samedi 25 février 2012

Itinérance : une problématique masculine avant tout !

L'itinérance frappe d'abord et surtout les hommes.
Avez-vous remarqué à quel point, quand on pense, à tort ou à raison, que les femmes constituent les principales victimes de quelque fléau, on s’empresse de sexualiser le débat, de développer hypothèses et théories sous l’angle de la sacro-sainte condition féminine, de sortir nos mouchoirs plus vite que Lucky Luke dégaine son colt ?  A contrario, abordez les thèmes des enfants soldats, des combattants traumatisés mentalement, hypothéqués physiquement, ou morts au combat, documentez-vous sur le sort des travailleurs de métiers à risque ou, plus près de nous, de notre quotidien même, informez-vous sur le drame de l’itinérance.  Vous ne tarderez pas à constater que la connotation sexuée, qui devrait faire état d’une nette majorité masculine affectée par toutes ces problématiques, disparaît subito presto. 

En fait, la dernière fois que j’ai lu un article sur l’itinérance selon le sexe, il révélait que de plus en plus de femmes se retrouvaient à la rue.  Or, les hommes sont six fois plus nombreux que les femmes et les jeunes réunis (et n’oublions pas ces jeunes incluent le sexe masculin), mais il faudrait davantage s’en faire pour la gent féminine que masculine.  L’itinérance demeure sans doute l’un des nombreux privilèges masculins de notre société soi-disant patriarcale.

Comme dans le cas de toute problématique masculine, les statistiques exactes et les études récentes sur l’itinérance envisagée comme un phénomène touchant une majorité d’hommes restent rares.  Quelques-unes permettent cependant de se faire une idée de l’étendue du fléau.  Selon le Canadian Council on Social Development, on dénombrait 250 000 itinérants au Canada en 1996.  Quatre-vingt-cinq pour cent d’entre eux regroupait des hommes.  Ce chiffre se voyait confirmé par l’Institut de la statistique du Québec, dans une enquête couvrant l’année 1998-99, avec des pourcentages variant de 83,5 à 89,1 %.  Une étude de l’UQÀM, institution dont le moins qu’on puisse dire est qu’elle ne fait pas de la condition masculine une priorité, stipulait dès 1991 que 94,7 % des itinérants vivant au centre-ville de Montréal étaient des hommes. 

Christine St-Pierre, une ministre à la condition
féminine aussi incompétente que biaisée.
Gageons que, à la suite de la commission gouvernementale de consultation factice sur l’égalité homme femme, tenue l’an dernier, et de la mise au point du concept d’analyse différenciée selon le sexe prônée dans le plus récent plan d’action gouvernemental mis de l’avant par le ministère de la Condition féminine, on n’entendra plus désormais parler d’itinérance qu’au féminin.  Depuis belle lurette, cette problématique est traitée dans les médias en évitant soigneusement son aspect sexué, quand il s’agit des hommes, bien sûr.

Des contraventions aux itinérants !

Voilà sans doute pourquoi on continue à traiter nos itinérants comme des parias, des nuisances que l’on doit chasser de nos paliers, de nos parcs, même de nos trottoirs.  Leur spectacle flétri et nauséabond risquant de nous donner mauvaise conscience sur le sort que nous réservons aux plus démunis, nous préférons perpétuer leur exclusion, jusqu’à ce que certains commettent l’irréparable, suicide ou agression sur des policiers qui les délivreront de leur triste sort d’une ou de plusieurs balles dans le corps.  Ce genre d’agression de la part d’hommes en fin de parcours, à bout de ressources, n’est-ce pas une autre façon pour eux de mettre fin à leurs jours ?

Une enquête récente, intitulée La judiciarisation des personnes en situation d’itinérance à Montréal, nous apprenait, qu’au nombre des moyens coercitifs ayant pour but de chasser les itinérants de notre vue, les contraventions avaient la cote.  Oui, vous avez bien lu.  Les itinérants n’éprouvent sans doute pas assez de difficultés à survivre au froid, à la malnutrition, à la faiblesse généralisée qui en résulte, à l’insalubrité de leur condition, au mépris des gens « honnêtes », à la maladie mentale qui devient trop souvent leur lot.  Il faut aussi les hypothéquer financièrement, eux qui sont sans le sou. C’est dans notre belle province, le Québec, si spontanément tournée vers l’humain, n’est-ce pas, que de telles pratiques ont droit de cité.

Non seulement notre gouvernement n’investit-il presque rien afin de venir en aide aux itinérants, mais il juge adéquat de leur extorquer de l’argent sous forme de contraventions.  Voilà sans doute la recette pour les ramener à de bonnes habitudes de vie.  Toujours selon la même enquête, la judiciarisation, car c’est bien de cela dont on parle, représente 16 M $ en contraventions impayées depuis 1994 et 31 000 constats entre 2006 et 2010.  La répartition des infractions se ventile comme suit : 32 % pour ébriété publique, 30 % pour consommation d’alcool, 33 % pour passages impayés.

Des agents du SPVM,
dans l'exercice de leurs fonctions.
Richard Godfroy, 36 ans, un ex-itinérant qui ne possède son propre appartement que depuis un an et demi, voit ses chances de vivre une vie normale assombries par un montant de 55 000 $ en contraventions impayées accumulées en neuf ans de vie dans les rues.  Son cas, relaté dans Le Journal de Montréal, n’est pas unique, on s’en doute.  Une intervenante sociale a relaté au même média celui d’un homme qui devait jusqu’à 90 000 $. 

