samedi 17 décembre 2011

Larry Shannon, un - autre - père floué par la Justice québécoise

Larry Shannon nous livre son témoignage.
Je n'avais sans doute pas suffisamment relaté d'histoires d'horreur impliquant des hommes, pères ou ex conjoints sans enfants, aux prises avec un processus de séparation sans humanité, made in Québec.  La preuve en est que je viens de découvrir sur Facebook le récit de Larry Shannon, un - autre- père floué par un système misandre.  On y retrouve les mêmes paramètres inhérents aux chroniques que j'ai déjà consacrées au sujet brûlant d'actualité de la misandrie étatique : intervenantes de la DPJ trop souvent incompétentes, policiers obtus, pour qui une politique d'intervention en violence conjugale sexiste envers les hommes tient lieu de credo, et magistrats aux yeux de qui le genre masculin demeure coupable au pluriel.  Je ne m'étonne plus que des immigrants désabusés m'écrivent que le salut des hommes et des garçons réside hors du Québec, de plus en plus perçu comme une terre de misandrie.  Le taux de suicide masculin n'y est-il pas l'un des plus élevé au monde ?

C'est avec l'aimable permission de L'après-rupture, qui a soutenu M Shannon tout au long de ses - multiples et infructueuses - pérégrinations à travers notre système social et judiciaire québécois, que je reproduis son histoire, racontée par l'intéressé.  La voici.  Accrochez-vous.

Le récit de Larry Shannon

NB Le texte qui suit est sous la seule responsabilité du signataire. L'après-rupture n'endosse ni ne dénonce les propos et opinions qui y sont contenus.

15 décembre 2011

Mon nom est Larry Shannon. Je suis père de quatre enfants, trois enfants biologiques et un enfant adopté sous tutelle de la DPJ par mon ex compagne de vie. Avec un minimum vital de l’aide social et sans aide gouvernementale pour les enfants, j’ai réussi à fournir sécurité, logement et aliments à mes enfants pendant plus de deux mois alors que la mère recevait les subventions pour l’enfant adopté et les prestations pour enfants de deux niveaux de gouvernement. Pendant ces semaines,  j’ai réussi à voyager mes enfants aux écoles pour éviter qu’il ne soient  traumatisés et pour qu’ils reçoivent l’éducation à laquelle ils avaient droit, à les nourrir, les loger au détriment de mon alimentation et de ma santé.

Cette histoire sordide  a commencé en décembre 2010 alors que ne pouvant plus contrôler les agissements de la mère qui menaçait pour la énième fois de s’en prendre physiquement aux enfants, j’ai appelé le 911 pour demander l’aide du corps policier de Chateauguay. Les policiers sont venus et ont immédiatement appliqué le protocole d’intervention en matière de violence conjugale et m’ont arrêté sans explication… et ont écouté attentivement les mensonges de ma compagne.

Trois des quatre enfants de Larry Shannon.
En moins de temps qu’il n’en faut pour écrire mon histoire, j’ai été accusé de différents crimes et le juge m’a imposé un ordonnance de non contact avec mes enfants et mon ex-compagne, en plus de me suggérer fortement de quitter la province de Québec et d’aller vivre chez mon père en Ontario.

A ma sortie de prison, je suis allé à mon logement pour y chercher mes biens personnels et voir comment je pourrais y vivre temporairement. Le logement avait été vidé et plus tard j’ai été expulsé par le propriétaire ... qui me montra un bail où ma signature n’apparaissait plus, comme par magie.

J’ai tenté par la suite de porter plainte au criminel pour vol de mes biens, pour usage de faux, et pour enlèvement puisque ni moi, ni  la  Cour, ni la police, ne savaient où étaient mes enfants. La police a refusé de faire suite à ces plaintes, puisque, à leurs yeux, j’étais déjà le criminel, le méchant batteur de femme.

Mon ex m’avait démoli psychologiquement avec la complicité du système judiciaire. Ce n’est qu’avec l’aide de Jean-Claude Boucher de L’après-rupture que j’ai repris foi en la vie.

Ce n’est qu’en mars 2011 que j’ai appris par voie d’une requête en garde exclusive que mes enfants vivaient en Gaspésie, mais encore là, l’adresse de la requérante était fausse.

Avec l’aide d’un membre de L’après-rupture j’ai pu me rendre à New Carlisle pour expliquer ma situation et le juge a refusé de se prononcer sur l’issue de la requête et a opté pour une garde exclusive temporaire à la mère, et ce, à la suite des documents et preuves que j’avais fournis à la Cour, et de remettre la cause en octobre.

Jean-Claude Boucher, de L'après-rupture.
Craignant de trop mal paraître devant la justice, mon ex a alors accepté que j’aie  la garde des enfants pendant trois semaines en août.  Je vivais alors dans un sous-sol que m’avait trouvé les gens de L’après-rupture à St-Hyacinthe, et la maison était sur le point d’être vendue. J’ai donc quêté l’argent pour aller chercher mes quatre enfants à New Carlisle et les ramener chez moi. Malheureusement, la maison a été vendue à ce moment  et la propriétaire m’a ordonné de quitter.

En désespoir de cause, j’ai donc téléphoné à mon ex pour qu’elle vienne chercher les enfants, n’ayant plus les moyens financiers de les ramener à New Carlisle. Mon ex est venue chercher les enfants et  m’a invité à les suivre à son domicile, ce que j’ai accepté de faire parce que c’était la seule façon de pouvoir retrouver un lien significatif avec eux.

Une fois installé dans le domicile de mon ex, j’ai dû accepter de vivre en esclavage, obligé de lui donner mes petits pécules et de faire la presque totalité des tâches domestiques et de prendre soin des quatre enfants à temps plein, mon ex s’occupant soit de son ordinateur ou soit qu’elle était absente de la maison.  J’acceptai cette condition d’esclavage pour protéger mes enfants de ses fureurs et leur assurer  un maximum d’affection et d’attention.

