samedi 31 mars 2012

Ces féministes qui s’acharnent contre la garde partagée

On nous a déjà parlé de partenariat...
Vous souvenez-vous du temps où les féministes exhortaient les hommes à se définir autrement que comme les pourvoyeurs de leur famille, à se rapprocher de leurs enfants ?  Avec le recul, nous nous voyons forcés de conclure que lorsqu’il s’agissait d’attribuer à la gent masculine des obligations parentales, on pouvait compter avec ces militantes, mais quand il est question maintenant de leur reconnaître les droits correspondant auxdites obligations, un barrage de bruit et parfois de fureur fait obstacle à cette quête légitime pour les pères comme pour leurs enfants.

Dans cette chronique, je donnerai exceptionnellement la parole à des féministes afin qu’elles expriment en leurs propres mots les motifs pour lesquels elles s’opposent aussi farouchement à la reconnaissance de l’égalité homme femme des droits parentaux après une séparation.  Il vous sera difficile, après cette démonstration de ces militantes par elles-mêmes, de ne pas voir en elles les adversaires les plus redoutables d’une mesure aussi progressiste que nécessaire, dans le cas, bien sûr, où la compétence parentale est au rendez-vous.  Car il n’est pas question ici de faire la promotion de la garde partagée comme d’une mesure automatique applicable aveuglément, mais bien de la valoriser en tant que base privilégiée de toute médiation pour la garde des enfants, dans leur meilleur intérêt.

Une option soi disant peu demandée

Commençons le bal avec Christiane Pelchat, alors présidente du Conseil du statut de la femme, qui déclarait sans sourciller le 4 décembre 2009 à L'Express d'Outremont & Mont-Royal (les coquilles ne sont pas de moi) : «Sur tous les divorces impliquant des enfant, seulement 28% demande la garde partagée, laquelle est accordée dans plus de 80% des cas.» et la présidente du Conseil du statut de la femme conclut avec cette question: «Alors que les juges doivent statuer dans le meilleur intérêt de l’enfant en maintenant au mieux le lien avec les deux parents, pourquoi si peu s’en prévalent ?»

Christiane Pelchat
Qui, au Québec, ignore que la bataille pour la garde partagée est, sinon perdue d’avance pour un homme, du moins extrêmement onéreuse et ardue ?  L’argument de Mme Pelchat, à l’effet que les hommes soient si peu nombreux à la demander est fallacieux et elle le sait certainement.  Son bluff n’empêche pas que, selon ses chiffres mêmes, près d’un homme sur trois demande la garde partagée, ce qui n’est pas rien, quoi qu’elle insinue.  Quant à sa présumée statistique de 80 % de garde partagée accordée, on se demande bien où elle a pu la trouver !  Il s’agit du bon pourcentage, mais appliqué à la garde « partagée »… intégralement à la mère. 

Comment pourrait-il en aller autrement, quand on prend connaissance des propos calamiteux d’Anne McLellan, ministre fédérale de la Justice de 1997 à 2002, qui déclarait, dans l’Alberta Advisory Council on Women Issues, cité dans l’essai 300 000 femmes battues, y avez-vous cru ? : « … un nombre croissant de spécialistes suggère aujourd’hui, que la garde partagée perpétuerait l’influence et la domination des hommes sur les femmes… »  Est-il besoin d’ajouter quoi que ce soit pour qualifier l’ouverture du fédéral sur la garde partagée ?  Bien sûr, le Québec a ses lois, mais la position de l’ancienne vice première ministre demeure représentative d’un courant général, comme nous le verrons plus bas.

Dans un tel contexte, comment s’étonner de l’existence d’un mouvement de plus en plus important de groupes de pères qui s’insurgent contre une justice à sens unique ?  Si la garde partagée était accordée aussi facilement que Mme Pelchat l’affirme, pour quelle raison tous ces hommes et les femmes qui les soutiennent s’agiteraient-ils ?  Ils n’ont pas le câble à leur télé, aucun hobby, hormis de s’énerver sans motif ? 

Le spectre de la violence conjugale

Denyse Côté, auteure de La garde partagée : l’équité en question, a tenu ces propos le 1er mars 2002 dans La Gazette des femmes : « Dans la majorité des cas, les femmes en font plus et s’avèrent de meilleures pourvoyeuses, surtout quand les enfants sont jeunes. Cela demeure vrai après la séparation, même en garde physique partagée. Autrement dit, on désire l’égalité mais on hérite d’un système inégalitaire. Plus grave: cette forme de garde se révèle inéquitable si elle est imposée dans les cas de violence conjugale. »

Denise Côté
Ça y est, les mots fatidiques « violence conjugale » sont lâchés, en écho à la notion de domination masculine évoquée par McLellan. Côté poursuit sur sa lancée : « Souvent, la violence conjugale n’a pas fait l’objet d’une dénonciation formelle de la part de la mère. Parfois, les avocats en connaissent l’existence mais disent: «C’est un bon père, il n’a jamais été violent avec l’enfant, on peut recommander la garde partagée». J’aimerais vraiment savoir si pareille attitude des avocats s’est manifestée au point de devenir problématique, et dans quelle mesure la garde partagée a effectivement été accordée.  On peut légitimement douter qu’il s’agisse d’une tendance lourde.  Mme Côté passe par ailleurs sous silence les cas de maltraitance infligée aux enfants par la mère, allant jusqu’au meurtre, aussi nombreux sinon plus que ceux causés par le père. 