La trop grande nonchalance avec laquelle les policiers distribuent des constats d’infraction ferait partie du problème, selon Pierre Gaudreau, coordonnateur au Réseau d’aide aux personnes seules et itinérantes de Montréal, qui ajoute que la Ville de Montréal, également, est à blâmer.  Pourtant, le maire Tremblay, apprenant les conclusions de l’enquête, n’hésitait pas à déplorer de son côté le recours à un tel moyen de coercition, s'en prenant à Québec pour le manque de ressources préventives.  Son point de vue rejoint cependant celui de Gaudreau, pour qui l’embauche de travailleurs sociaux dévolus aux itinérants, la construction de logements sociaux et l’application d’une politique existante, mais négligée, sur l’itinérance demeurent les pistes à privilégier. 

Pire que les constats d’infraction…

C’est le même Pierre Gaudreau qui déplorait déjà en janvier dernier le manque de ressources pour les sans-abris alors que l’un d’eux, Farshad Mohammadi, venait de tomber sous les balles d’un agent du Service de police de Montréal (SPVM).  L’homme de 34 ans, connu depuis deux ans des refuges de la ville, s’en était pris à un policier à l’arme blanche, le blessant à la tête et au thorax.  Atteint à son tour grièvement par les balles d’un autre policier, l’homme devait succomber à ses blessures.  En juin dernier, un cas similaire, celui de Mario Hamel, avait mené à la même tragique conclusion, avec en prime la mort d’un passant, Patrick Limoges, abattu lui aussi par les projectiles de policiers. 

Le plan interministériel en itinérance 2010-2013 n’a de toute évidence pas donné les résultats escomptés.  L’itinérance connaît un essor sans précédent, et ses problématiques se complexifient, sans compter un réel accroissement du nombre d’itinérantes, toujours très minoritaires, cependant.  La désinstitutionalisation, mesure gouvernementale dont l’échec se perpétue aussi bien dans la rue que dans les hôpitaux, malgré tout un moindre mal, est de plus en plus pointée du doigt comme l’une des causes de cette problématique, non sans raison. 

Pierre Gaudreau
Pierre Gaudreau reconnaissait dans Le Devoir certains progrès accomplis par le SPVM dans la mise sur pied d’une équipe mixte composée de policiers et de travailleurs sociaux du CLSC des Faubourgs.  Une meilleure formation dispensée aux agents en ce qui a trait aux enjeux liés à l’itinérance et à la maladie mentale ainsi qu’un accroissement du rayon d’intervention à l’île de Montréal de la part de l’équipe Urgence psychosociale-Justice, du CSS Jeanne-Mance, représentent également, selon lui, des pas dans la bonne direction.

Les dangers de l’analyse différenciée…

La relative nouveauté d’une « clientèle » féminine pourrait avoir un impact pernicieux sur le développement des ressources consacrées à l’itinérance.  D’emblée, on pourrait bien concevoir que le peu « d’avantages » consentis aux hommes, notamment les refuges, plus nombreux, constituent des « luxes » dont leurs consoeurs ne disposent pas.  Il y a fort à parier que l’avenir des ressources en itinérance privilégie les femmes, comme les politiques de discrimination positive en Éducation, celles régissant l’embauche dans la fonction publique et les conseils d’administration des sociétés d’État, le droit familial ainsi que la prestation des soins de santé et des services sociaux, onze fois plus financés pour les femmes que les hommes. 

L'itinérance préoccupe notre premier ministre,
d'après vous ?
Seule la multiplication malheureuse d’incidents tragiques impliquant des hommes, par leur impact médiatique sur le public, davantage que sur la conscience des décideurs, pourra infléchir cette tendance probable.  Faudra-t-il que notre gouvernement attende passivement d’autres morts évitables avant de comprendre ce qu’il sait déjà ?

samedi 18 février 2012

Féminisation occidentale : un concept relatif

Université de Rennes, France
En novembre dernier, Romain Carnac, doctorant contractuel de l’École pratique des hautes études à l’université de Rennes, France, m’a envoyé une série de questions en lien avec le thème de ses études, soit La critique de la modernité démocratique dans les réactions religieuses et séculières au féminisme du genre.  Grosso modo, le chercheur tente de cerner les motivations du mouvement d’opposition aux études de genres mises de l’avant par le discours féministe dominant.  Rappelons que ces théories prétendent faire la preuve « scientifique » que les différences entre les sexes résultent de l’influence du milieu et non de la nature intrinsèque des hommes et des femmes.

Le rejet de tels postulats le frappe non seulement par son importance, mais aussi par sa très grande hétérogénéité, que ce refus s’exprime dans une optique religieuse ou profane. Dans cette dernière perspective, Carnac étudie les propos des défenseurs de la condition masculine et même, de féministes « différentialistes », qui considèrent la reconnaissance de la différence entre les hommes et les femmes comme une condition de notre devenir social.

Bien que mes convictions personnelles soient aux antipodes de celles de M Carnac sur ce qu'il appelle lui-même le masculinisme, pareille thématique ne pouvait me laisser indifférent.  J’ai donc envisagé de répondre à certaines parmi les nombreuses questions qui m’étaient adresséess. L’une d’elles m’interpellant davantage, j’ai eu le sentiment qu’en y répondant exclusvement, je ferais de même pour plusieurs autres, fût-ce imparfaitement.  La voici : « Considérez-vous que la société s’est « féminisée » au cours des dernières décennies ? »  Ma réponse constituera le sujet de cette chronique.

Eh bien, oui… et non. 

Je considère le phénomène de la féminisation de notre société comme très relatif, tout comme les concepts de patriarcat ou de matriarcat.  Le patriarcat a été outrageusement défini selon l’optique d’une maladie planétaire écrasant sans merci femmes et jeunes filles, alors qu’il ne s’applique spécifiquement qu’à certaines sociétés.  Nul doute que l’Arabie saoudite, l’Iran, l’Irak ou l’Afghanistan soient des sociétés patriarcales, à l’image de l’Islam politique qui les conditionne.  Il serait cependant ridicule d’envisager le Québec, la Suède, la France et la plupart des sociétés occidentales dans cette perspective, d’où l’importance de nuancer un discours devenu caricatural et de moins en moins crédible et accepté.