En Septembre, mon ex accepta de signer une entente de garde partagée, évitant d’avoir à être contestée devant un juge.  Mi septembre, j’avais un domicile, et elle me confia les enfants pour une première semaine… qui dura sept semaines. J’assurais leurs  aliments avec l’aide de la communauté et mon chèque d’aide sociale.

La DPJ tirera-t-elle des
leçons de son passé ?
En octobre,  j’ai reçu confirmation de la Cour de mon acquittement à toutes les charges portées par la police de Châteaugay suite aux déclarations assermentées de la mère de décembre 2010. Pourtant, et puisqu'il s’agissait de méfait public de la part de la mère, aucune enquête, aucune accusation ne fut portée contre elle, malgré le fait qu’elle avait utilisé tout le système judiciaire dans son intérêt personnel…  Elle avait menti  sous serment à  la police, volé mes biens, kidnappé les enfants, utilisé de faux documents et elle demeurait un ange aux yeux de notre système judiciaire.

Entre-temps, je découvrais petit à petit les traces laissées par les fureurs de mon ex sur les enfants  et j’en fis des preuves vidéo (voir en fin de chronique).  Il devenait de plus en plus évident que les enfants étaient battus par leur mère en mon absence.

Bien que craintif du fonctionnement misandre du système de justice, je portais quand même l’affaire devant les policiers de la SQ de Paspebiac, leur fournissant moultes preuves des blessures des enfants et des agissements criminels de leur mère (vol, méfait public, usage de faux, usage de fausses adresses et bien sûr d’abus physique aux enfants) espérant que la misandrie des policiers de Chateauguay n’existait pas au sein de la SQ.

La DPJ fut évidemment informée et Audray  Boisvert, une toute jeune femme  à l’emploi de la DPJ, fut assignée  à une enquête sérieuse et compliquée. Rapidement, il fut évident que cette enquête avait pour but de me chercher des puces, et après quelques semaines de tergiversations, la police décida (LA procureurE de la Couronne) qu’il n’y avait aucune matière à porter des accusations contre la mère. Qui plus est, sans préavis, la DPJ décida unilatéralement, d’enlever l’enfant adopté du seul père qu’il n’avait jamais eu (il fut adopté quand il avait quelques mois) et de sa fratrie et de le retourner chez la mère adoptive.

Quant aux trois autres enfants, Audrey m’a fait comprendre que la DPJ aiderait la mère à obtenir la garde  exclusive, et que les jours qui viennent seraient probablement les derniers où je pourrais avoir contact avec mes enfants.

La DPJ se soucie-t-elle assez de 
l'environnement des enfants ?
Il est de notoriété publique que la mère des enfants évolue et vit dans un milieu où la drogue et la violence sont omniprésents, (les différentes menaces que j’ai reçues de la mère et ses proches en font foi)  et c’est dans ce milieu que dorénavant mes enfants devront vivre grâce à la Direction de la Protection de la Jeunesse.

Comment, en tant que père aimant et dévoué pourrai-je vivre l’avenir?

Larry Shannon
Larryshannon76@hotmail.com

PS : tout ce qui est raconté ici peut être prouvé par documents écrits ou enregistrements audio et video et copies de ces documents ont été remis à la police. Tout est vérifiable.

En guise de conclusion...

Je désire clore  le récit de Larry Shannon avec deux vidéos, mises en ligne par l'intéressé sur You Tube, où deux de ses enfants disent avoir été molestés par leur mère.  Je vous laisse tirer vos conclusions.

Première vidéo
Seconde vidéo

vendredi 16 décembre 2011

Pères en difficulté : des fantômes pour le réseau

Des pères et des enfants laissés pour compte.
Au Québec, nous nous plaisons à penser que l’égalité homme femme est une valeur fondamentale.  Nous aimons à poser en modèle de société.  Nous  croyons que nous sommes en position de donner des leçons à nombre de pays, vivant selon des valeurs dépassées ou rétrogrades.  Bien sûr, si nous nous comparons à l’Arabie saoudite, à l’Afghanistan ou même au Mexique, nous avons raison.  L’ennui, c’est que l’égalité homme femme demeure chez nous exclusivement envisagée en fonction des besoins des femmes, presque jamais des hommes.  Nous aimons nous entretenir dans l’illusion que ces derniers n’ont pas de problèmes.  La vie est tellement plus simple ainsi, mais pas toujours la leur.

Il serait à peu près temps de constater que la réalité familiale québécoise a bien changé depuis près d’un demi-siècle et que d’urgents réajustements s’imposent.  L’histoire récente d’un père et de sa fille, abandonnés par le système, vient d’infliger un douloureux démenti à nos prétentions égalitaires.  Que voilà une fausse note stridente, au cœur même de la symphonie illusoire d’une société égalitaire qui berce nos oreilles abêties.

Vous avez dit ressources ?  Quelles ressources ?

Notre société est hypocrite.  D’une part, elle blâme les hommes de ne pas exprimer leurs besoins.  D’autre part, elle ne leur offre pratiquement aucune écoute, aucune ressource.  Face à leur difficulté, parfois à leur incapacité à s’en sortir, elle les condamne.  C’est le dur constat auquel a dû se résoudre Sébastien (nom fictif), dont la triste histoire a occupé les pages 2 et 3 de l’édition du 12 décembre du Journal de Montréal.

Georges Dupuy, auteur de
Coupable d'être un homme
La situation d’un homme est encore pire au lendemain d’un divorce.  Au regard de la loi, il est officieusement tenu responsable de l’échec de la relation.  L’ex conjoint est, comme l’a si judicieusement décrit pour l’avoir vécu feu Georges Dupuy, « coupable d’être un homme », expression dont il a baptisé son témoignage livresque sur son expérience juridique avec la machine à broyer les hommes.  Comme tant d’autres, Sébastien, au lendemain d’un divorce ruineux, s’est retrouvé dans l’incapacité de faire face à ses obligations financières. Parce qu’il n’avait plus les moyens de payer la garderie pour sa fille, il a perdu son emploi, à cause de ses trop nombreuses absences.