Le camp choisi par Mme Côté reste clair, comme en témoigne ce commentaire, qui contredit incidemment Mme Pelchat sur les largesses présumées de la justice envers les pères qui demandent la garde partagée  : « Il est vrai que la garde légale des enfants va encore aux mères en majorité. Mais cela n’a rien d’une injustice puisque les femmes s’occupent toujours davantage des enfants, avant ou après la séparation. »  Messieurs, qui séchez avec votre fin de semaine sur deux, tenez-vous le pour dit : la compétence parentale est féminine, à moins qu’elle ne soit féministe. 

Je précise ici que c’est à la demande de maisons d’hébergement que Mme Côté a entrepris sa recherche, ce qui en dit long sur la position de ce type d’établissement sur la garde partagée. Vous serez sans doute surpris d’apprendre que l’emblématique Fédération des femmes du Québec s’insurge contre toute modification à la loi sur le divorce  « qui vise à instaurer un régime automatique de garde partagée », tel qu’elle l’affirmait lors de son  assemblée générale annuelle de 2009.  Même position du côté de la Fédération des associations des familles monoparentales et recomposées du Québec, qui endosse et publicise les conclusions de Mme Côté.  La garde principale à la mère demeure la seule option envisageable après une séparation aux yeux de ces féministes radicales.
Des psys… à l’écoute ?

Du côté de certains intervenants, le portrait du père séparé n’est guère plus reluisant, comme en témoigne celui brossé par Maurice Berger, psychiatre et psychanalyste : « Aujourd’hui, nous connaissons tous des enfants qui passent deux semaines par mois parqués devant la télé du parent qui s’était le moins occupé d’eux, et dont l’équilibre et la réussite scolaire s’en ressentent. Mais les « droits du Père » imposent le silence. En effet, que le partage des tâches soit symétrique ou non (il l’est rarement), les pères séparés/divorcés y gagnent un prétexte de maintien de l’autorité paternelle, une part égale des avantages fiscaux et sociaux et, surtout, l’occasion de conserver le domicile familial et de récuser toute responsabilité de pension alimentaire. »  Avec de tels oracles, plus besoins de militantes pour dénigrer les hommes.

Annie Devault
Heureusement, tous ne pensent pas comme ce spécialiste à l’esprit étroit.  Annie Devault, une psychologue auteure de nombreux articles portant sur le thème du rôle et du maintien de l'exercice du paternel après une rupture conjugale, considère que «c’est une minorité de pères qui ne veulent pas s’occuper de leurs enfants». Elle reconnaît même que «les mères ont encore beaucoup de pouvoir dans la sphère privée de la famille, et en particulier au niveau des soins et de l’éducation des enfants».  Les pères sont alors «souvent prêts à faire des concessions importantes pour voir leurs enfants, comme déménager près du lieu de résidence de la mère ou encore refuser des promotions. Les pères les plus blessés par un divorce sont ceux qui étaient présents avec leurs enfants». La psychologue souligne que la dépression, voire même des idées suicidaires, peuvent survenir chez plusieurs pères après une séparation, autre état de fait qui cadre mal avec le portrait réducteur d’adulescent attardé brossé par Berger.
Allant plus loin encore, Lise Bilodeau, présidente de l’Association des nouvelles conjointes et nouveaux conjoints du Québec, citée par Richard Martineau, n’hésite pas à dénoncer l’irresponsabilité de certaines ex conjointes, un point de vue qui ne ralliera pas Mme Côté et l’angélisme de sa perception des mères : « Cela fait 15 ans que je claironne que les pensions alimentaires pour enfants devraient être déposées dans un compte en fidéicommis (in-Trust). Ainsi, les enfants en verraient la couleur. Autrement, la pension sert souvent à payer des motos, la nourriture du cheval, le toilettage du caniche, les voyages dans le Sud et les implants mammaires. » Si vous étiez juge doté de discernement, accorderiez-vous la garde principale à pareils spécimens maternels ?
Lueur d’espoir
En 2008, le Conseil de la famille et de l’enfance lançait une recherche ayant pour titre L’engagement des pères, privilégiant l’intérêt des familles et de l’enfant.  Aussi incroyable que ça paraisse, aucun recensement n’indiquait le nombre de pères, tant au Québec qu’au Canada.  Seuls les pères monoparentaux, soit 68 025 hommes, avaient été dénombrés en 2001 au Québec.  Uniques soutiens familiaux, ils devenaient par le fait même inévitables.