Téhéran, Québec :
même combat, vraiment ?
Au lieu de féminisation, je parlerais plutôt d’un décloisonnement des genres, tel que définis par notre culture, au cours duquel certaines valeurs dites féminines se sont démocratisées plus ou moins harmonieusement aux hommes, faisant en partie migrer le rôle parental de ces derniers, traditionnellement celui du pourvoyeur, vers celui du père interactif essentiel, par la nature même de son sexe (et non de son genre), au développement de sa progéniture.  Or, cet engagement paternel a jusqu’ici été défini sous l’angle d’une obligation parentale, et non d’un désir du père, sans pour autant que les droits légaux des hommes devant y correspondre soient reconnus et encore moins consentis. 

Bref, la féminisation du rôle paternel a transformé l’homme en meuble que l’on déplace, selon les besoins légitimes ou non de la mère, plus que de l’enfant.  De parent participant à l’évolution de sa progéniture, s’il trouve grâce aux yeux de sa conjointe, le père peut se voir rétrogradé au statut de parent strictement pourvoyeur, si la mère juge adéquat, souvent pour des raisons qui n’ont rien à voir avec le bien-être de l’enfant, de l’exclure.  En pareil cas, il découvrira à ses dépens que le droit familial penche très nettement en faveur des femmes, réalité qui n’est sans doute pas étrangère au fait que de 65 à 80 % des séparations soient demandées par elles.  Dans pareille perspective, même quand tout va bien à la maison, le père devient sans s’en douter un locataire potentiellement éjectable en tout temps de la cellule familiale.

L’homme demeure tout aussi fonctionnel et adaptable, un peu comme une étagère amovible dans un sous-sol, quand vient le temps d’envisager si oui ou non sa conjointe décidera d’avoir un enfant ou d’avorter.  Encore là, il devra s’incliner selon la volonté de sa partenaire de vie.  S’il désire avoir un enfant, mais que sa conjointe ne partage pas ce projet, il devra se résoudre à la voir refuser ou avorter.  S’il ne désire pas d’enfant, et que sa conjointe en veut, il se verra imposer la paternité.  S’il cherche à se dérober à son rôle parental, on le traitera d’irresponsable.  Si par contre sa conjointe renonce à devenir mère, elle aura pris sa vie en main.  Simple comme bonjour… ou au revoir.

Le père, parent amovible.
Les responsabilités de l’homme envers la relation de couple, au soleil de la féminisation comme du féminisme, ne sont pas les mêmes que celles de madame : l’homme qui quitte sa femme le fait par immaturité et refus de s’engager ou de grandir : il souffre du complexe de Peter Pan.  La femme qui quitte son conjoint se libère d’un poids mort, d’un obstacle à son développement, voire d’un danger, physique, pourquoi pas sexuel, pour elle et ses enfants.   L’apport de l’homme au couple reste obligatoire, celui de la femme, conditionnel.  Ne dit-on pas que ce que femme veut, Dieu le veut ?

Super Woman

Il serait faux de prétendre que le décloisonnement des genres s’est limité à la féminisation des hommes.  Il suffit d’entendre l’expression Super Woman pour réaliser à quel point de nombreuses femmes ont fini par intégrer des patterns traditionnellement définis comme masculins, au nom même d’un féminisme qui n’hésite pourtant pas à les dénoncer quand ils sont intégrés par des hommes.  On s’étonnera, après ça, que les femmes fassent trois fois plus de dépressions que ces derniers.

Loin d’avoir réussi à inculquer à la gent féminine des aptitudes de vivre ensemble avec le sexe opposé, puisque elles-mêmes en sont incapables, les féministes dominantes n’auront réussi qu’à la mettre en compétition avec ses partenaires.  La compétition, n’est-ce pas là une tare honnie par le féminisme radical ?  Au nom de son émancipation selon les diktats de ce mouvement, la femme devra développer les valeurs dites masculines de travail, de ténacité, d’ambition, d’opportunisme et de soif de pouvoir. 

Ce type de femme, parfois même « macha », se voit très valorisé par les médias, particulièrement les séries policières, où les femmes détectives occupent de plus en plus l’avant-scène, qu’il s’agisse des Law and Order : crimes sexuels, CSI, Cold Case et autres Portés disparus.  Elles y sont souvent présentées comme des alter ego de leurs collègues, quand elles ne manifestent pas régulièrement une longueur d’avance sur eux.  Elles semblent, en contrepartie, aussi peu avancées, sur le plan affectif ou sentimental, que les Steve McGarrett, John Drake et autres Simon Templar des années 60 et 70.  Tout homme qui, par mégarde, croise le faisceau peu engageant de leur sexualité frigorifique, se retrouve aussi bien agencé que le Titanic avec son iceberg.  

Insoutenable, cette quête de perfection...
Dans une autre optique, la série Sex in the City a également fait école en présentant des femmes aussi machas et immatures dans leurs rapports amoureux que ce que de nombreuses femmes n'ont cessé de reprocher aux hommes.  Nul doute que la masculinisation de la femme occidentale, tant au plan professionnel qu’affectif ou sexuel, est devenue une « valeur » aussi à la page que la féminisation de l’homme.  Dans un cas comme dans l’autre, le bonheur et la réalisation de soi sont-ils au rendez-vous ?

Angela ou Lennon ?

