la forme de violence conjugale féminine la plus répandue, et peut même s’exercer avec le concours des services policiers et de l’appareil judiciaire, d’avance « vendus » à la « cause des femmes ».  Dans cette perspective déviante, la parole de la pire menteuse, de la plus sournoise manipulatrice, se trouve sacralisée.  Il arrive pourtant qu’une faible minorité d’hommes arrive à obtenir gain de cause, contrairement au maire de Saint-Théodore d’Acton, Dany Larivière, qui en est arrivé récemment à devoir déposer une « garnotte » de 20 tonnes dans l’entrée de garage d’une ex vindicative pour se faire entendre des autorités, d’ailleurs sans succès.

Même un maire peut ne pas être
pris en considération.
Antonio de Nino, dont l’ex, Carmen de Angelis, n’acceptait pas qu’il refuse de reprendre avec elle, a obtenu justice en avril 2008.  Rien ne fut épargné au pauvre homme : 200 coups de téléphone par jour, allant jusqu’au blitz d’un appel aux 30 secondes, menaces répétées de détruire sa carrière par de fausses allégations de viol et d’être un « baron de la drogue », vandalisme sur son véhicule et à son bureau sur lesquels les mots « drogue » et « trou de cul » avaient été peints à la bombe aérosol, harcèlement téléphonique nocturne envers ses parents et éraflures répétées à l’aide d’une clé sur la voiture du père.  Devant une preuve aussi accablante, l’ex plaida coupable.  Sa sentence devait être rendue le 3 octobre 2008 après une évaluation mentale.  Aucune nouvelle.

Parties génitales incendiées et meurtre au couteau

La violence physique est monnaie courante chez certaines femmes, contrairement à ce que prétend une vision angéliste de la gent féminine.  C’est en avril 2001 qu’Andrée René devait, pour des raisons connues d’elle seule, asperger de combustible à fondue les parties génitales de son conjoint alors endormi avant d’y mettre le feu. Guillaume Pungo devait décéder quatre ans plus tard, soi-disant d’une maladie, après avoir eu les organes génitaux, l’abdomen et les bras brûlés aux deuxième et troisième degré.  Ce n’est que l’année suivant ce décès que la marâtre a reçu un verdict de culpabilité, soit en novembre 2006.

Andrée René : inflammable.
Une autre brute, Sylvie Guimond, a écopé d’une sentence de 10 ans pour avoir tué son conjoint, Michel Gilbert, au grand dam des proches de cet homme pour qui seul la perpétuité aurait été acceptable.  C’est à la suite de l’une des innombrables disputes ayant constitué la trame d’une relation infernale, cette fois à propos des problèmes de consommation de Guimond, que celle-ci avait administré à Gilbert pas moins de neuf coups de couteau.  Intoxiquée, la femme devait ensuite laver l’homme de son sang et pousser un romantisme pour le moins douteux jusqu’à se coucher auprès de lui, avant que les policiers ne l’arrêtent deux jours plus tard. 

La faute à Star Académie

C’est sans doute davantage au fait qu’elle ait été candidate à Star Académie qu’à ses noirs desseins qu’Audrey Trépanier, handicapée visuelle, doit une couverture médiatique exceptionnelle pour une femme reconnue coupable de tentative de meurtre.  Se prétendant enceinte, ce qui était faux, la femme de 21 ans devait inviter sa victime, Remy Chartier, lui aussi atteint d’une vue défaillante, à un « rituel amérindien » dont les modalités et les finalités demeurent obscures.  Chartier avait pris l’initiative de la rupture peu de temps auparavant.

Audrey Trépanier : quel était donc le mobile ?
Ainsi, le 6 janvier 2006, l’invité avait innocemment ingurgité un cocktail de 19 pilules mélangées à du jus d’orange, avant que, groggy, il n’apperçoive Trépanier porter un couteau à sa gorge.  Le jeune homme trouva la force de la repousser et de s’enfuir.  Bien que les policiers aient retrouvé la recette du cocktail et que la jeune femme portât un bracelet avec l’inscription It’s me who killed Remy, la poursuite devait abandonner l’accusation à l’effet qu’elle ait drogué sa victime et une sentence de deux ans à purger dans la collectivité fut rendue.

Tu m’as trompée ?  85 coups de couteau !

Vous souvenez-vous de ce Vietnamien de 21 ans, Johnny Duong, mort en 2005, attaché à son lit et poignardé à 85 reprises par son amie « de cœur », Malina Kansy, 18 ans, dans le quartier Saint-Michel, à Montréal ?  Non ?  Pourquoi ai-je l’impression que, de la page 16 du Journal de Montréal du 11 novembre 2005, cette nouvelle se serait retrouvée en première page si le même meurtre avait été commis avec une femme pour victime et un homme pour assassin ?  Quand l’affaire éclata, il n’était question « que » d’une vingtaine de coups de couteau. 