Sans famille à Québec, il ne pouvait davantage avoir recours à cette alternative de gardiennage.  Sébastien était conscient que, faute de pouvoir assumer ses obligations parentales, il risquait, devant la sévérité des tribunaux, peu empathique envers les pères, de perdre la garde partagée de sa fille.  Une mère dans sa situation aurait eu de bonnes chances de faire augmenter la pension payée par son ex conjoint.  Cette avenue n’existe pas pour un homme.  Non plus.  Un centre d’aide adapté, qui aurait pu lui donner un répit, une chance de se ressaisir et de trouver moyen de subsistance et logement, ça n’existe pas davantage pour la gent masculine.  Il y en a une pléthore pour les femmes.

Monnaie courante

« J’ai fait le tour des ressources, confiait notre homme à Jean-Nicolas Blanchet, journaliste au Journal.  Pour les mères, il y a environ huit organismes, mais pour les pères, il n’y a rien.  Ils m’ont dit qu’ils s’occupaient juste des femmes.  Je suis allé à des places comme à Lauberivière, mais ils m’ont dit qu’il n’accueillerait pas d’enfant. »  L’homme a dû se résoudre à passer une nuit avec son enfant dans son auto, obligé de conduire la plupart du temps pour qu’elle n’ait pas froid.  En désespoir de cause, L’Archipel d’entraide, un organisme hébergeant des personnes avec des problèmes de santé mentale, pas l’idéal pour accueillir une petite fille, l’a dépanné, avant de lui trouver un logement dont le loyer sera payé le premier mois.

Lise Bilodeau : une vision juste
La situation de Sébastien est monnaie courante, selon plusieurs intervenants en milieu social consultés par le journaliste.  Claude Vanasse, directrice de Service 211, un organisme de référence pour les personnes en difficulté, affirme : «On a reçu plusieurs appels d'hommes qui avaient leurs enfants avec eux et avaient besoin d'un endroit temporaire de crise, ça n'existe pas!  (…) On vit un changement de société et on n'a pas suivi la nouvelle réalité de la responsabilité des hommes face à leurs enfants. Les pères s'occupent beaucoup plus de leurs enfants et s'il y a une crise dans la famille, ça se peut que ce soit le père qui parte avec les enfants. »

Un point de vue confirmé par Lise Bilodeau, présidente de l’Action des nouvelles conjointes et des nouveaux conjoints du Québec (ANCQ) : « Il n’y en pas d’aide! J’ai déjà eu le cas d’un homme qui devait coucher dans sa voiture avec son chien et son laptop. J’ai tout fait, j’ai appelé tout le monde, même les presbytères, mais personne ne peut l’aider (...) Des cas dramatiques, il y en a plein. »

Des préjugés à abattre

Autant Le Journal de Montréal mérite des félicitations pour la qualité des articles de Jean-Nicolas Blanchet, autant c’est à se demander si sa collègue, Isabelle Maréchal, les a bien lus quand elle a tenu ces étonnants propos : « Les pères ont obtenu en peu de temps ce dont des générations de femmes ont rêvé pendant des décennies.  Le père québécois n'est pas non plus une victime. Évitons de le réduire à ce statut peu enviable. La plupart vivent avec leurs enfants. Et quand le couple se sépare, la garde partagée se vit plutôt bien.  Pourquoi alors certains pères ont-ils grimpé sur les ponts pour crier à l'injustice ? Parce que le père a longtemps été le parent oublié. La justice privilégiait la mère. Ce n'est plus vrai. Aujourd'hui, on a compris qu'un enfant a autant besoin  de son père que de sa mère. »

Isabelle Maréchal : empathie, bonsoir...
J’ignore ce que Mme Maréchal peut bien mettre dans son café, mais j’ai rarement lu point de vue aussi peu en phase avec la réalité de nombreux pères  séparés, l'opinion des féministes radicales mise à part, bien entendu.  Il faudra que la chroniqueuse explique aux groupes de pères militant pour la garde partagée qu’ils perdent leur temps, puisqu’elle se vit si aisément, que la Justice a compris qu’un enfant a autant besoin d’eux que de leur ex, fait qu’ils ignorent probablement encore, et que les magistrats ont cessé de privilégier les mères...   Pas de doute, la société évolue très vite… dans le merveilleux monde de Mme Maréchal.

Ce n’est pas ce genre de négation du réel, ni de pensée magique, qui aideront les pères à exprimer leurs besoins, a défendre leurs droits parentaux, ni à faire en sorte que l’État reconnaisse le trou béant dans l’offre de services aux hommes en détresse.  Heureusement, Lise Bilodeau continue de corriger le tir : « Une femme va décrocher le téléphone et pourra parler à 40 organismes qui lui viendront en aide. Les gars, eux, n’ont aucune espèce d’idées où aller et ils se font revirer de bord un peu partout. Là, ils comprennent qu’ils doivent se débrouiller seuls, finissent par perdre pied et envoient l’enfant à la DPJ. Ensuite, on va dire qu’on savait qu’il n’était pas capable d’être un bon père (...) C’est l’art d’ostraciser les pères, c’est de dire aux hommes qu’on ne les aidera pas, parce qu’ils ne sont pas capables d’élever leur enfant de toute façon. »

Le vrai « nœud du problème »