On regarde souvent, non sans raison, les années 60 comme le berceau du féminisme contemporain.  A-t-on pour autant raison de voir dans ce féminisme même la seule cause de l’émergence d’une présumée féminisation de l’Occident ?  Rien n’est moins sûr.  La culture populaire, avec l’explosion sans précédent du rock, de la British Invasion, des changements tant vestimentaires que capillaires qu’elle impliquait, la promotion des drogues douces comme dures, La fascination pour des Indes aussi planantes que mystiques, l’opposition pacifiste du mouvement étudiant notamment à la guerre du Vietnam et l’éclosion du syndicalisme auront certainement contribué davantage à la soi-disant féminisation de notre société que les groupes des femmes, qui n’auront fait que s’inscrire dans une mouvance nettement plus générale. 

Il demeure de ce fait absurde d’envisager ses représentantes comme les figures de proue d’un mouvement d’une pareille amplitude planétaire.  Entre les Beatles et Angela Davis, féministe radicale emprisonnée à Attica State, New York, qui aura le plus contribué à la féminisation de la gent masculine ?  Au fait, Angela, vous connaissez ?

C'est elle, Angela.
L’avènement féministe tient d’ailleurs autant à l’opportunisme de ses militantes d’avoir su se mouler au goût du jour qu’à un heureux concours de circonstances favorisant des inventions et des interventions masculines ouvrant l’accès des femmes au marché du travail.  Il suffit de mentionner, pour s’en convaincre, la pilule contraceptive, les électroménagers facilitant l’entretien domestique, la syndicalisation, la démocratisation des hautes études, et l’ouverture de la grande entreprise à une main d’œuvre prête à débuter au bas de l’échelle et parfois, à y rester. 

Ainsi soit-il…

J’aimerais conclure sur les gender studies, sujet d’intérêt privilégié aux yeux de  M Carnac.  Nul mieux que mon garçon aura réussi à me convaincre de leur vacuité.  Je reproduis, en guise de conclusion, cette courte chronique que mon fils m’avait inspiré il y a quelques années :

Comme plusieurs de mon âge, j’ai grandi persuadé que nos comportements étaient dictés par l’éducation et que l’inné n'était qu'une vue de l’esprit. Ainsi le croyais-je, les garçons, équipés de poupées, auraient voulu les allaiter tandis que les filles, en possession de camions Tonka, auraient organisé des poursuites de salon dignes de Bullit. En un éclair, mon fils devait anéantir vingt ans de convictions béhavioristes. 

Il avait tout juste 20 mois quand, à Noël 96, ma sœur, Marie-Josée, eût l’idée saugrenue de lui offrir une collection de 25 petites autos. Qu’allait-il bien faire de ces objets qui ne lui diraient absolument rien ?



Mon fils, triomphateur des gender studies...
À peine en possession de ce présent apparemment incongru, les yeux de mon garçon s’allumèrent d’un feu que je ne leur connaissais pas. C’est fiévreusement qu’il arracha l’emballage de son cadeau et s’empara des précieux petits véhicules comme Arsène Lupin aurait dérobé les bijoux de la comtesse de Cagliostro. Qu’allait-il bien pouvoir en faire ?

Un premier bolide eût à peine touché le plancher que déjà, des vroum, vroum bien sentis gazouillaient joyeusement de la bouche de Jérémie tandis qu’une première, une seconde, puis une troisième automobile sillonnaient le plancher plus vite que le regard.

Je me rappelais alors la joie viscérale qui m’animait, enfant, quand je reçus mes premiers « amions » (je ne pouvais alors prononcer les « c »). Mieux que n’importe quel psychologue ou sociologue, mon garçon, par sa spontanéité même, venait de démontrer la préséance du naturel sur l’acquis. Pas mal, pour un petit futé qui n’avait même pas deux ans…

samedi 11 février 2012

Fin du mythe de la meurtrière opprimée ?

Vanessa Tremblay
Si certains stéréotypes ont la vie dure, d’autres finissent par subir l’érosion du temps et de l’opinion publique.  C’est du moins la conclusion que l’on peut hasarder devant les verdicts d’une sévérité extrême infligés à des femmes accusées de meurtres au premier degré.  En effet, après Cathy Lachance-Gauthier et Tooba Yahya, c’est au tour de Vanessa Tremblay de mordre la poussière avec la sentence la plus sévère qui soit : la perpétuité, sans espoir de libération avant 25 ans. 

Or, à l’instar de ces autres criminelles, Tremblay avait la « chance » relative de se voir associée à un homme dans le crime.  Tout avocat criminaliste de la défense conviendra, sans doute off the record, que dans un tel contexte, tenter de décharger la responsabilité exclusive du ou des meurtres sur l’homme et laisser croire que l’accusée vivait sous son emprise demeure la meilleure défense.  Mais il y a des limites à tout.

Elle ne savait pas

Le 24 octobre 2009, Cathy Lachance-Gauthier se voit reconnue coupable du meurtre au premier degré de ses trois enfants, dans le contexte particulier d’un pacte de suicide conclu avec son mari, Marc Laliberté.  Bien qu’elle aurait elle-même acheté les médicaments grâce auxquels les gamines ont trouvé la mort empoisonnées, en plus d’avoir écrit et signé de nombreuses missives, conjointement avec son mari, expliquant les motifs de leur décision d’en finir à cause de déboires financiers, Gauthier aura le culot de prétendre ne pas avoir été au courant du fait que son mari avait empoisonné sa progéniture ! 

Cathy Lachance-Gauthier
Le 26 juillet 2011, la Cour d’appel ne s’en laisse pas imposer et maintient les verdicts de culpabilité.  La cause est portée en appel le 23 septembre dernier devant la Cour suprême, le dernier recours.  À moins de se trouver sous l’emprise de puissants psychotropes ou d’une idéologie particulièrement débilitante, on voit mal comment la Saguenéenne pourrait s’en tirer.  Pour que sa défense tienne, il aurait sans doute été préférable que son avocat plaide la thèse d’une femme terrorisée, vivant sous l’oppression écrasante d’un mari violent et à demi-fou.  Mais jouer la carte de l’ignorance s’est avéré une tactique d’une remarquable maladresse, pour ne pas parler de profonde sottise.  À tout hasard, je précise que l’avocat de la fausse victime a pour nom Jean-Claude Beaulieu. 