Johnny Duong  a connu une fin atroce.
L’homme, soupçonné par son amie d’infidélité, devait payer chèrement son incartade au prix d’une mort pour le moins atroce.  Après l’avoir attaché sur le lit de sa chambre, lui promettant une relation torride, Kansy devait faire avouer à Duong son infidélité, survenue un an auparavant, en le rouant de coups de couteau.  Loin d’apaiser son amie, ces aveux décuplèrent au contraire sa fureur meurtrière et la monstre ne l’en frappa que de plus belle. 

Même lorsqu’il rampa par terre, couvert de sang, elle ne décoléra pas, grimpant sur son dos, lui attachant une ceinture autour du cou qu’elle serra en continuant de le frapper frénétiquement.  On s’en doute, Duong est mort vidé de son sang.  Malgré la préméditation évidente, Malina Kansy, en raison de son jeune âge, vit sa sentence à perpétuité réduite à 14 ans avant d’être admise à une libération conditionnelle. 

Guy Turcotte passera à l'histoire.
Vous rappelez-vous de tous ces crimes ?  Gageons que nous nous souviendrons encore de Guy Turcotte dans 20 ans.  Bien sûr, il y a l’horreur du double infanticide et la controverse du verdict, mais une couverture de presse pour le moins sensationnaliste aura fortement concouru à cet état de fait.  Qu’on ne se souvienne même pas d’un homicide entre conjoint caractérisé par 85 coups de couteau a de quoi laisser songeur, ne trouvez-vous pas ?  J’invite les médias à davantage d’éthique professionnelle et à abandonner un parti pris sexiste évident.  Ils ont la responsabilité et le devoir de rendre compte avec une égale mesure des cas de violence, qu’ils soient perpétrés par des femmes ou par des hommes.  Tout en rendant compte de façon objective des faits, les journalistes auront enfin le mérite de ne plus entretenir le mythe opiniâtre voulant que la violence ne soit que masculine.

mercredi 24 août 2011

Québec : vers l’implosion d’une forme de gauche ?

Jack Layton : le prélude estompé
d'une gauche nouvelle et améliorée ?
… Peut-être, mais pas de la gauche tout court.  En effet, avec un nombre record de députés fédéraux élus sous la bannière du NPD, on ne peut soutenir que cette orientation politique soit en péril au Québec, bien au contraire.  Qui plus est, l’engouement populaire pour un certain Khadir, improbable avant 2008, laisse augurer une certaine progression, à défaut d’une progression certaine, de Québec solidaire si des élections étaient déclenchées à l’automne, comme il se chuchote, malgré les dénégations de Jean Charest.   Nombreux sont ceux qui prêtent, non sans motif, à notre si fiable premier ministre le désir de couper l’herbe sous le pied de François Legault, incarnation suprême d’un changement sans but vraiment défini, qui distille au compte goutte une plate-forme électorale fantomatique aux contours sibyllins et dont le concept même de « gauche pragmatique » devrait inciter au questionnement.

Élu une première fois sous Lucien Bouchard à la tête d’un gouvernement qui, bien que péquiste, jadis à gauche sous René Lévesque, s’est démarqué comme le plus à droite de l’histoire récente du Québec, Legault, réélu en 2003, est devenu porte-parole de l’Opposition officielle pour les finances et le développement économique, un poste qui n’a que peu à voir avec des préoccupations traditionnellement gauchistes.  Son départ en 2009 en vue de fonder la Coalition pour l’avenir du Québec (CAQ) reste cependant annonciateur de la crise que traverse en ce moment le Parti québécois et qui causera sa fin probable. 

Les aficionados du PQ s’en détachent pour trois raisons : la remise aux calendes grecques de l’agenda souverainiste, ce que fait pourtant Legault, qui ne touche cependant pas la même clientèle; une distanciation certaine de la gauche pure et dure, qui s’inscrit davantage dans une continuité « lucide », tandis que le PLQ se montre plus interventionniste que jamais, et enfin, un opportunisme électoral évident qui a suscité, avec le dossier de l’amphithéâtre de Québec, le départ fracassant de cinq députés « significatifs » du PQ. 

Jean-Martin Aussant : un prix de consolation
pour souverainistes purs et durs ?
L’avènement d’Option Québec, le parti de Jean-Martin Aussant, un leader doté du charisme d’un vicaire et dépositaire d’un discours aussi exaltant qu’un Prions en église, fera sans doute la preuve, d’ici six mois, que les dissensions internes ne constituent pas le lot exclusif du PQ, mais bien du mouvement souverainiste. Les frictions entre souverainistes font partie intégrante de l’histoire de ce mouvement, comme en témoigne l’affrontement entre René Lévesque et Pierre Bourgault, chef du Rassemblement pour l’indépendance nationale (RIN) lors de la fondation du PQ.