Le père, irremplaçable.
Devant cet étonnant constat, le Conseil jugeait « important de mieux définir la place des hommes dans la famille, d’abord parce qu’il est de plus en plus reconnu que les enfants retirent des avantages indéniables de la présence d’un père, ensuite parce que l’objectif d’égalité entre les femmes et les hommes ne pourra se réaliser que dans la mesure où les responsabilités liées aux enfants seront partagées, au même titre que les responsabilités financières de la famille le sont. »  Discours novateur et rafraîchissant, non ? 

Si en 1995, à peine 11 % des enfants de parents divorcés vivaient en garde partagée, ils représentaient 29 % d’entre eux en 2003.  Neuf ans plus tard, ce pourcentage pourrait bien avoir encore augmenté, au grand dam de nos militantes, qui devraient se résoudre à cesser leur bloquage stérile et à prendre note de ce constat du Conseil : « (…) la dernière chose dont les hommes ont besoin pour être soutenus dans leur parcours vers une paternité assumée, c’est d’être décrits à l’aide de clichés réducteurs. »  À bonne entendeure, salut !

samedi 24 mars 2012

Ces hommes qui se tuent à demander de l’aide…

Des gens se suicident à l'année longue.
C'est du 5 au 12 février que se déroulait la 22e semaine nationale de prévention du suicide, organisée par l’Association québécoise de prévention du suicide et ses partenaires.  Le thème de 2012 : « Le suicide n’est pas une option ».  Pourquoi je vous parle en fin mars d’un événement tenu en février ?  Pour la même raison qui fait qu’on peut discourir sur la pauvreté longtemps après le Noël du pauvre.  Parce que la pauvreté, ça se vit à l’année longue et que, pour un trop grand nombre, elle n’a pas de fin.  Le suicide, par contre, représente la fin de celui ou de celle qui le commet.  Il faut cependant admettre que le cortège funèbre des suicidés, lui non plus, ne semble pas près de voir sa dernière victime. 

Selon les plus récentes statistiques de l’Institut national de santé publique du Québec, 1 068 suicides ont été enregistrés au Québec en 2009.  Chez les hommes, ce nombre s’élevait à 830, tandis qu’il atteignait 233 chez les femmes.  C’est donc sans surprise que nous constatons une fois de plus que les hommes représentent la nette majorité des suicidés dans la belle province, comme dans la plupart des pays du monde, d’ailleurs.  Hommes et femmes ont cependant ceci en commun : le taux le plus élevé de mortalité par suicide chez les uns comme chez les autres pour la période 2007-2009 se retrouve chez les personnes âgées de 35 à 49 ans et de 50 à 64 ans des deux sexes.  Apparemment, l’âge adulte et le jeune âge d’or ne constituent pas des garanties de bonheur.  Une – seule - bonne nouvelle cependant : le nombre de suicidés serait en baisse légère mais constante depuis quelques années.

Prisonniers du modèle traditionnel…

Certains idéologues avancent que le modèle traditionnel masculin enferme toujours les hommes en 2012 au point où, pour échapper à cette emprise culturelle, certains en arrivent à commettre l’irréparable.  La planche de salut brandie par ces sages, vous l’aurez deviné, réside en un mouvement social libérateur qui, en mettant de l’avant des valeurs « féminines » d’écoute, d’empathie, de dialogue et de concertation, parviendra, en affranchissant les femmes de leurs servitudes, à faire automatiquement de même pour les hommes.  En cette ère nouvelle du Verseau, ces derniers pourront s’envisager autrement que comme des guerriers, des chasseurs ou des pourvoyeurs, pour devenir des hommes ouverts et communicatifs, attentifs aux besoins de leur conjointe et prêts à s’investir auprès de leurs enfants.  Ainsi débutera un règne nouveau d’égalité, de respect et d’épanouissement pour l’homme, la femme et leur progéniture.  Amen.

L'ultime incarnation
du modèle traditionnel...
Qui voudrait mourir, dans pareil nirvana ?  Ses promoteurs voient-ils toutefois à ce point la vie en rose ?  Il arrive heureusement plus souvent qu’on le croit que le bon sens citoyen l’emporte sur l’érudition réelle ou présumée de scientifiques parfois improvisés, grisés par un sentiment élitiste d’omniscience, mais en réalité accrochés à l’époque révolue où leur vision des choses était considérée progressiste.  C’est avec un regard attendri qu’on les imagine échanger encore entre eux, affublés d'un sourire satisfait et contemplatif, tandis qu'ils réécoutent Sgt Pepper’s en djellaba, assis en position du lotus, enrobés de volutes d’encens et de patchouli. 