Quand les larmes ne suffisent plus

Ayant déjà consacré ma dernière chronique à l’affaire Shafia et au rôle de Tooba dans le quadruple meurtre de ses trois filles et de la première épouse de son mari, je ne reviendrai pas sur les détails de cette sordide affaire.  Étant donné le contexte culturel des meurtres, une défense de femme opprimée par un époux tyrannique et fanatisé aurait pu être présentée, mais aurait comporté l’inconvénient de condamner implicitement son mari et peut-être son  fils.  Il fallait donc présenter une défense d’un seul tenant en plaidant non coupable. 

Tooba Yahya
Tooba ayant fait appel, qui sait si la carte de la faible femme vivant sous la menace de finir comme les quatre victimes noyées ne sera pas jouée.  Ce faisant, la seconde épouse de Shafia sacrifierait cependant son mari mais peut-être, et c’est moins évident, son propre fils.  Rappelons que, comme Cathy Gauthier-Lachance, Tooba Yahya a été condamnée pour homicide au premier degré à la perpétuité, sans possibilité de libération avant 25 ans.  À suivre donc.

La dernière en date…

Vanessa Tremblay vient de rejoindre le club peu sélect des accusées qui ont tenté de rendre un complice masculin unique responsable d’un meurtre particulièrement crapuleux, invoquant une oppression terrorisante.  En vain.  Le jury a mis à peine 10 heures à rendre son verdict de culpabilité pour un homicide au premier degré sur la personne de Rémy Allaire, battu à mort, décapité, puis démembré dans un appartement de Victoriaville.  Il s’agit là de l’un des meurtres les plus cruels et les orduriers de l’histoire récente québécoise. 

Quand le client la paie de sa vie...

Patrick Lavoie, souteneur
Au moment des faits,Vanessa Tremblay travaille comme escorte pour Patrick Lavoie, deuxième accusé dont le procès se tiendra subséquemment.  Rémy Allaire est client de Tremblay et la rencontre pour une troisième fois.  Pour des raisons demeurées inexpliquées, Lavoie, au moment des ébats de sa protégée avec Allaire, fait irruption dans la chambre de l’appartement.  La victime sera sévèrement battue, puis poignardée à 15 reprises.  Trois coups seront fatals. 

Selon Vanessa Tremblay, c’est Lavoie qui a porté les coups tandis qu’elle l’enjoignait d’arrêter.  Deux co-détenues ont toutefois présenté des versions tout à fait différentes.  La première, Lori-Ann Day, a affirmé que Tremblay lui avait avoué avoir tué elle-même sa victime, la poignardant à mort, non sans lui avoir coupé le pénis et participé au démembrement.  « Elle a dit qu’elle a joui en voyant le sang gicler », a témoigné la confidente, avant d’ajouter : « Elle se vantait d’être une psychopathe. »  

La seconde co-détenue, Josée Chouinard, a renchéri : « Dès qu’elle sortirait de prison, elle tuerait une autre personne. »  Bien sûr, il s’agit là des propos de femmes dont la crédibilité n’est pas sans tache.  Selon le psychologue expert, Hubert Van Gijseghem, Tremblay ne saurait être une psychopathe.  Encore heureux…  Apparemment, le jury composé de sept femmes et de cinq hommes a décidé qu’elle était au moins meurtrière au premier degré.  Au moment d’écrire ces lignes, on ne sait si la cause sera portée en appel.

Un signe des temps ?

Malgré les propos alarmistes de certains groupes de pression, la criminalité sous toutes ses formes serait en baisse au pays.  Une seule augmenterait cependant : la criminalité féminine, incluant la violence.  Est-ce parce que davantage de femmes s’y adonnent, ou simplement parce que les autorités sont devenues plus sévères envers les criminelles, refusant de plus en plus le stéréotype de la femme biologiquement tournée vers le bien. 

Rémi Allaire, victime de Vanessa Tremblay
Quoi qu’il en soit, un autre élément d’analyse n’est pas à dédaigner : la femme exonérée par son statut de victime sous influence d’un conjoint écrasant semble en voie d’extinction, comme en témoignent les trois exemples de cette chronique.  Le jour où la forme la plus pernicieuse de violence féminine, tolérée – et par le fait même encouragée – par la Loi, sera enfin punie à sa juste mesure, nous pourrons alors enfin commencer à parler d’une véritable égalité homme femme devant les tribunaux.  Je veux bien sûr parler de la problématique taboue des fausses allégations, qui ruinent des vies d’hommes sans reproche, leur font perdre leur travail, permettent et cautionnent l’aliénation parentale et facilitent l’exclusion des pères de la vie de leurs enfants, tout en privant ceux-ci du concours essentiel de leur parent masculin.  À quand cette indispensable prochaine étape ?

vendredi 10 février 2012

Affaire Shafia : le rôle de Tooba

Tooba Yahya
Plusieurs ont poussé un soupir de soulagement quand le verdict est tombé : Mohammad Shafia, son fils Hamed et sa seconde femme, Tooba Yahya ont tous été reconnus coupables d’homicide au premier degré sur les personnes des trois filles et de la première épouse du père, mortes noyées au cours d’un meurtre maquillé en accident à Kingston, Ontario.  Aucune complaisance, aucune excuse, rien d’autre qu’une rigueur implacable commandée par une preuve circonstancielle très forte a présidé à cette décision sans équivoque sur notre réprobation sociale.  Le message envoyé par la Justice de Kingston a été limpide : le crime d’honneur, bien qu’il ne soit pas reconnu comme tel par le code criminel canadien, vient de se voir sanctionné par le plus sévère verdict et la sentence la plus lourde, la perpétuité. 