De héros à zéro

Le Québec n’a pas pardonné, le 2 mai dernier, son arrogance à Gilles Duceppe, co-responsable du déclenchement anticipé d’élections fédérales alors qu’il condamnait cette pratique deux ans et demi auparavant quand Stephen Harper y a eu recours.  Or le Bloc québécois a incarné pendant vingt ans, en plus de la défense présumée des intérêts supérieurs du Québec à Ottawa, des valeurs de social démocratie.  Se proclamant, bien qu’oeuvrant sur la scène fédérale, comme souverainistes temporaires s’opposant au fédéralisme centralisateur de Jean Chrétien, l’équipe du Bloc se voulait l'adversaire ultime des coupures draconiennes dans les transferts aux provinces effectués dans la perspective de l’atteinte forcenée du déficit zéro de Paul Martin.  Cette position a été rentable électoralement, comme en témoignent les victoires répétées du Bloc.

Gilles Duceppe : l'effet d'usure...
C’est certainement l’usure d’un pouvoir plus électoral que décisionnel que les Québécois ont rejeté, en plus de la lassitude d’un discours souverainiste redondant, sans renouveau et prétexte, davantage du côté péquiste que bloquiste, aux psychodrames échevelés, qui aura enfoncé le dernier clou de cercueil du Bloc.  En clair, l’équation que les valeurs de gauche ne pouvaient trouver leur aboutissement suprême que dans le cadre de la souveraineté ne passe plus.  Exit l’option souverainiste, mais le Québec, ayant voté massivement pour le NPD, ou devrait-on dire pour Jack Layton, est resté plus que jamais rattaché à des valeurs de gauche.

Deux colosses au pied d’argile

L’essor du syndicalisme et du féminisme, dans la foulée de la révolution tranquille, coïncide avec la naissance du Parti québécois.  Comme ce dernier, ces deux mouvements de gauche ont connu une progression et une dégénérescence similaires que je baptiserais syndrome de Desjardins, à l’origine mouvement coopératif au service des petits épargnants, devenu, à l’instar des grandes banques devant qui il posait en alternative, une entreprise n’ayant plus que sa propre expansion pour objectif.  Syndicalisme et féminisme, au sens où ces deux mouvements se définissaient à l’origine, n’ont plus de gauche qu’un vague vernis, que l’injure du temps achève de corroder.  Leur propre développement représente également leur première raison d’être.

Il suffit de lire le Journal de Montréal pour constater à quel point le syndicalisme y est mis à mal.  Après deux ans de lock out, il faudrait être bien naïf pour ne voir dans une telle orientation qu’un effet du hasard.  Pour conditionnées qu’elles semblent, plusieurs critiques demeurent cependant fondées et ne font que reformuler un constat populaire de plus en plus affiché : les grandes centrales syndicales ressemblent à des privilégiés qui, même en période de crise, restent sourdes à toute concession. 

Claudette Carbonneau : pas de compromis.
Le cri du cœur de Claudette Carbonneau, lancé dans le cadre de négociations du secteur public, à l’effet de hausser les impôts pour financer les hausses salariales des employés de l’État, n’en aurait pas fait une candidate à un prix de popularité.  Quant à une commission d’enquête sur la construction, si redoutée par Jean Charest et la FTQ, ses éventuelles conclusions frapperaient encore plus sévèrement que celles de la commission Cliche tenue en 1974.  L’effet d’usure.

Plus dommageable pour la paix sociale que le syndicalisme, puisque son influence s’étend aux deux sexes, le féminisme d’État demeure d’autant plus pernicieux que son influence, immense, s’exerce de façon occulte, pour ne pas dire hypocrite.  Les incohérences de ce mouvement restent si spectaculaires que son indice de popularité, au plus bas, tel que la dernière Marche des femmes de la FFQ l’a révélé, annonce un déclin qui pourrait le frapper aussi durement que celui du Bloc et bientôt, du PQ.

Anne-France Goldwater : incohérence féministe.
Après avoir obligé l’État à privilégier les filles en éducation, incité nos dirigeants à miser sur les besoins des femmes en santé au point où ces derniers se voient onze fois plus financés que ceux des hommes, le féminisme dominant s’est avéré particulièrement toxique dans les politiques familiales et dans les lois régissant le divorce.  Après avoir tant interpellé les hommes pour qu’ils cessent de se définir comme pourvoyeurs et se rapprochent de leurs enfants, les féministes militantes se révèlent finalement comme les ennemies acharnées de la garde partagée et revendiquent âprement l’accessibilité accrue des pensions aux ex-conjointes, comme en témoigne l’initiative douteuse d’Anne-France Goldwater, féministe radicale autoproclamée, dans la cause de Lola.  Qu’en est-il de la quête d’autonomie financière des femmes des années 60 et 70 ?

Nul doute que la gauche, devant les dérives souverainistes, syndicales et féministes, n’aura d’autre alternative que de se redéfinir.  Le Québec, d’une dualité souverainiste-fédéraliste, vient de passer à une autre, opposant la gauche du NPD à la droite de Stephen Harper.  C’est le choix que le peuple québécois a fait le 2 mai dernier.  Ces trois mouvements jadis marquants et porteurs d’espoir ne sont devenus en bout de ligne que leur triste auto parodie.  Tout en reconnaissant leur pertinence initiale, il faudra sans aucun doute en arriver à se distancer de leurs déviances sans pour autant en sacrifier les acquis.  Voilà un pari qui exige un discernement auquel nos dirigeants ne nous ont pas habitués.

jeudi 18 août 2011

Relâcher Guy Turcotte, êtes-vous sérieux ?