Au risque de troubler leur ruminations, un nommé Gilles St-Amour, de Lévis, dans une lettre ouverte publiée en 2009 dans Le Soleil de Québec, déboulonne le mythe du modèle traditionnel : « Je suis étonné qu'on tienne ce genre de raisonnement. Jamais, dans notre courte histoire, les hommes n'ont autant été invités à communiquer, à s'épancher, à se confier.  Jamais, non plus, si on regarde les dernières années, les hommes ne se sont autant suicidés. Car, hormis les cas les plus spectaculaires, donc les plus médiatisés, il se produit entre trois et quatre suicides chaque jour, et dans 80% des cas ce sont les hommes qui mettent fin à leurs jours. (…) La communauté italienne, selon certaines données statistiques, présenterait un taux de suicide de loin inférieur à la moyenne canadienne. Encore là, je m'interroge quant à la relation établie entre les modèles traditionnels de comportement des hommes et leur tendance à la dépression. »  À peine quelques lignes, et vlan, Sgt Pepper !

La perte d’emploi, principal facteur ?

C’est en réponse « à certains masculinistes qui mettent les taux plus élevés des suicides masculins en lien avec un statut de victimes des hommes », qu’une infirmière, Katharina Mayenfisch, a fait publier en 2007 dans Sisyphe, Pravda du féminisme militant, son point de vue sur les causes profondes du suicide chez les hommes.  On ne peut s’empêcher de soupçonner, à la lecture de son propos, une frustration à l’effet que l’on puisse reconnaître les hommes victimes de quoi que ce soit, comme si de toute éternité, cette prérogative n’était réservée qu’aux femmes. 

Comme on peut s’y attendre du média qui présente ce texte, la thèse du modèle traditionnel masculin reprend du grade, laissant dans l’ombre toute autre piste d’exploration, comme le fait qu’un suicide sur deux survienne dans un contexte de rupture, avec pour corollaires à valider l’impact juridique d’un système à l’avantage des femmes et l’absence de ressources pour hommes en détresse.

Chômage : première cause
de suicide au masculin ?
Après avoir avancé que la proportion de suicides masculins était plus élevée au début du 20e siècle, Mme Mayenfisch cite une étude voulant que « le taux de suicide augmente durant les phases de récession et diminue pendant les périodes de prospérité économique », en raison de ventes forcées, de faillites et de chômage, thèse reprise par plusieurs auteurs, précise-t-elle.  Elle ajoute que « les hommes sont plus vulnérables que les femmes à ce problème du fait de leur identité de genre qui est encore aujourd’hui étroitement liée à leurs performances dans le monde du travail. »  Pour finir, « la clause cachée du cahier des charges de la masculinité » impose aux hommes « la méfiance du féminin, des larmes, de la peur et de l’affect, l’obligation de faire face et l’interdiction de la faiblesse, l’agressivité, la compétition, la plus grande fréquence des comportements à risque, (…), etc. ».  Alors ces hommes ne sont pas des victimes, Mme Mayenfisch ?  Bien sûr, il y a du vrai dans vos constats mais... expliquent-ils tout ?

D’importantes zones d’ombre

Dommage qu’en 2007, Mme Mayenfisch n’ait pas vu venir la crise manufacturière de 2008, qui allait faire perdre leur emploi à des effectifs à très forte majorité masculine.  Comment expliquer alors que, selon l’Institut national de santé publique du Québec, le taux de suicide québécois ait baissé, de 2008 à 2009, passant de 1 122 personnes à 1 068, poursuivant sa légère tendance à diminuer ?  La répartition hommes femmes pour cette année n’est cependant pas disponible.

Allez savoir pourquoi, je soupçonne notre infirmière de lire Le Devoir.  Mais peut-être l’édition du 5 mai 2004 s’est-elle dérobée à son attention ?  Ce jour-là, ce quotidien révélait que le Québec se retrouvait au troisième rang mondial pour le suicide chez les hommes, à une époque qui ne connaissait pourtant pas un contexte d’incertitude économique comparable à aujourd’hui.  Cette donnée était également révélée par l’Institut national de santé publique du Québec qui indiquait qu’en 2001, 1334 Québécois, dont 1055 hommes et 279 femmes, s’étaient donné la mort.  Huit ans plus tard, et un contexte économique plus qu’incertain, voilà que le taux de suicide masculin comme féminin baissent.  Il faudra se résoudre à trouver une autre explication que la perte d’emploi à l’augmentation du suicide commis par des hommes.

Encore la faute des femmes ?

Comme la moitié des suicides masculins survient dans un contexte de rupture, ce que Mme Mayenfisch ne mentionne à aucun moment dans son article, une autre catégorie d'idéologues peut se sentir autorisée à rendre les femmes uniques responsables de la déroute des hommes.  Cette explication reste tout aussi réductrice et simpliste que celle de l’infirmière.  Les causes profondes du suicide masculin sont sans doute variables et complexes, d’un cas à l’autre, mais il demeure que la privation des enfants du père par la mère, sans tout expliquer, fait partie d’un problème global.

Toutes ne sont pas des anges mais...
À ce propos, je vous présente l’extrait d’entrevue suivant, tiré du livre Homme et fier de l’être, d’Yvon Dallaire, cité dans Le Blog de la Vie des Pères : « Il ne faut pas oublier que ce sont les femmes, dans trois cas sur quatre, qui demandent la séparation… Et pourquoi la demandent-elles ? Diverses études montrent que la cause numéro un est le désappointement… Elles ne supportent pas le quotidien sans la romance : je m’ennuie, donc je veux refaire ma vie… 

Vous n’êtes pas tendre envers les femmes… s’exclame la journaliste.