Un élément d’analyse non dénué d’importance demeure le fait que, tous autant qu’ils sont, les trois accusés ont été jugés sur le même pied et ont été condamnés avec la même fermeté.  Le jury aurait pu décider d’invoquer les circonstances atténuantes pour Hamed, âgé de 18 ans au moment des meurtres, en soulignant qu’il vivait sous l’emprise de son père, considéré comme l’instigateur du complot.  Le jurés auraient pu surtout se laisser attendrir par les larmes compulsives et les yeux d’épagneul de Tooba, voyant en elle la victime désemparée de l’oppression patriarcale d’un mari cruel et fanatique. 

Or, il n’en a rien été : tous coupable, même la femme.  Se peut-il qu’en plus d’évoluer quant à la nécessité de reconnaître le danger des crimes d’honneur, la Justice, fut-elle ontarienne, réalise l’urgence de responsabiliser les femmes coupables ou complices d’homicide par des châtiments correspondant à la gravité de leur crime ?  Laissez-moi rêver…

Deux portraits de Tooba

Mohammad Shafia
Si la responsabilité du père ne fait aucun doute, il se trouvera sans doute des âmes charitables pour croire que Tooba aura agi par crainte d’aller rejoindre les quatre autres victimes au fond de l’écluse fatidique.  Cette perspective est-elle si invraisemblable ?  Il faut reconnaître, même pour le sceptique fini qui écrit ces lignes, que ses allures de femme foudroyée, taraudée par une vive douleur, incapable de contrôler le torrent de larmes qui l’assaillait, avait de quoi laisser perplexe.  Mais quel était au juste le motif de son affliction ?  La mort de quatre membres de sa famille, vraiment, ou la perspective du sort qui l’attendait, de même que son mari et son fils, à moins qu’il ne s’agisse de l’avenir des autres enfants survivants, ou de tous ces éléments en alternance ?  Nul ne saurait le dire. 

Pour illustrer l’ambiguïté suscitée par la personnalité de Tooba Yahya, j’ai choisi deux chroniques parues au lendemain du verdict, qui expriment chacune un point de vue résolument différent, pour ne pas dire opposé, l’un de l’autre.  Je fais remarquer que le titre de chaque article contient le mot « haine », le premier appliqué aux oppresseurs islamistes des femmes, le second, à Tooba elle-même.

L’épouse écrasée par son mari

Hamed Shafia
Fidèle au style précautionneux et tatillon qui lui est propre, Yves Boisvert avance à pas feutrés dans cet univers alambiqué, avec sa chronique intitulée La haine des femmes.  À ses yeux, Tooba vivait incontestablement sous l’emprise de Mohammad : « Toujours, elle rentrait dans le rang », écrit-il, avant d’ajouter, plus bas : « Et jusque dans sa défense, elle a obéi à la loi de Mohammad Shafia.  Elle en paiera le prix. »  À l’appui de son argumentaire, Boisvert, sans doute un mouchoir à la main, fait valoir que l’épouse avait déjà confié à l’enquêteur de la GRC qui parlait le farsi, qu’il ne s’agissait pas d’un accident, avant de se dédire le lendemain.  Elle n’avait pourtant pas été en contact avec son mari dans l’intervalle.  Le chroniqueur conclut néanmoins : « Le lendemain, l’ordre patriarcal des choses a repris le dessus. »  Ce que ce bon vieux sur-moi associé au sacro-saint concept de patriarcat ne fait pas faire… ou dire.

L’argumentaire de Boisvert n’est pas cependant fait que de complaisance.  Il écrit : « Elle n’avait pas préparé l’itinéraire, fait des recherches, confessé son plan à des proches (le père Shafia avait dit qu’il voulait noyer une des ses filles, trois semaines avant l’avènement). »  En bref, il était possible, selon le journaliste, de soulever des doutes sur l’intention criminelle de la seconde épouse Shafia, un point de vue que l’on peut autant attribuer à sa lecture des faits objectifs qu’à un préjugé favorable aux femmes envisagées comme victimes de facto, optique qu’il n’est pas le seul à partager à La Presse.

Alors qu’Yves Boisvert voit en Tooba une cinquième victime, sans s’arrêter le moins du monde au sort d’Hamed, certainement influençable à l’époque des meurtres vu son très jeune âge, Isabelle Maréchal, dont le style enflammé et à l’emporte-pièce se situe aux antipodes de celui du chroniqueur de la rue Saint-Jacques, présente un portrait radicalement différent dans sa chronique intitulée La haine d’une mère.

La manipulatrice félone

Palais de justice de Kingston, Ontario
D’entrée de jeu, la chroniqueuse abat ses cartes : « La timide Tooba, mariée trop jeune à cet homme qu’elle ne connaissait pas, rigide et contrôlant, ne jurant que par l’honneur, voilà le portrait de femme soumise à son mari qu’on tente de nous faire avaler. »  Si la chronique de Boisvert n’était pas parue le lendemain, on aurait pu croire à une flèche qui lui était destinée. 

Bien que je ne souscrive pas toujours aux points de vue de Mme Maréchal, j’ai trouvé son portrait de Tooba plausible, voire crédible, à défaut de déterminant.  À ses yeux, l’aplomb de l’accusée pendant son procès était plus que confondant : « Sans doute le jury du procès Shafia aurait-il pu nourrir une certaine pitié à l’endroit de Tooba si elle n’avait osé témoigner comme elle l’a fait.  Pendant six jours, dont quatre de contre-interrogatoire, Tooba s’est défendue comme une lionne en cage, avec une force étonnante et un aplomb que même le père Shafia n’a su démontrer.  Tooba n’est pas une fleur fragile qui répond sans mot dire aux ordres de son mari. »  Difficile de trouver un point de vue plus éloigné de celui d’Yves Boisvert.