Turcotte peut-il vraiment
réintégrer la société ?
Si les voies du Seigneur sont impénétrables, celles de la Justice, empruntant sans doute d’autres avenues, demeurent tout aussi mystérieuses.  Guy Turcotte est un homme qui, selon le verdict rendu par un jury de 11 personnes, n’avait pas conscience de ses actes au moment où, sous l’emprise d’une démence aussi brutale que passagère, il a assassiné en 2009 à Piedmont de 27 coups de couteau son fils de cinq ans, et de 19 autres sa fille de trois ans, dans un contexte de séparation houleuse.  La Commission d’examen des troubles mentaux a le plus sérieusement du monde envisagé, parmi trois options possibles, sa libération imminente.  Le principal critère d’évaluation : le degré de dangerosité pour la société.

Un peu suivant le modèle d’un procès, les deux parties devaient chacune présenter, ce 12 août, leurs experts et prouver leur point, avant que la réception de la  lettre mystérieuse d’une présumée connaissance de l’ancien cardiologue contenant des « allégations sérieuses » et des « informations importantes » ne vienne brouiller les cartes et entraîner le report de la séance au 4 novembre prochain.  D’ici là, Turcotte restera confiné à l’Institut Philippe Pinel.  N’eut été de ce coup de théâtre, le meurtrier de ses enfants aurait sérieusement pu se voir libéré.

« Il y a une possibilité réelle qu’il (Turcotte) soit bientôt libéré, affirmait dès le 6 juillet Louis-Michel Côté, avocat criminaliste spécialisé en psychiatrie légale.   Ce que le code criminel dit, c’est que s’il ne représente plus un risque important pour la sécurité du public, il doit être libéré de façon inconditionnelle. »  Vous avez bien lu : «  de façon inconditionnelle ». Et si c’était la société qui représentait un risque important pour la sécurité de Turcotte ?

Me Louis-Michel Côté
Reste la possibilité, apparemment nourrie par l’envoi de la lettre, que la dangerosité de l’homme soit établie, ce qui lui vaudrait l’internement pour une durée d’un an, avec réévaluation annuelle de son cas.  Il pourrait également se voir libérer avec modalités, si le risque pour le public est jugé « important mais assumable ».  Dans pareille éventualité, Turcotte devrait également se représenter devant la Commission dans un an à des fins de réévaluation en plus, entre-temps, de garder la paix, de demeurer dans un endroit connu ou approuvé, de ne pas consommer de drogue ni d’alcool, de ne pas entrer en contact avec certaines personnes (on peut présumer lesquelles…) et de respecter le plan de soins imposé. 

La moindre des choses…

J’insiste sur la dernière condition de la libération avec modalités : « respecter le plan de soins imposé ».  Cette option devrait, au même titre que le critère de dangerosité, devenir une condition incontournable dans le contexte d’une remise en liberté consécutive à un drame aussi bouleversant.  Supposons que, malgré l’incident de la lettre, le gars soit déclaré inoffensif, qu’il ne risque pas de sitôt de récidiver, ce qui ne serait pas surprenant, le critère de dangerosité pour autrui devrait-il vraiment rester le seul à considérer ? 

A-t-on sérieusement évalué qu’au lendemain du verdict le plus contesté de l’histoire judiciaire récente du Québec, on pourrait laisser cet homme retourner tranquillement à une vie normale, sans qu’il n’ait à affronter au quotidien le souvenir de ses victimes, de sa propre folie, la réprobation de son ex et de la famille de cette dernière ?  Même en préservant au maximum son anonymat, pourra-t-on éviter que des curieux finissent par découvrir sa retraite ?  Et le jugement de la population, on ne peut ne pas y avoir pensé. 

Karla Homolka : l'aimeriez-vous
pour voisine ?
Souvenons-nous de Karla Homolka.  Il n’a pas fallu longtemps avant que sa nouvelle identité, son adresse et son employeur ne fassent la manchette.  Or le cas de cette femme est fort différent.  Complice des homicides commis par son conjoint, Paul Bernardo, surnommé le violeur de Scarborough, Homolka était une sociopathe par association qui avait activement participé aux meurtres de nombreuses jeunes filles, dont sa propre sœur.  Malgré 12 ans de réclusion, elle avait toujours refusé toute forme de thérapie.  La Justice a choisi de la libérer le 4 juillet 2005, moyennant des informations incriminant son conjoint.  Son risque de dangerosité à elle avait bien davantage de quoi inquiéter que celui de Turcotte, citoyen irréprochable avant les meurtres.