Ces préjugés misandres, des gens comme Isabelle Maréchal les entretiennent : « C'est là le noeud du problème, écrit-elle. Comment se tenir droit et avancer quand on est sous éduqué, sans job, en peine d'amour, en peine de soi, intoxiqué, carrément dans la rue ? Difficile de se regarder dans la glace le matin, en se rasant, et de se trouver bon. Voilà pourquoi des pères ont décroché. Des pères incompétents, il y en a eu une beurrée. »  Bref, si les pères ont des problèmes, c’est qu’ils ne s’assument pas, si les mères en ont, c’est qu'elles sont victimes de la fatalité : « Si les mères seules ont plus de ressources  que les pères, c'est qu'elles ont encore le plus besoin d'aide financière. Une mère sur deux élève ses enfants dans la pauvreté. Ça fait beaucoup d'enfants pauvres au Québec. Il y aurait là de quoi bloquer des ponts. »

Itinérance : une problématique d'abord masculine.
Bien sûr, on ne peut banaliser la pauvreté des mères monoparentales, majoritaires à élever seules leurs enfants.  Il n’en demeure pas moins que c’est en raison de préjugés similaires à ceux énoncés par la chroniqueuse, qui constituent le premier « nœud du problème », que les hommes sont laissés pour compte.  Mme Maréchal réalise-t-elle qu’il existe davantage d’hommes que de femmes chômeurs et assistés sociaux, que l’itinérance demeure une problématique à 75 % masculine, que les hommes, de plus en plus hypothéqués dès l’enfance par un système scolaire inadéquat, deviennent de moins en moins scolarisés et que leurs chances de trouver un emploi rémunérateur s’en trouvent par conséquent compromises ?  Que ça plaise ou pas de l’admettre, la pauvreté se conjugue de plus en plus au masculin d'abord.

Lise Bilodeau apporte heureusement une perspective réaliste à la situation : « Tout va aux femmes (...) La société ne voit pas avec les yeux du cœur, mais avec les yeux du mot « féminin ». Tout ce qui est femme mérite qu’on aide avec  énormément de sous, mais quand il s’agit des hommes, c’est une valeur rejetée parce qu’ils sont étampés violents (...) Il n’y a pas de justice quand il est question de jeunes papas qui veulent simplement élever leur enfant après un divorce. »

Projet d’un réseau provincial

Conscients qu’il faudra se passer des services de Mme Maréchal pour sensibiliser  l’État, pour ne pas dire, afin de comprendre quelque chose à la réalité des pères, quelles alternatives se présentent-elles à ces fantômes qui n’apparaissent jamais sur l’écran radar du système ?

Raymond Villeneuve, un pionnier.
«On est creux! Affirmait encore au Journal Raymond Villeneuve, directeur du Regroupement de la valorisation de la paternité.  Il n'y a pas de politique véritable pour soutenir les pères en difficulté, ce sont des initiatives de petits groupes qui font des miracles en travaillant à remonte-courant. Il faut reconnaître que le gouvernement est de plus en plus sensible à la question, mais il reste beaucoup de travail à faire. »  Selon lui, à peine 13% des initiatives visant à aider les pères en difficulté viennent du réseau public.

Maison Oxygène, l’un des rares centres d’aide dévolus aux pères en difficulté, souhaite implanter un réseau provincial, après avoir ouvert des maisons à Drummondville et à Baie-Comeau.  Une autre ouvrira ses portes à Sherbrooke tandis qu’une nouvelle pourrait être inaugurée à Québec.  C’est déjà ça, mais bien peu à la fois, en regard de besoins de plus en plus criants.  Il est plus qu'urgent que l’État québécois reconnaisse enfin cette réalité nouvelle des hommes en difficulté et intervienne le plus énergiquement et le plus rapidement possible afin de les soutenir.  Loin des idées reçues et des préjugés.

lundi 12 décembre 2011

Une autre agression fictive : un massacre évité

Dans ma chronique d'hier, je relatais un fait divers à propos d'une psychologue américaine travaillant en milieu carcéral qui avait inventé une histoire de viol afin de convaincre son mari de déménager dans un quartier plus sécuritaire.  Je viens de découvrir, sur le blog d'hommelibre, tenu par le Suisse John Goetelen, une chronique de sa facture sur une histoire d'agression inventée qui aurait pu avoir des conséquences nettement plus tragiques.  Je la partage avec vous :

Cela se passe à Turin. C’est samedi soir. Une marche de protestation défile dans les rues de la ville, quartier Vallette. Les participants protestent contre le viol subi par une adolescente de 16 ans. Elle a raconté avoir été violée par deux gitans en rentrant chez elle. La foule est en colère. Mais pacifique.
TurinRroms.jpgMais à un moment la marche dégénère. Une centaine de personnes se détache, armée d’explosifs, de bâtons et de pierres. Le lynchage collectif est en route. Le tribunal de la rue va rendre sa justice expéditive. La cible: le camps de Rroms de cette banlieue de Turin.

Arrivés sur place c’est le déchaînement. Voitures cassées, baraquements incendiés. Une scène d’émeute se déroule pendant des heures dans ce camp dont les habitants, effarés, ne comprennent rien. On peut imaginer ce qu’il y a de haine, de racisme, de défoulement de la part d’une foule qui s’arroge le droit d’être justicière.

Cela aurait pu aller plus loin sans l’intervention du frère de la «victime»: il n’y a pas eu de viol. L’adolescente a tout inventé.
«Je n'ai pas été forcée à avoir ce rapport sexuel, a avoué la jeune fille de 16 ans lors d'un interrogatoire à la caserne des carabiniers.
Sandra, 16 ans, avait inventé ce viol pour justifier la perte de sa virginité auprès de sa famille, qui lui faisait faire régulièrement des contrôles chez le gynécologue.»

Par miracle il n’y a pas eu de victime. Il aurait pu y avoir des innocents en prison: les supposés violeurs. Ou pire: des morts.