Non. Je crois qu’elles n’ont pas très bien géré la formidable liberté qui leur avait été donnée. Je pense que tout cela est rattrapable. Mais je voudrais leur dire qu’elles ne sont pas les propriétaires de leurs enfants. »

Qui donc s’entretenait avec la journaliste ?  Un dangereux béotien d’extrême droite désireux de renvoyer les femmes dans leurs chaumières ?  Un fanatique religieux qui fait régner la discipline familiale un crucifix dans une main, un Smith and Wesson dans l’autre ?  Il s’agissait en fait d’une féministe de la première heure, Evelyne Sullerot, sociologue française, qui, à l’instar d’Élizabeth Badinter, a remis en cause plusieurs postulats idéologiques après avoir fondé l’organisme Retravailler, qui a accueilli plus de 500 000 femmes, dont nombre de divorcées.  Son expertise, autant académique que pratique, n’est pas à négliger, bien qu’elle puisse retourner les estomacs des collègues de Mme Mayenfisch et injecter quelques fausses notes à Sgt Pepper’s.

Selon différentes études, les hommes divorcés ou veufs se suicident trois à six fois plus souvent que les hommes en couple.  Il y a sans doute là une piste à explorer.  Selon Jean-François Saucier, psychiatre et professeur à la Faculté de médecine de l’Université de Montréal, également cité par Yvon Dallaire, à chaque augmentation de 1 % du taux de divorce correspond une hausse de 0,33 % du taux de suicide.  Or, pour les couples mariés depuis 1970, le risque de divorce atteint 50 %.  Pour ceux mariés depuis 1990, il saute à 67 %. 

Un ouvrage qui irrite toujours
certaines susceptibilités...
Est-ce à dire que le suicide au masculin pourrait alors augmenter, malgré un récente et relative accalmie, révélée par l’Institut national de santé publique du Québec ?  Ce n’est pas impossible, puisque la garde des enfants reste accordée à la mère dans 80 % des cas.  Or le fait de conserver un lien significatif avec ses enfants demeure un facteur dissuasif puissant contre le suicide chez la mère, comme il l’est pour le père apte à assumer son rôle parental, qui peut maintenir ce lien grâce à une ex-conjointe responsable. 

Faut-il rappeler qu’un système soucieux du mieux-être de l’enfant, dans une perspective égalitaire de reconnaissance des droits légitimes des pères comme des mères, ainsi que l’avènement d’organismes d’aide aux hommes en détresse, demeurent des perspectives sociales aussi urgentes que souhaitables ?  Voilà des pistes prioritaires à explorer, n’en déplaise aux Mmes Mayenfisch de ce monde, pour qui reconnaître la détresse masculine relève de l’antiféminisme primaire.

samedi 17 mars 2012

Le féminisme universitaire, ou l’antihominisme démasqué

Université du Québec à Montréal (UQÀM)
Ceux et celles qui s’intéressent à la condition masculine et la reconnaissent comme une entité aussi évidente qu’incontournable auront compris à quelle publication le titre de cette chronique fait allusion.  Pour les autres, je précise qu’il s’agit d’un essai rétrograde et dépassé dès sa parution intitulé Le mouvement masculiniste au Québec. L’antiféminisme démasqué, ouvrage collectif dirigé par Francis Dupuis-Déri et Mélissa Blais, chercheurs à l’UQÀM, qui abrite l’institut de recherche et d’études féministes.  Si je m’arrête – momentanément - à cet ouvrage, en soi peu digne d’intérêt, c’est qu’il demeure représentatif de nombre d’idées fausses et de demies vérités chères à plusieurs idéologues universitaires que la situation des hommes gène, irrite, et perturbe par les problématiques qu’elle comporte et soulève et par les remises en question sociales qu’elle suscite inévitablement.

Le réflexe conditionné chez ces prétendus « révolutionnaires » subventionnés reste bien connu et prévisible : quiconque a le malheur d’évoquer ne serait-ce que l’expression « condition masculine » – qui n’existe pas, selon eux, les hommes n’éprouvant pas de problèmes – se voit automatiquement catalogué masculiniste ou antiféministe.  Ces intellectuels féministes nous « apprennent » que le masculinisme et l’antiféminisme représentent une tendance lourde et menaçante générée par des béotiens d’extrême droite n’aspirant qu’à remettre les femmes « à leur place » dans la sphère privée.  L'action malfaisante de ces êtres bourrus s’inscrit dans le contexte général de la thèse du complot patriarcal et de ses multiples avatars: le plafond de verre des postes de direction, l’inéquité salariale, le syndrome de la femme battue, la double journée de travail, l’hypersexualisation tentaculaire (qui menace désormais autant les femmes mûres que les adolescentes) et la discrimination envers les blondes, parmi d’autres idées fixes. 