Si, comme c’est fort possible, l’ancien cardiologue s’expatrie, à l’exemple d’Homolka, peut-t-il sérieusement retourner à la pratique médicale ?  Dans le cas improbable où il y serait autorisé, quel établissement prendrait le risque de l’engager sans mettre en péril sa crédibilité, sa réputation de moralité ou la confiance des patients ?  Comment envisager alors sa réinsertion sociale et professionnelle ?  Dans quelle branche se réorientera-t-il : garçon boucher, lanceur de couteaux dans un cirque, ou squeegee, un boulot qui lui permettrait de rentabiliser son expertise en lave-glace ?  Parlez-moi de perspectives d’avenir…

La cohérence, c’est pas criminel…

Si vous êtes de ceux, probablement majoritaires, qui considèrent que Turcotte aurait dû se voir reconnu criminellement responsable, encourir la perpétuité, ou mieux, voir la peine de mort rétablie exprès pour lui, vous devez trouver que je m’en fais bien inutilement pour pareil gibier de potence.  Si vous pensez ainsi, je dois vous dire que, sur la base du doute raisonnable, je suis solidaire du verdict très sensé et courageux des 11 citoyens intègres et responsables qui ont composé le jury du procès Turcotte.  Je rappelle que la photo de ma personne apparaissant dans mon blog reste très ressemblante, pour ceux qui voudraient s’en inspirer afin de modeler une poupée vaudoue prête à piquer. 

Isabelle Gaston : la douleur peut devenir
mauvaise conseillère.
Pour ne pas être en reste, je trouve dommageables et inquiétantes les nombreuses manifestations de protestations contre le verdict, bien que certaines revendications valent d’être examinées.  Ainsi, Isabelle Gaston a raison selon moi quand elle affirme que les experts psychiatres devraient rester indépendants, et non assujettis à le défense ou à la Couronne, dans un souci de neutralité et d’objectivité.  Par contre, l’hypothèse de supprimer les procès devant juge et jury constituerait une terrible erreur… judiciaire, si j’ose dire.  Une telle mesure donnerait beaucoup trop de latitude à un système qui ploie littéralement sous le poids d’abus de pouvoir de toutes sortes.

Abolir les procès devant jury, c’est supprimer la dernière possibilité citoyenne de se faire entendre dans une cour de justice où la démocratie est trop souvent malmenée.  C’est notamment ouvrir la porte aux verdicts décidés d’avance cautionnant de fausses allégations.  Mme Gaston a tort d’imputer la décision du jury à une quelconque ignorance ou incompétence.  Quand bien même ses membres connaîtraient par cœur le code criminel, ils auraient été contraints, compte tenu du concept de doute raisonnable, des paramètres expliqués par le juge et des avis des experts psychiatres, d’en arriver à la même conclusion.  Point à la ligne.

Notre justice aussi doit se montrer responsable.
Pour ce qui est de Turcotte, notre système ferait preuve d’une légèreté coupable, voire possiblement criminelle, si elle relâchait cet homme sans soutien psychosocial.  De l’avis de plusieurs, l’absence généralisée d’une telle assistance se trouve à l’origine de nombreuses tragédies impliquant des hommes dans le rôle du meurtrier.  À défaut d’avoir su prévenir, il faudrait, dans le cas présent, au moins songer à guérir.

lundi 15 août 2011

Affaire Armande Côté : quand la procédure l’emporte…

Armande Côté, au palais de justice de Sorel.
« Justice a été rendue » devait déclarer Armande Côté, 61 ans, le 29 novembre 2007, en quittant précipitamment le palais de justice de Sorel après son acquittement surprise par le juge de la Cour supérieure Guy Cournoyer, pour le meurtre au second degré de son conjoint, André Hogue, 63 ans.  Le verdict avait été prononcé avant même la tenue du procès.  Malgré une preuve accablante, le magistrat, en réponse à une requête de l’avocate de l’accusée, avait décrété que les policiers avaient commis plusieurs erreurs grossières qui invalidaient la majorité des pièces retenues contre l’accusée.  « Il est regrettable qu’en 2007, un tribunal soit encore forcé de rendre une telle décision » avait commenté le juge.

Des preuves accablantes

Le soir du 22 juillet 2006, Armande Côté signale le 911, apparemment pour venir en aide à son conjoint, trouvé inerte selon ses dires dans le gazébo derrière leur chalet du 23, chemin Landry, à Pierreville.  Une ambulance accourt chercher Hogue et la femme reste sur les lieux.  C’est après un examen au scanner qu’un médecin découvre des bouts de métal dans la tête, plus tard identifiés comme les résidus d’une balle de calibre 22.

La victime, André Hogue.
Alertés, des policiers se rendent au chalet vers minuit, sans mandat, et inspectent les lieux.  Ils constatent un trou dans la moustiquaire du gazébo et un autre dans la vitre du solarium.  Vers deux heures, Côté est amenée au poste de la SQ, tandis que les recherches se poursuivent sur place. On demande à la conjointe de Hogue une relation écrite des événements.  Visiblement suspectée, elle se met à table : une déclaration est enregistrée sur vidéo.  Ce n’est qu’à 5h23 qu’on l’autorise toutefois à consulter un avocat.  Les mandats de perquisition ne seront pas obtenus avant 8h32 et 9h55, respectivement. Entre-temps, les policiers ont découvert que le coup de feu a été tiré à partir d’une fenêtre de la maison.  L’étau se resserre.