Hier c'était une psychologue de prison californienne qui était mise en accusation 
pour avoir inventé un viol imaginaire. Ici, une ligne de plus s'ajoute à la liste des fausses accusations et des allégations infondées.
Voilà, une fois de plus, pourquoi on ne peut vouloir rendre la justice soi-même. Voilà pourquoi il faut vérifier avant de croire.

dimanche 11 décembre 2011

Agressions fictives : ça marche pas à tout coup…

Laurie Ann Martinez
Si les agressions inventées peuvent ruiner la vie de nombreux hommes, leur première cible, il arrive dans certaines circonstances qu’elles se retournent contre leur auteure.  Comme le précise le psychologue judiciaire Michel St-Yves, des plaignantes inventent souvent des histoires de viol pour des motifs autres que la vengeance, la garde des enfants ou la cupidité.  Elles le font parfois afin de sauver la face, de dissimuler une aventure, devant la peur d’une grossesse non voulue ou d’une ITS, par crainte de réprimandes parentales ou pour des motifs plus banals tel qu’accident ou perte d’un objet précieux.   Laurie Ann Martinez, 36 ans, psychologue au California Department of Corrections and Rehabilitation, vient d’innover avec une raison pour le moins inédite : elle voulait déménager !

Bien que ce ne soit pas la norme, il arrive que, pour donner consistance à leurs mensonges, des fabulatrices se blessent délibérément.  Martinez ne lésina pas sur les moyens : le 10 avril dernier, elle se fendit la lèvre avec une épingle, se frotta les jointures avec du papier sablé, se fit frapper par une amie, Nicole April Snyder, 33 ans, en plein visage avec des gants de boxe achetés pour l’occasion, déchira sa blouse et trempa ses pantalons afin de donner l’impression qu’elle avait été violée et cambriolée au domicile familial, à Sacramento, pendant qu’elle était inconsciente. 

À l’arrivée des policiers, la fausse victime se mit à pleurer de façon hystérique.  Elle prétendit alors avoir découvert un intrus dans sa cuisine, avoir tenté de fuir avant que son agresseur supposé ne l’agrippe et ne la frappe au visage.  Elle devait se réveiller, découvrant ses pantalons et sous-vêtements baissés jusqu’aux chevilles.  Afin d’accentuer le réalisme de son scénario, sa complice garda à son domicile deux ordinateurs portables, une console Xbox, une caméra et plusieurs cartes de crédit, le tout, bien sûr, soi-disant dérobé.  Des enquêteurs devaient consacrer des centaines d’heures à cette affaire, bien inutilement.

Quelques mots de trop…

L'employeur de Martinez se serait
sans doute passé de pareille publicité...
Le plan si élaboré tomba dans le lac au moment où un collègue de la menteuse communiqua aux autorités que Martinez s’était vantée au travail d’avoir simulé un crime à domicile en vue de convaincre un mari récalcitrant de déménager dans un quartier plus sécuritaire, cinq kilomètres au nord du Capitole de l’État.  «  Si tout ce que vous vouliez était de déménager, vous auriez pu recourir à d’autres moyens que de mettre en scène un cambriolage et un viol », devait déclarer à l’intimée le sergent Andrew Pettit, de la police de Sacramento, avant d’ajouter, non sans à-propos : « Hurler au loup n’aide en rien les véritables victimes. »

Bien que son permis d’exercer soit toujours valide, Martinez, de retour au travail dès le début de l’enquête en mai, n’avait pas côtoyé de détenus, selon son employeur, ce qui n’a rien de surprenant puisque son travail consistait à superviser les travailleurs de la santé en contact avec ces derniers. 

Le déménagement pourrait bien avoir lieu…

Ann Martinez, désireuse d’une vie plus facile, a peut-être bien perdu sur toute la ligne.  Six semaines après la fausse agression, une procédure de divorce a été entreprise.  Finalement arrêtée ce 5 décembre pour complot, l’ex-psychologue a été libérée moyennant une caution de 50 000 $.  Un mandat d’arrestation a été émis contre sa complice, Snyder, accusée du même chef.  Selon Shelly Orio, porte-parole du district attorney, les deux femmes pourraient encourir une peine d’emprisonnement de trois ans chacune si elles étaient reconnues coupables. 

Imaginez-vous pareille sévérité au Québec ?
Une question : pensez-vous qu’au Québec, deux femmes dans la même posture feraient face aux mêmes conséquences ?  Moi non plus, et je ne suis pas loin de penser que le mari, par la cruauté qu’on lui présumerait pour avoir refusé le déménagement, se verrait stigmatisé.  Et comment lui pardonner un divorce au moment même où son ex aurait tant besoin de réconfort dans cette épreuve majeure ?  Mais je suis peut-être cynique…

Un point positif dans toute la grisaille qui afflige Martinez : elle pourrait enfin finir par déménager dans un lieu plus sécuritaire, toutes dépenses incluses, réalisant par le fait même un rêve cher à nos féministes radicales : une percée significative au sein d’un milieu non traditionnel et ce, dans une dépendance étatique absolue.  

vendredi 9 décembre 2011

Claude Bilodeau : la vie après de fausses accusations

Claude Bilodeau et son avocat, Michel Barrette.
Tout comme l’égalité de droits n’a pas suivi la fin de l’esclavage pour les Afro-américains sous la présidence d’Abraham Lincoln, la vie d’un homme ne redevient pas normale après un acquittement à la suite de fausses allégations d’agression sexuelle.  Après les Michel Dumont, Frernand Halde, Harold Bouchard, Henri Fournier et combien d’autres dans le même cas, Claude Bilodeau vient de rejoindre le club peu enviable de ceux qui devront tant bien que mal passer à autre chose, à défaut de refaire leur vie, après avoir vécu le traumatisme majeur de voir leur réputation traînée dans le boue publiquement.   Bien que pareille agression – car de fausses accusations en sont une - ne soit pas physique, à l’instar d’un viol, la violence exercée par la personne accusatrice et ressentie par la vraie victime reste comparable et peut laisser des séquelles permanentes.  En fait, passer à autre chose en pareil cas, est-ce seulement possible ?