Le reste de la charge de Mme Maréchal est d’autant plus cinglant qu’il provient d’une femme, avec un éclairage et une absence de complaisance dont on ne trouve que rarement l’écho dans la presse québécoise en pareil cas.  Aux yeux de la journaliste du Journal de Montréal, Tooba était « l’archétype de la mère jalouse qui préfère ses fils à ses filles » et qui, se voyant refuser le droit à la liberté de vivre sa vie de femme, cherche à circonvenir celle-ci chez ses filles, qu’elle regarde avec dégoût, allant jusqu’à rapporter la moindre incartade au tyran domestique, espérant sournoisement un châtiment exemplaire.  Cette perception peut paraître aussi subjective que celle de Boisvert, pourtant, elle n’en demeure pas moins réaliste.  En comparaison, celle du chroniqueur de La Presse semble sortie d’un vieux téléroman de Lise Payette. 

Maréchal ne nie pas pour autant toute parcelle d’humanité à Tooba Yahya : « Oui, elle a pleuré quelques fois en écoutant sans bouger le récit tragique de la mort de ses trois filles.  Ni le repentir ni les larmes ne peuvent conspuer l’horreur du geste. »  En effet.  Après tout, le père et le fils n’ont-ils pas, eux aussi, versé quelques larmes ?

Et Rona dans tout ça ?

Rona Shafia
On s’est peu arrêté au cas particulier de Rona, dans cette folle saga, et c’est un tort, puisque l’enjeu la concernant ne manque pas d’intérêt.  En effet, lors de son arrivée au Québec, Mohammad Shafia avait caché à l’Immigration que cette femme était sa première épouse, Tooba n’étant « que » la seconde.  Or, la reconnaissance de son statut de première conjointe aurait garanti à Rona, si elle avait demandé le divorce au Québec, une pension princière ainsi que la moitié des biens de son mari, en vertu de la loi québécoise sur le patrimoine. 

Shafia s’étant porté acquéreur d’un centre commercial d’une valeur excédant deux millions $, on peut présumer que la première épouse aurait pu couler des jours paisibles, ce que Tooba, peut-être plus avisée que ce qu’Yves Boisvert présuppose, n’était certainement pas sans avoir compris.  Une fois la rivale de toujours éliminée, qui sait si la complice au regard larmoyant n’aurait pas demandé le divorce, bénéficiant par le fait même des largesses dont Rona aurait pu devenir la première bénéficiaire ? 

Qui, finalement, est Tooba Yahya ?

Les motivations d’un être humain sont complexes et souvent contradictoires.  Et si la vraie Tooba se situait à mi-chemin entre les deux portraits brossés par les chroniqueurs cités plus haut ?  L’ambivalence étant au cœur de l’être humain, une telle hypothèse n’a rien d’inconcevable.  Après tout, qui d’entre nous n’a jamais été exaspéré par un être cher au point de vouloir l’expédier en orbite autour d’Alpha du Centaure ?  Que Tooba ait pu devenir complice à part entière de son mari dans l’élimination de ses enfants n’est pas incompatible avec le repentir et l’aveu que l’accident n’en était pas un. 

Les quatre victimes
Elle ne serait pas la première femme à rejeter la responsabilité partagée de ses actes avec son mari en lui adressant ces propos lapidaires, cités par Yves Boisvert : « Dans quel désastre m’as-tu entraînée ? »  La perspective d’éliminer une rivale pour des motifs sentimentaux ou pécuniaires aurait pu rendre à cette femme vraisemblablement névrosée la perspective de tuer ses propres enfants plus supportable, à défaut d’acceptable.

On ne saura probablement jamais quelles auront été les motivations de Tooba dans ce quadruple meurtre, mais il reste probable qu’elles aient été multiples.  Elles ont pu se voir mêlées de crainte des foudres de son mari, d’esprit de vengeance envers ses filles trop libres, de rivalité amoureuse envers Rona, sinon de volonté de se garantir des lendemains lucratifs, une fois la séparation demandée d’avec un homme aussi dominateur que modérément séduisant.  

dimanche 5 février 2012

Lise Bilodeau, à la défense du père et de l’orphelin

Lise Bilodeau, fondatrice de l'ANCQ
Je me fais parfois reprocher de démontrer une sévérité injustifiée envers les femmes et de les ranger toutes dans le même panier.  Je ne suis pas de cet avis.  On peut dénoncer certains travers féminins, ou universels qui touchent autant les femmes que les hommes, sans pour autant faire preuve de misogynie, d’hostilité, ou pire encore, de violence psychologique envers toutes les femmes.

Pas plus que dans le cas des hommes, le fait d’être femme ne doit garantir d’immunité diplomatique à quiconque devant la critique, voire la dénonciation de comportements condamnables, qu’il s’agisse de la volonté de détruire un homme par le harcèlement judiciaire, les fausses allégations, la rapacité financière ou la privation de ses enfants.  Ces agressions légales étant devenues monnaie courante, leurs auteures doivent être dénoncées sans ménagement et punies avec la plus salutaire et dissuasive fermeté.  Même chose pour les magistrats qui se rendent complices de telles félonies, quand ils ne les encouragent pas.  Notre société demeure cependant bien éloignée de ces positions aussi incontournables qu’indispensables.