L’avocate de la défense, Me Carole Gladu, a pu faire invalider ces lourdes preuves au motif que les droits de sa cliente auraient été violés, en vertu de la Charte des droits et libertés, puisqu’elle a été détenue sans être informée des motifs retenus contre elle, que les policiers ont pénétré chez elle sans mandat, qu’elle a été surveillée dès leur arrivée, qu’elle a été interrogée sans avoir pu consulter un avocat, que des subterfuges auraient été employés pour fouiller la résidence et qu’enfin, Côté a été retenue au poste de police et contrainte de rédiger une déclaration. 

Le syndrome de la femme battue

Syndrome de la femme battue :
une popularité suspecte...
Inutile de dire que les deux filles de la victime, Stéphanie et Marie-Claude, ont vivement réagi à un tel dénouement.  « Tu va l’avoir sur le cœur pour le reste de ta vie », s’écriait l’une d’elle à l’adresse de Côte, au moment où cette dernière quittait les lieux, entourée de ses proches.  Force est d’admettre que la sensibilité des deux jeunes femmes, comme celle des deux sœurs d’André Hogue, Michelle et Immaculée, a été mise à rude épreuve devant la tournure fortement médiatisée du drame, où la victime était momentanément devenue l’agresseur, par la magie de ce concept si populaire en droit criminel québécois appelé syndrome de la femme battue.  En vertu d’un tel argument, d’étonnants verdicts d’acquittement ont été rendus.

Les trois sœurs d’Armande Côté ont par ailleurs contribué à alimenter cette thèse questionnable.  « La violence psychologique, c’est pire qu’une tape sur la gueule » s’était déjà exclamée l’une d’elles le 25 juillet 2006, peu après le meurtre.  « C’est sûr qu’elle n’avait pas toute sa tête ! Sûr ! Sûr ! Armande, c’est une femme qui est droite. »  L’institut Philippe Pinel devait pourtant la tenir responsable de ses actes, en conclusion de son rapport psychiatrique.  La soeur qui s’exprimait ainsi réalisait-elle qu’elle reconnaissait implicitement que l’accusée avait pressé la détente ?  Avait-elle recueilli une confidence déterminante ?  Les trois femmes avaient précisé que le couple s’était formé 14 ans avant le drame, mais que depuis quatre ans, la situation dégénérait.  Après une séparation, Hogue aurait selon elles continué à appeler une autre femme connue entre-temps.  Rumeur ou vérité ?  Dans ce cas, la thèse du meurtre passionnel deviendrait plausible.

Riposte familiale

Les hommes aussi sont victimes de violence,
ont rappelé les soeurs Hogue.
Devant cette soudaine inversion des rôles, la riposte des filles et des sœurs d’André Hogue ne s’est pas fait attendre.  « Y a beaucoup de femmes qui subissent de la violence, mais quand c’est les hommes qui en sont victimes, y a rien qui sort. » affirmait l’une d’elles le lendemain.  Marie-Claude, la fille aînée de la victime, ajoutait : « Je n’ai pas envie qu’on salisse Armande.  Mais ce qu’on a lu et entendu ne reflète pas la vérité. »  Et sa sœur cadette de renchérir : « Ce qu’on voit, c’est que c’est lui le méchant, que c’est lui qui a provoqué ça.  Je ne suis pas d’accord !  C’est lui la victime ! »  Et Marie-Claude de conclure : « On n’a jamais connu de violence quand il vivait avec notre mère.  Et moi, je ne crois pas que cette femme (Armande) soit atteinte du syndrome de la femme battue. »  Autre son de cloche, n’est-ce pas ?  C’est pas fini.

Les deux sœurs d’André Hogue ne donnaient pas leur place pour défendre la mémoire de leur frère.  C’est au moment où Hogue prend une préretraite en s’installant à Pierreville qu’il fait la connaissance de Côté.  « Le début de la misère » soupire l’une d’elle.  Mais il l’aime… Il l’aide financièrement.  Quand Armande se découvre un cancer, il la soutient et l’envoie se faire traiter aux États-Unis.  Malgré cela, le couple se sépare à six reprises.  Les deux sœurs affirmaient avec conviction que leur frère, un homme respecté, aimait l’accusée « trop ! Et jusqu’à la fin ! ».  Elles devaient réfuter la thèse du harcèlement par des échanges avec une autre femme.  « Sur le système de communication Internet, c’était Armande et André ensemble… »  Nous voilà bien loin d’un homme violent, adepte de sévices psychologiques…