Le « monstre » de Saint-Éloi

Comme le veut la formule tristement consacrée, la vie de Claude Bilodeau, 46 ans, a basculé le 29 janvier dernier alors qu’une femme de 28 ans, rencontrée par le biais du réseau de rencontres Lavalife, l’a accusé d’une agression sexuelle pour le moins sordide.   Selon les dires de la fabulatrice, Bilodeau l’avait agressée au motel Lido, à St-Léonard, après l’avoir attachée et enrobée d’une pellicule de cellophane, y perçant des orifices vis à vis la bouche et les organes génitaux en vue d’assouvir ses présumés bas instincts.  Retenue ensuite contre son gré dans le camion de l’accusé, elle s’en était extraite, affirmait-elle, malgré une vitesse de 80 km/h sur l’autoroute 40, puis avait appelé une amie, au carrefour Langelier, avant d’être menée à la police. 

Heureusement, le carrefour Langelier
est doté de caméras...
L’évidence devait mettre en pièce de telles affirmations, au lendemain seulement de la première journée du procès.  Interrogée de façon extrêmement serrée par Me Michel Barrette, l’avocat de la défense, la menteuse devait admettre qu’elle s’était rendue en compagnie de Bilodeau dans une boutique érotique avant de gagner le motel Lido. Barrette devait présenter des images captées par les caméras de surveillance du carrefour Langelier montrant le tandem se rendant au cinéma.  L’accusé en ressortait seul vers 22 heures et son accusatrice, une vingtaine de minutes plus tard.  Or, l’agression présumée avait soi-disant été commise bien avant 22 heures…

Comment l’hypothèse d’un viol pouvait-il rester envisageable dans de telles circonstances ?  « Ces faits n’ont jamais été portés à l’attention de la poursuivante ou des enquêteurs », devait affirmer la procureure, avant de renoncer à poursuivre.  Comment expliquer que des preuves aussi faciles à recueillir l’aient été par des enquêteurs privés mandatés par la défense et non par les policiers chargés de l’enquête ?  Il était pourtant si simple de vérifier une caméra en tenant compte de la version de l’accusé.  Ce dernier a-t-il manqué de clarté, ou les policiers du Service de police de la Ville de Montréal (SPVM) ont-ils péché par manque de jugement, ou d’éthique ?

La rançon de l’incompétence

Claude Bilodeau répondrait certainement par l’affirmative à la deuxième hypothèse puisqu’il vient d’intenter une poursuite de 1,2 M $ contre le SPVM, alléguant qu’il en tient deux enquêteurs responsables de sa détention préventive de trois mois et d’une enquête vraisemblablement bâclée.  Le constat de la procureure Rivard tend à lui donner raison.  De santé précaire, le pauvre homme a dû se voir hospitalisé pendant son incarcération, en plus de faire face aux menaces de violence de détenus et de savoir son nom souillé par des journalistes sans scrupules encourageant par leur parti pris contre lui la vindicte populaire la plus consternante.

Une erreur judiciaire facilement évitable : un douteux exploit à l'actif du SPVM...
Ce n’est pas la première fois que l’incompétence policière est mise en cause dans des cas de fausses allégations, ce qui démontre que les enquêteurs ont davantage à cœur d’investiguer à charge, soit contre l’accusé, qu’à décharge, donc en sa faveur. Comment expliquer autrement que le SPVM soit même allé jusqu’à lancer un avis public invitant de  nouvelles « victimes » potentielles à se manifester ?  Aucun progrès donc, depuis le cas célèbre de Michel Dumont, condamné malgré un alibi en béton corroboré par six hommes.  Apparemment la parole d’autant de représentants de la gent masculine ne suffisait pas devant celle d’une seule accusatrice. 

Un article paru dans L’Actualité du 15 décembre démontre qu’une sentence odieuse a été imposée à Claude Bilodeau, un homme innocent, malgré son acquittement.  L’homme vit terré dans sa maison, à Saint-Éloi, petit village de 300 âmes, isolé de sa famille et de ses voisins. Sa coiffeuse ne veut plus de lui comme client et son dentiste le reçoit en dehors de ses heures d’affaires pour que ses patients ne le voient pas.  Entré récemment dans un bar, il s’est vu aussitôt indiquer la sortie.  Plusieurs villageois croient malgré l’évidence des faits que l’homme a été libéré uniquement grâce à l’habileté de son avocat. 

Bilodeau revendait jadis des palettes de bois recyclées, mais les entreprises avec lesquelles il traitait ne veulent plus avoir affaire à lui.  Il avait déjà perdu son emploi d’ébéniste au lendemain de son arrestation, après 19 ans de services, et son ancien patron refuse toujours de le réengager.  Alors qu’il vient de compléter une formation intensive de quatre mois en charpenterie menuiserie, personne ne veut l'embaucher.  Or, en raison d’une mère malade, il ne peut quitter son patelin en vue de refaire sa vie ailleurs.  

Qui est une « vraie victime » ?

Saint-Éloi : qui pourrait croire à pareil
drame humain dans un si charmant village ?
Le sénateur Pierre-Hugues Boisvenu, qui affirme que les droits des criminels sont mieux respectés que ceux de leurs victimes, aurait matière à défendre cette position dans le contexte si pernicieux des fausses accusations.  Dommage que le projet de loi C-10 des conservateurs sur la Justice criminelle ne contienne aucune disposition à ce sujet.  La vie privée de la menteuse a été mieux protégée que celle de sa victime : on ne peut connaître son identité, alors que Bilodeau a vu la sienne salie au cœur même d’une violente tempête médiatique où il s’en vu affublé, dans un virulent accès de journalisme jaune et avant même la tenue de son procès, des surnoms dégradants de « violeur au cellophane » et de « monstre de Saint-Éloi ». 