La reconnaissance des différences fondamentales entre hommes et femmes s’inscrit également dans la perspective de sombres desseins visant le retour à des rôles sociaux figés desquels, toujours selon ces idéologues, les « masculinistes » estiment que les femmes et les hommes n’auraient jamais dû s’éloigner.  La riposte préconisée par les « scientifiques » féministes : la négation desdites différences, attribuables au concept de conditionnement social.  Bref, comme l’estimait Simone de Beauvoir, on ne naît pas femme, on le devient.  Même chose pour les hommes.  Ce postulat naïf résume la déconcertante candeur des gender studies, qui nient les évidentes différences entre les femmes et les hommes, sauf quand celles-ci présentent l’humanité sous l’angle de mâles prédateurs, et de victimes féminines.  Béhaviorisme à la carte, donc.

De la partie au tout

Tout mouvement se retrouve 
aux prises avec des extrémistes.
Il n’existe aucun mouvement social, si légitime soit-il, qui ne comporte sa cohorte d’extrémistes.  Les musulmans modérés se voient souvent ostracisés à cause des islamistes et de leur attachement fanatique à la charia, des syndicalistes humanistes paient pour les exactions de fiers à bras corporatistes, des féministes égalitaires qui reconnaissent les problématiques masculines font les frais des féministes radicales et de leur haine maladive et vindicative envers les hommes.  Des homosexuels sont injustement identifiés à la faction extrémiste des militant-e-s gays et lesbiennes qui soutient les féministes misandres dans leur opposition à la garde partagée. 

De la même façon, les hommes et les femmes qui dénoncent les injustices vécues par la gent masculine se voient assimilés à une mouvance radicale qui existe véritablement, pour le plus grand bonheur d’intellectuels à pensée unique, trop heureux de discréditer le tout en l’assimilant à la partie.  C’est ainsi que les défenseurs de la cause des hommes se voient régulièrement présentés comme des primates rétrogrades repus de rituels virils ancestraux, aspirant à une existence tribale, allergiques à toute modernité et célébrant la Saint-Marc Lépine chaque 6 décembre, quand ils ne risquent pas à tout moment de se constituer en milice armée ayant le documentariste belge Patric Jean pour cible privilégiée.  Précisons que M Jean considère les « masculinistes » paranoïaques…

C’est curieux, mais j’ai le plus grand mal à retrouver ce profil réducteur chez les figures dominantes du mouvement hoministe que sont le psychologue et auteur Yvon Dallaire, injsutement traité de pédophile, le documentariste Serge Ferrand, whistle blower des injustices vécues par les pères divorcés (une thématique qui enrage littéralement les féministes radicales), tout comme chez Lise Bilodeau, « traîtresse » à la cause des femmes, puisqu’elle soutient elle aussi ces hommes « indignes ».  Je ne constate pas davantage de misogynie ou de volonté d’opprimer les femmes chez Patrick Guillot, véritable chercheur sur les sexismes autant envers les hommes qu’envers les femmes, et auteur de l’indispensable essai intitulé La misandrie.  La dangerosité sociale d’un Jean Gabard, spécialiste en éducation reconnu et régulièrement invité à donner des conférences m’échappe totalement.  Mais la vérité elle-même peut devenir dangereuse.

L’égalité, prétexte au corporatisme

La parité ministérielle du gouvernement québécois.
L’arrivée des femmes sur le marché du travail menacerait donc les hommes dans leur identité propre et les « masculinistes » ne sauraient l’accepter, poursuivent les idéologues féministes radicaux.  Jamais la thèse de la discrimination positive, favorisant les femmes de la maternelle à l’université, discrimination étendue ensuite à la fonction publique, maintenant aux conseils d’administration de sociétés d’État, voire au conseil des ministres, aux médias et aux entreprises privées soucieuses de redorer leur blason corporatif, ne sont avancées comme hypothèses susceptibles d’expliquer une levée de boucliers de militants qui aspirent à une véritable égalité homme femme, non discriminatoire, aussi respectueuse que réciproque. 

Jusqu’ici, le féminisme radical n’aura réussi qu’à faire la preuve de sa volonté d’instaurer, de maintenir et d’obtenir toujours davantage de privilèges pour les femmes, mais surtout, surtout, pour ses organisations, en accusant les hommes de ne pas vouloir renoncer à leurs avantages (il faudra me dire en quoi ils consistent en 2012).  Dans cette perspective expansionniste, Marc Lépine aura autant contribué à l’essor corporatiste du lobby féministe que le mensonge des 300 000 femmes, mariées ou en union de fait, chroniquement battues au Québec, État qui regroupe les hommes les plus inoffensifs en Amérique du Nord.

Non, ce n’est pas la faute des femmes !