Pour ces raisons, je ne me considère donc pas comme un agresseur textuel, mais bien comme un blogueur polémiste et engagé.  Si cette position vous agrée, tant mieux.  Dans le cas contraire, vous savez ce qu’il vous reste à faire. Comme je l’écrivais plus haut, je ne condamne pas la gent féminine dans son intégralité, et j’en veux pour preuve le fait que je vais rendre hommage aujourd’hui à une femme hors pair (mais non hors père) qui se consacre à la cause des hommes depuis 13 ans.  C’est à l’occasion du concours Gens de cœur, bénévoles d’ici, organisé par la financière Manuvie en collaboration avec Radio-Canada, que j’ai décidé de présenter sa candidature par le biais du texte suivant.  J’en profiterai donc pour le partager également avec vous.

Un engagement né de l’injustice

C’est devant le sort réservé d’abord aux nouvelles conjointes, réalité qu’elle devait expérimenter elle-même, que Lise Bilodeau fondait en 1999, avec d’autres partenaires, l’Action des nouvelles conjointes et des nouveaux conjoints du Québec (ANCQ).  La motivation fondamentale à l’origine de son engagement fut de lutter contre les dispositions légales d’une flagrante injustice qui frappent encore aujourd’hui les gens divorcés ou séparés. 

En effet, alors que l’ex-conjointe peut refaire sa vie avec un nouveau compagnon qui l’entretient, la nouvelle conjointe de son ancien partenaire de vie se voit fréquemment tenue de contribuer à la pension de Madame à même son revenu personnel.  Vous avez bien lu.  Peu de gens sont au fait de cette réalité que Lise Bilodeau continue à dénoncer sur toutes les tribunes où elle se voit conviée depuis la fondation de son organisme.  Qui, dans le grand public, sait que les enfants d’une nouvelle union ne sont nullement considérés par la Loi dans le calcul d’une pension, en regard de ceux d’un premier lit, qui eux ont droit à tous les égards ?  Cette injustice envers les enfants aussi, Mme Bilodeau ne cesse de la dévoiler.

L’ANCQ, dont elle demeure l’inspiration dominante, milite toujours afin de mettre un terme aux pensions sans limite de temps que de nombreux hommes se voient contraints de continuer à payer, parfois jusqu’à leur trépas, à des femmes qui préfèrent les exploiter plutôt que d’assurer elles-mêmes leur propre subsistance.  Comment peut-on, au nom de la cause des femmes, soutenir pareille aberration, encourager semblable parasitisme ?  Voilà une question que l’ANCQ ne cesse d’adresser aux décideurs, qui persistent malheureusement à faire la sourde oreille.

Alors que notre système juridique s’entête à accorder la garde exclusive des enfants à la mère dans 80 % des cas, même quand la compétence parentale n’est pas au rendez-vous, Lise Bilodeau oeuvre pour faire amender la loi sur le divorce afin que la garde partagée devienne la base de négociation dans toute séparation.  Les enfants seraient les premiers à bénéficier d’une telle évolution sociale.  Inutile d’insister sur la résistance étatique et juridique qu’une position aussi novatrice qu’humaniste peut rencontrer.

Notre Justice demeure hostile aux hommes.
Comme si elle n’en faisait pas assez, la militante accompagne des hommes aux prises avec l’iniquité de notre système familialiste dans leurs démêlés judiciaires et présente des mémoires pertinents à toutes les instances gouvernementales touchant la famille ou la condition masculine, si souvent ignorée de notre système de santé et de services sociaux, du milieu de l’Éducation et, bien sûr, du Barreau du Québec. 

Communicatrice d’une rare compétence, Lise Bilodeau, en plus de participer chaque année à une pléthore d’émission d’affaires publiques, tant à la radio qu’à la télévision, s’est démarquée par ses talents de rédactrice.  Elle est en effet co-auteure de De l’amour à la haine, un essai qui dénonce les méandres de ce qu’elle appelle l’industrie du divorce, et de 300 000 femmes battues… y avez-vous cru ?  un collectif en passe de devenir un ouvrage de référence sur les dommages collatéraux subis par les hommes et les garçons du Québec à l’issue de plus de quarante ans de féminisme étatique.

Pas de soutien

Il va de soi qu’avec de telles compétences, Lise Bilodeau aurait pu militer en faveur de causes beaucoup plus « vendables », tant auprès du grand public que de nos dirigeants.  Ni elle, ni son association, ne touchent de subventions de l’État, alors que les groupes de condition féminine croulent littéralement sous les subsides publics et en redemandent toujours davantage.  Le courage de cette femme engagée n’en devient que plus méritoire, surtout si l’on considère la durée de son action et les positions qu’elle défend avec la combativité d’une lionne.  Pour cette raison et pour toutes les autres énumérées plus haut, la fondatrice de l’ANCQ demeure plus que digne d’une reconnaissance officielle et significative de son dévouement et de sa résolution.

Le concours

Voilà la raison pour laquelle j’ai décidé de présenter sa candidature au concours Gens de cœur, hommage aux bénévoles d’ici.  Pour faire de même, il suffit d’envoyer un texte en cliquant ici. Les envois sont acceptés jusqu’à ce soir 23h59.  Le 5 mars prochain, un jury choisira dix finalistes qui se verront remettre chacun un montant de 1000 $ qu’ils pourront donner à l’organisme de leur choix.  Du 14 mars au 1er avril, les candidatures de ces gens seront mises en ligne afin que le public puisse voter.  Ces dix finalistes seront ensuite reçus à l’émission Pour le plaisir, sur les ondes de Radio-Canada, le 6 avril .  Le choix du public y sera dévoilé, tout comme le nom du bénévole Gens de cœur, qui se verra décerner un montant de 20 000 $.  Il est encore temps d’effectuer votre envoi.  Pas besoin d’être un rédacteur professionnel.  Dites les choses comme vous les sentez,  l’inspiration fera le reste.