La procureure de la Couronne, Amélie Rivard, avait affirmé ne pas exclure la possibilité de porter des accusations de méfait public contre la fumiste, puisqu’elle avait provoqué la tenue d’une enquête sur la base de mensonges.  Vœux pieux que tout ça, et la magistrate le sait sûrement.  Gageons plutôt que l’agresseure ne sera nullement inquiétée, comme la vaste majorité des accusatrices mensongères qui, au Québec comme dans tout pays affligé d’un féminisme d’État fort, de corps policiers partiaux et d’un système judiciaire inquisitorial, bénéficient d’une immunité diplomatique presque automatique en pareil cas.  Paraît que c’est pour protéger les vraies victimes.  Comme si Bilodeau n’en était pas une…

« En 20 ans de carrière, je n’ai jamais vu une manifestation aussi évidente de l’influence des médias dans une vie » confiait par ailleurs à L’Actualité Michel Barrette, l’avocat de l’homme démoli.  Les médias, semble-t-il, restent imperméables à l’expérience, froidement insensibles devant le résultat consternant de leur action dictée par une recherche maladive de sensations fortes, prêts à recommencer les mêmes erreurs, à reproduire les mêmes égarements, les mêmes jugements gratuits, sitôt l’une de leurs victimes lynchées publiquement innocentée, en page 24 ou 32, après avoir été crucifiée en première page ou en page trois. 

Claude Bilodeau, tel que démonisé par les médias,
au lendemain de son arrestation.
On peut certes rêver et souhaiter à Claude Bilodeau de gagner sa cause contre le SPVM.  Une telle victoire ouvrirait cependant une brèche par laquelle d’autres victimes pourraient s’engouffrer et l’on voit mal comment notre Justice pourrait encourager pareille remise en cause de ses paramètres misandres.  Dans cette perspective, l’injustice subie par Bilodeau ne devrait pas ne servir qu’à questionner un corps policier en particulier.  À la lumière d’un – autre - procès si facilement évitable et de ses lourdes conséquences, c’est la misandrie généralisée de nos institutions qui doit être dénoncée haut et fort, tandis que les instances même qui devraient la prévenir, policiers comme magistrats, et celles qui devraient la clouer au pilori, en l’occurrence les médias, s’en font au contraire les complices.  À quand, l’heure du réveil ? 

mardi 6 décembre 2011

Non, la misandrie n’est pas une maladie infectieuse du colon…

Un essai-phare sur une problématique
aussi envahissante que méconnue.
…À moins d’attribuer au mot « colon » le sens péjoratif québécois d’étroit d'esprit, et d’en conserver la forme tant féminine que masculine, sans toutefois négliger une connotation allusive au féminisme radical.  La misandrie, en bref, la haine ou le mépris envers la gent masculine, ne doit donc pas se voir confondue avec la dysenterie, qui correspond à la définition contenue dans le titre de cette chronique.  Mais combien connaissent le sens, comme l’existence d’ailleurs, de ce mot lugubre et peu usité ? La misandrie représente-t-elle un phénomène nouveau, résultant de la remise en question du rôle des hommes, perçus et dénoncés depuis près d’un demi-siècle comme des oppresseurs génétiquement programmés à perpétuer l’asservissement de la gent féminine, naturellement encline au bien et au dévouement envers son prochain ?

Dans son essai-phare sur la question, intitulé en toute simplicité La misandrie, Patrick Guillot explore, de façon très documentée et dans un langage précis et circonspect, l’évolution de cette déviance à travers les siècles, les courants de pensée qui en sont résultés et ses principaux porte-parole.  Guillot possède à fond son sujet puisqu’il étudie depuis une quinzaine d’années « les stéréotypes et les identités de genre, de même que les différentes formes de sexisme ».  Il est également l’auteur de Quand les hommes parlent (2002), La cause des hommes (2005) en plus d’avoir créé le site portant le même titre.

Dès les premiers chapitres du livre, le lecteur ne tarde pas à découvrir que la misandrie, qui peut être ressentie ou professée autant par des hommes que par des femmes, s’étend bien au-delà d’une simple affaire de sentiments négatifs, ou d’aversion obsessive : il s’agit également d’un amalgame hétéroclite de théories où l’idéologie la plus subjective tient lieu de science, qui entend démontrer l’infériorité globale des hommes et la suprématie déterminante, à défaut d’être victorieuse, des femmes.  « Dans nos sociétés, explique l’auteur, la culture misandre est assez forte pour influer négativement sur les rapports entre les sexes, la condition paternelle, les lois, le fonctionnement de la Justice, les conceptions de la lutte contre les violences ou de l’éducation. »

Misandrie : un concept… moyenâgeux ?

L'auteur, Patrick Guillot.
Les premières manifestations de la misandrie remontent aussi loin qu’au Moyen-âge, en France notamment, et prennent dès lors un tour théologique, présentant les femmes comme la personnification divine de l’excellence sur terre tandis que l’homme, on s’en doute, incarnera ce que l’être humain recèle de plus vil.  Un certain Agrippa, philosophe, médecin et alchimiste, interprètera le Nouveau Testament selon ce douteux éclairage : « Par qui le Christ est-il trahi, vendu, acheté, accusé, condamné, martyrisé, crucifié, mis à mort ?  Par des hommes, uniquement par des hommes. (…) Mais qui l’accompagne lors de la mise en croix ?  Qui lui fait cortège auprès du sépulcre ?  Des femmes. »

Oubliant que Jésus était un homme, d’autres idéologues iront jusqu’à accorder aux femmes un statut messianique, opposé à une culture présentée comme exclusivement destructrice, celle des hommes.  Les femmes se verront associées à une pléthore d’actions d’éclat tandis que les hommes ne seront rendus responsables que d’actes ignobles devant « l’histoire ».  On attribuera même aux femmes les progrès artistiques et scientifiques du temps, malgré l’évidence de l’apport masculin, et jusqu’à une courage guerrier supérieur.  La beauté du corps féminin sera présentée comme le reflet d’une âme supérieure.  Cette tendance manichéenne, regroupant une profusion de textes d’auteurs, féminins comme masculins, la plupart inconnus du grand public, traversera les siècles.  Guillot en identifie plusieurs courants.