Rapport Rondeau : tabletté !
Ce sont les mêmes oracles qui se plaisent à dire que les « masculinistes » rendent les femmes responsables de tous leurs problèmes, allant jusqu’à leur attribuer le taux de suicide endémique chez les hommes. Cette vision malhonnête balaie sous le tapis les enjeux véritables des causes de suicide qui pourraient faire l’objet d’études sérieuses dont on peut légitimement présumer qu’elle ne seront par abordées par certaines instances à l’UQÀM.  S’il est vrai qu’un suicide masculin sur deux a lieu dans un contexte de rupture, il serait à peu près temps de se questionner sur l’impact judiciaire du divorce quand on sait que de 65 à 80 % des ruptures sont initiées par la conjointe, que la garde des enfants, en cas de litige, est accordée à la mère dans 80 % des cas, et que 95 % des payeurs de pensions, parfois exorbitantes, restent les hommes. 

J’ai recueilli plusieurs témoignage d’hommes divorcés, parfois ceux de leur nouvelle conjointe.  Dans tous les cas, la responsabilité de l’ancienne conjointe n’a été mentionnée qu’en lien avec un système judiciaire préjudiciable aux hommes et avec des corps policiers aveuglément assujettis à une arbitraire et dogmatique politique d’intervention en violence conjugale qui stigmatise les hommes, même quand ils sont victimes de blessures sévères.  L’attitude d’intervenants sociaux, dont la DPJ notamment, a souvent plus que laissé à désirer. 

Quant à la pauvreté des ressources offertes aux hommes, autre facteur à considérer dans la problématique suicidaire, elle est quantifiable et le rapport Rondeau, qui dénonçait cette réalité dès 2004, a été tabletté à la suite de la levée de boucliers de la FFQ et d’une quinzaine d’instances féministes dont, bien sûr, l’Institut de recherche et d’études féministes de l’UQÀM et la chaire d’étude Claire-Bonenfant, de l’université Laval.  Ce dernier geste, ignoble, explique mieux que tout autre analyse que les militants de la cause des hommes ont raison de dénoncer la sécheresse de cœur et la nuisance cupide du féminisme d’État

Les hoministes, exclus des universités ?

Yvon Dallaire
Je n’en reviens pas de constater à quel point le discours féministe radical et misandre est devenu omniprésent dans les universités, sans que le grand public le sache ou le réalise.  L’indifférence de ce dernier à ce propos vieillot et répétitif demeure la meilleure sauvegarde de celles et de ceux qui le tiennent.  Je me demande quel accueil peut recevoir un étudiant de maîtrise ou de doctorat si d’aventure il manifeste l’audace de présenter un projet de mémoire critiquant le féminisme d’État dans une perspective dénonciatrice à l’université Laval ou à l’UQÀM, devant laquelle Yvon Dallaire peut à peine déambuler sans déclencher une émeute. 

Le féminisme ne s’est-il pas toujours présenté comme l’un des plus fiers défenseurs de la démocratie et de la liberté d’expression ?  Il y a de quoi se poser des questions quand il cherche, en démonisant les militants de la cause des hommes, à les faire taire par le discrédit tout en prétendant que les « masculinistes » ont envahi l’espace médiatique.  Il s’agit là d’une affirmation très éloignée de la réalité, quand on considère l’espace occupé par les féministes radicales à longueur d’année, notamment entre le 25 novembre et le 6 décembre ou chaque 8 mars.

Quant aux études sincères et honnêtes sur la condition masculine, elles se font, universités ou pas.   De plus en plus d’ouvrages livresques de qualité lui sont consacrés et certains, comme Homme et fier de l’être, d’Yvon Dallaire, deviennent même des best-sellers.  Je doute que les parutions de M Dupuis-Déri cartonnent aussi fort.  Le jour viendra où le discours novateur de cette littérature ne pourra plus rester ignoré, ni dénaturé.  Déjà, il se démocratise au plus grand nombre.  Et c’est bien là ce qui inquiète…

dimanche 11 mars 2012

Décrochage : tout pour les gars ? Depuis quand ?

Jacques Parizeau
En 2008, Jacques Parizeau, ancien premier ministre péquiste du Québec, dénonçait la piètre performance de notre système d’éducation dans la lutte au décrochage des garçons.  « Le taux de diplomation des garçons anglophones est presque deux fois plus élevé que celui des garçons francophones », avait-il constaté, n’hésitant pas à qualifier cet écart de « prodigieux ». Le flamboyant homme d’idées demeurait perplexe devant le fait qu’à peine 36 % des étudiants francophones avaient complété leur secondaire en cinq ans, tandis que 67 % des étudiants anglophones réussissaient dans les temps.  Après sept ans, le pourcentage d’étudiants ayant complété leur diplôme n’atteignait même pas les 50 % de francophones, tandis qu’il représentait près de 80 % chez les anglophones. 

On se rappellera néanmoins que c’est en 1995, sous un gouvernement péquiste, précisément avec Mme Pauline Marois pour ministre de l’Éducation, que les états généraux sur l’Éducation avaient mis de l’avant comme objectif prioritaire la lutte au décrochage des garçons.  Près de 20 ans plus tard, le problème est resté aussi catastrophique, s’il n’a pas empiré.  Quels efforts ont donc été faits pour sauver les garçons de l’incurie de notre système scolaire ?  Comment se fait-il que l’écart entre les garçons et les filles se soit creusé au point que les premiers fassent pratiquement figure de personnes handicapées en comparaison des deuxièmes ?  L’assiduité et la performance au féminin suffisent-elles à elles seules à expliquer un tel écart ?