Lueur à l’horizon

Jacques Dupuis, ministre de la Justice en 2008.
Dès 2008, la famille de Hogue avait exercé des pressions auprès du ministre de la Justice de l’époque, Jacques Dupuis, afin qu’il intervienne dans ce dossier déroutant.  Un site avait été mis en ligne afin de publiciser la cause et de sensibiliser le public.  C’est enfin le 18 février 2010 que trois juges de la Cour d’appel ont cassé le verdict d’acquittement et ordonné la tenue d’un nouveau procès devant juge et jury.  Dans La Voix du 26 février 2010, Marie-Claude Hogue déclarait : « C’est la première fois depuis 43 mois que la famille se sent supportée par la Justice.  C’est comme si nous étions seuls à porter cette charge depuis tout ce temps. » 

L’avocate de Côté a aussitôt contre-attaqué, le 13 avril 2010, en déposant devant la Cour suprême du Canada une demande d’autorisation pour en appeler de la décision de la Cour d’appel.  Les neuf juges du plus haut tribunal canadien devaient s’accorder, le 15 mars dernier, de cinq à six mois avant de donner une réponse qui devrait normalement être imminente. 

Carabine de calibre 22 similaire à celle qui a tué  André Hogue.
Il serait judicieux de se demander si, Charte des droits et libertés ou pas, un verdict d’acquittement aurait pu être prononcé dans un cas similaire, mais où l’accusé aurait été un homme, et la victime, une femme.  Poser la question, n’est-ce pas y répondre ?  Quant à la déshonorante inversion des rôles de victime et d’agresseur, inutile de dire que les médias ne s’en seraient jamais faits les complices.  Lorsqu’en plus de mourir par une main criminelle, un homme voit sa mémoire souillée publiquement, c’est comme on l’assassinait deux fois.  Quand de surcroît son agresseur, quel qu’il soit, reste impuni, c’est à se demander ce que vaut la vie humaine, aux yeux de notre système, quand elle n’est « que » masculine…

jeudi 11 août 2011

Malversation policière : la fumiste et le balourd

Les enfants, victimes indirectes
des fausses allégations.
Les fausses accusations frappent souvent dans un contexte de lutte pour la garde des enfants et, dans la nette majorité des cas, les pères en sont les premières victimes. On imagine mal cependant que ces calomnies puissent survenir à la suite d’une rencontre dans un lieu public et encore moins qu’une policière puisse en être l’auteure !  Le récit que vient de m’envoyer Éric (nom fictif) aura de quoi éveiller la prudence sur la nécessité ne pas prendre pour acquit l’intégrité d’employés qui devraient agir de façon à commander le respect de la population : les policiers.  Je précise que les noms des personnes impliquées dans ces événements bien réels sont cependant fictifs et que toute référence au service de police impliqué ainsi que toute précision géographique ont été délibérément omises, une cause étant toujours possible devant les tribunaux.

(Encore) Une ex vengeresse

C’est en septembre 2010 qu’Éric décidait de rompre avec Nicole, la mère de ses deux enfants, après avoir découvert ses infidélités.  Il n’en fallait pas moins pour que la femme délaissée qui, bien qu’adultère s’était toujours montrée d’une jalousie maladive, exige aussitôt la garde exclusive des enfants et multiplie les calomnies envers son ex.  Elle l’accusera d’avoir accumulé des dettes faramineuses, d’avoir mené une vie parallèle à celle de sa famille, d’avoir été négligent envers ses enfants, de passer ses soirées sur des sites Internet de rencontres et de masseuses en plus de s’être sans cesse montré agressif envers sa femme au point où elle dit redouter maintenant pour sa sécurité et celle de ses enfants. 

Des ex se compromettent parfois par courriel....
Comme au Québec, toute femme peut impunément mentir sur son conjoint, pourquoi se gênerait-elle ?  Non seulement Nicole menacera-t-elle Éric de lui faire perdre son emploi, celui d’une nouvelle copine rencontrée entre-temps, ainsi que la garde de ses enfants, mais elle aura l’étourderie de le faire par téléphone, par l’intermédiaire d’un collègue et même, par courriel…  J’ai obtenu copie des envois en question : comme l’affirmait si justement Sophocle, la bêtise est définitivement la sœur de la méchanceté…

Le complot

Aveuglée par sa haine envers Éric, Nicole allait s’enfoncer davantage dans la malversation, s’aidant cette fois d’une amie, Germaine Therrien, pourtant policière, jadis également en bons termes avec Éric.  Le 5 février 2011, le père de famille, qui n’a que la garde partielle de ses enfants, doit les ramener au domicile de sa conjointe à 19 heures.  Nicole lui demande de les lui reconduire exceptionnellement à un restaurant bien connu de la ville.  Éric refuse de dévier de l’ordonnance de la Cour.  Nicole, qui se trouve en compagnie de Germaine la fait intervenir au téléphone.  C’est avec tact que celle-ci traite Éric de « cave » et de « sans cœur ».