L’une de ces idéologues, Céline Renooz, considérée par l’auteur comme misandre matriarcale, à l’instar d’Anne Léal et Françoise d’Eaubonne, ira jusqu’à créer au 19e siècle le néologisme de « néosophie », désignant, selon elle, la science primitive, féminine, détruite par la fausse science, celle des hommes.  Cette approche s’inscrit, on s’en doute, dans une perspective morale ou moralisatrice : « Quand c’est la femme qui domine et fixe la loi morale, cette loi est empreinte d’une haute justice, d’une suprême élévation d’idées, elle est dégagée de tout intérêt personnel. »  Quant à l’homme, il « ne vient pas du singe, il y va. »  Que dire de plus…

Solanas : un visage vaut mille mots...
Il serait difficile de traiter de misandrie sans évoquer le cas si particulier de Valérie Solanas, auteure du Scum Manifesto, diatribe incendiaire qui demeure, précise Guillot, le texte misandre « le plus édité, le plus référé, le plus connu au monde. »  En voici sans doute l’un des passages les plus cités : « Le mâle est un accident biologique : le gène Y (mâle) n’est qu’un gêne incomplet, une série incomplète de chromosomes.  En d’autres termes, l’homme est une femme manquée, une fausse couche ambulante, un avorton congénital. »  Solanas se démarque par un discours fortement guerrier mais marginal : la mise en esclavage ou l’élimination pure et simple des hommes y est clairement revendiquée.

L’âge d’or de la misandrie victimaire

Sous la plume de Guillot, d’autant plus redoutable qu’elle demeure sobre et pondérée, un portrait sans complaisance de la misandrie dominante actuelle, celle que nous connaissons depuis plus de quarante ans, nous est brossé.  Ses paramètres demeurent aussi évidents, pour ceux qui étudient le phénomène, que tenus sous silence, au plan médiatique.  

En premier lieu, l’humanité, séparée en deux clans, soit les hommes oppresseurs, et les femmes, inévitablement leurs victimes privilégiées, se trouvent étroitement liés en une lutte incessante.  Un tel contexte rend impérative la nécessaire protection des femmes, êtres aussi humanistes que vulnérables, par les institutions et ce, en fonction de valeurs dites « féminines » de compassion, de dévouement, d’écoute, de don de soi, tout à fait étrangères au monde des hommes, encore et toujours tournés quant à eux vers la violence, le vice, le pouvoir autocrate et donc la volonté d’écraser.

Cette tendance naturelle à nuire fait des hommes de piètres parents, selon cette idéologie hostile, d’autant plus qu’ils n’aiment pas leurs enfants et que leur rôle de géniteur, pour déterminant qu’il soit, reste modeste en efforts une fois comparé à la grossesse de leur partenaire.  Ajoutez à cela qu’ils demeurent bien évidemment de piètres éducateurs, et vous comprendrez pourquoi il est « légitime » d’exclure les pères de la sphère familiale, ce à quoi les systèmes judiciaires occidentaux s’emploient avec une délétère efficacité. 

Misandrie : le père, nécessairement incompétent.
Aussi, pourquoi miser sur l’avenir d’êtres aussi douteux ?  L’école doit prioriser les filles et tout discours dénonçant la responsabilité de l’État dans le décrochage masculin devient suspect.  Au Québec, le Conseil du statut de la femme invoque justement la négligence des pères et les stéréotypes sexistes (sic !) comme raisons de la contre-performance des garçons.  

Complot patriarcal et violence faite aux femmes

La théorie du complot patriarcal connaît son apothéose au point où l’État intervient à hue et à dia afin d’instaurer une parité cosmétique dans toutes les sphères d’activités, à l’avantage exclusif des femmes, bien sûr.  Guillot dénonce ce mythe voulant que les hommes ne cessent de comploter contre les femmes, leur imposant leur « domination masculine », la « double journée » au travail et au foyer et le « plafond de verre », qui leur bloque inexorablement l’accès aux postes d’importance. 

Est-il besoin de rappeler que, dans cette perspective déjantée, la violence, unidirectionnelle, n’est exercée naturellement que par les hommes contre les femmes.  Tout postulat établissant une présumée violence de la part des femmes envers les hommes relève de l’hérésie antiféministe. 

En conclusion…

Selon Patrick Guillot, il ne faut jamais oublier que le sexisme vise autant les femmes que les hommes, la misandrie n’étant que la variante qui touche ces derniers.  Il demeure cependant patent que le sexisme occidental a fait désormais de l’homme sa victime de prédilection même si les deux sexes, finalement, ont beaucoup à perdre d’un tel état de fait.  Dans cette perspective, c’est à l’auteur lui-même que je laisserai le mot de la fin :

La faible femme : une arme à double tranchant...
« Finalement, misogynie et misandrie victimaire se retrouvent en parfait accord au moins sur une idée, celle de la présumée faiblesse féminine.  Une seule, mais, pour l’une comme pour l’autre, d’une grande efficacité.  Le mythe de la « faible femme » permet aux misogynes de prôner la mise à l’écart des femmes de la vie publique.  Et il permet aux misandres de leur assigner la place de la victime dans leur relation aux hommes, représentants présumés de la force.

« Ainsi apparaît l’artificialité des clivages communément admis.  Les deux sexismes ne sont pas dans une relation d’antagonisme absolu.  Au contraire, ils associent de manière implicite la même détestation des deux genres, autrement dit de l’humanité.  Le véritable clivage est entre sexistes et antisexistes authentiques.  Et les vrais antisexistes sont ceux qui dénoncent les deux sexismes, indifféremment. »

Il est possible de commander La misandrie, de Patrick Guillot, en cliquant ici.