Sans emmener les enfants, Éric se rend au resto, muni d’un affidavit rempli des fausses accusations de son ex, dans le but de persuader celle qu’il prend encore à tort pour une amie commune de convaincre Nicole de cesser ses mensonges.  Arrivé, il constate que les deux femmes sont assises au fond de l’établissement, près des toilettes, à l’endroit le plus isolé.  Il place l’affidavit sur la table, en face de l’agente, et lui donne sa propre version des comportements de son ex-femme, en lui conseillant de lire le document édifiant rédigé par cette dernière.  Le soir même, Éric ramène les enfants à Nicole qui, furieuse, commence à le menacer, mais s’interrompt à la vue du père de son ex.  Quand même pas stupide à ce point…

Même une policière peut se faire
la complice d'un complot.
Trois jours plus tard, Éric apprend qu’une plainte de voies de fait a été déposée contre lui par l’agente Germaine Therrien.  Il comprend aussitôt que Nicole et Germaine ont comploté pour lui nuire en vue de l’audition pour la garde partagée des enfants, prévue en mai 2011.  La volonté d’attirer notre homme au resto avait de toute évidence été orchestrée à cette fin.  Un enquêteur, Florian Tétreault, du même service de police que la plaignante, sera assigné à l’enquête sur la plainte...  Il agira avec un parti pris flagrant, enquêtant à charge, soit au détriment de l’accusé, mais « oubliant », d’agir à décharge, donc en tenant compte de la version de celui-ci, qu'il ne vérifiera pas.  Cette pratique à sens unique est monnaie courante chez les corps policiers du Québec, dès qu’une femme pose en victime.

Quand l’enquêteur s’emmêle…

Florian serait un personnage digne d’un vaudeville si les conséquences de ses actes n’étaient pas aussi consternantes.  Doté de la ténacité du pit-bull alliée à la clairvoyance de la taupe, le maladroit ne fera qu’accumuler les signes d’une embarrassante incompétence.  Trahissant un conflit d’intérêt évident au profit de sa collègue, il voudra d’abord convoquer Éric pour l’arrêter, ce que ce dernier refusera, préférant lui envoyer les courriels prouvant des intentions malveillantes de Nicole et, plus tard, une déclaration de la gérante du restaurant, présente au moment des faits allégués et qui confirmait que ni elle, ni ses employés, n’avaient été témoins que quelque acte de violence que ce soit. 

En comparaison de Tétreault,
le célèbre inspecteur Clouzot
a l'air d'un surdoué...
Se croyant vraisemblablement investi d’une mission suprême au nom de la cause des femmes, le balourd refuse toute explication d’Éric, et se garde bien de vérifier la véracité des preuves éloquentes transmises, incluant le témoignage de la gérante.  Au contraire, il réitère son exigence de convocation, faute de quoi il menace d’arrêter Éric sur son lieu de travail.  L’agente Germaine Therrien se dit toujours très craintive, curieuse attitude pour une agente qui devrait faire preuve d’une grande solidité nerveuse.  Pourrait-elle assurer la discipline dans une cour d’école ?

Le 16 février, en proie à un irrépressible accès de testostérone, Tétreault somme à nouveau Éric de se rendre et, devant son refus, se transporte avec fougue à son domicile en vue de l’arrêter. Comme Éric, qui travaille de nuit, dort, l’intrépide enquêteur court chercher un mandat d’entrée, en dissimulant évidemment la version et les preuves fournies par Éric aux autorités compétentes. Revenu sur les lieux, il martèle la porte le plus fort qu’il peut, et arrête Éric devant ses voisins médusés.  La plainte de l’agente Therrien demeure si invraisemblable que le bureau du substitut du procureur la rejettera aussitôt du revers de la main.  Alors, pourquoi tout ce cirque ?

Immunité diplomatique

À l’évidence victime d’un complot suivi d’un abus de pouvoir policier, Éric porte plainte en déontologie policière contre les agents Therrien et Tétreault.  Malgré la preuve accablante, aucune sanction, aucune réprimande n’est administrée à la calomniatrice, ni à l’imbécile.  Éric a ensuite rempli une déposition pour méfait public qui, après maints transferts d’une autorité à une autre, a fini par être rejetée également, sans qu’aucune raison ne soit fournie.  Après consultation auprès d’une firme d’avocats aux coûts de 5 000 $, les juristes n’ont rien trouvé de plus brillant à dire que, étant donné le corps policier visé par la plainte, une éventuelle poursuite ressemblerait au combat de David contre Goliath.  De toute façon, Éric, présentement en arrêt de travail, n’a plus les moyens d’entreprendre quelque démarche légale que ce soit.  Reste à savoir quel impact auront tous ces événements sur la requête en garde partagée prévue en mai prochain.

Notre système vous inspire-t-il
toujours confiance ?
Je ne sais pas pour vous, mais un tel récit ne me réconforte pas particulièrement sur la confiance et le respect que nous devons à nos policiers.  J’ose encore croire que le plus grand nombre fait son travail correctement mais peut-être ne suis-je qu’un grand naïf ?  Bien davantage que la corruption des agents, les faits énoncés dans cette chronique démontrent une malhonnêteté beaucoup plus généralisée, trahissant l’absence d’éthique d’un système policier et judiciaire gangrené, où la parole d’ex-conjointes calomniatrices et de fumistes en uniforme pèse bien davantage que celle d’un homme intègre.