Il serait intéressant de savoir quelle analyse, quel plan directeur a bien pu être concocté afin de soutenir l’effort scolaire chez les garçons depuis 1995. En dehors de vœux pieux, de quelques projets pilotes misant sur l’informatique ou le sport dans des établissements spécifiques, ou encore de certaines initiatives citoyennes où les garçons eux-mêmes ont été mis à contribution en participant à des enquêtes, aucun plan d’ensemble, aucune stratégie concertée pan québécoise connue n’a été mise de l’avant dans la lutte au décrochage des gars.  

Pauline Marois
Bien pire, loin de remettre le système scolaire en cause, l’État laisse échapper par moment un discours idéologique et dogmatique rendant les stéréotypes culturels et les pères absents responsables de la faillite scolaire des garçons, quand ces derniers ne sont pas pointés du doigts pour leur indolence.  Mme Marois elle-même, devenue critique en Éducation dans l’opposition après la défaite de son parti en 2003, avait défendu cette thèse douteuse, sans doute afin de se dédouaner de cet – autre – échec de son ancien ministère.

Pour les filles, changeons le système !

Devant un tel tableau, on s’étonnera de la récente sortie du président de la Fédération autonome de l’enseignement (FAE), Pierre St-Germain : «  Il faut reconnaître que socialement, médiatiquement et politiquement, on met beaucoup d’emphase sur le décrochage des garçons, au point de passer totalement sous silence la situation des filles. »  C’est juste « concrètement », M St-Germain, qu’on se fiche des gars.  St-Germain n’a pas tort cependant d’affirmer que le sort des décrocheuses a moins retenu l’attention ces dernières années.  Elles restent en effet moins nombreuses que les gars, le système scolaire priorisant la réussite scolaire au féminin dès le primaire avec un environnement adapté, puis, plus tard, avec des programmes de discrimination positive et des bourses d’études dont on ne trouve aucun équivalent pour les gars.

Pierre St-Germain
Aussi les propos du président de la FAE sont-ils pernicieux pour deux raisons.  Le syndicaliste insinue que des efforts considérables sont consacrés à la lutte au décrochage des garçons, ce qui est faux, puisque de tels efforts auraient déjà porté fruit.  Ensuite, par le magie du nouveau concept d’analyse différenciée, mis de l’avant dans le récent plan d’action  gouvernemental pour « l’égalité » homme femme, toujours en faveur des femmes, il y a gros à parier que les efforts qui n’ont pas été faits pour soutenir les gars le seront désormais pour aider les filles.  Or les uns comme les autres doivent bénéficier d’égales possibilités.

N’oublions pas que, selon Alexa Conradi, de la FFQ, alliée stratégique de la FAE, le problème du décrochage des filles est plus grave que celui des gars, même si ces derniers restent plus nombreux.  L’institut de recherche et d’études féministes de l’UQÀM, forteresse féministe devant l’éternel, a joint les efforts de la FAE afin de rendre publique une étude téléphonique réalisée par Isabelle Marchand auprès de 26 femmes âgées entre 19 et 54 ans ayant abandonné l’école. 

Hormis le faible échantillonnage qui rend cette étude questionnable, certaines de ses conclusions laissent pantois.  Alors que les femmes représentent près de 60 % des diplômés universitaires, l’étude conclue qu’elles encourent plus de risques que les hommes d’expérimenter la pauvreté et l’exclusion sociale.  L’auteure sait-elle que les hommes demeurent majoritaires parmi les assistés sociaux, les chômeurs et représentent 85 % des itinérants ? 

Les causes du décrochage des filles ne seraient pas les mêmes que celles des gars.  La violence et l’inceste ne frapperaient apparemment qu’elles, si l’on s’en tient aux constats de l’étude.  Mme Marchand n’a apparemment pas lu Le garçon invisible, au titre plus qu’évocateur, qui révèle que les garçons demeurent les premières victimes de la violence familiale. 

Le droit à des chances égales

Évidemment, le risque de grossesse et ses conséquences constituent une problématique qui nécessite un soutien particulier afin que la jeune mère puisse compléter des études pouvant assurer sa subsistance et celle de son enfant.   Pour le reste, certaines conclusions paraissent arbitraires, voire stéréotypées.  Ainsi, bien qu’on leur prête davantage de troubles de comportement et de problèmes de drogue, les garçons décrocheraient surtout à cause du gain d’argent possible sur le marché du travail tandis que les filles seraient, on s’en doute, surtout victimes de problèmes familiaux ou opteraient pour le mariage.  Et si c’était leur désir d’autonomie qui expliquait que les décrocheurs gagnent en moyenne 8000 $ de plus que les décrocheuses, comme l’avance Mme Marchand ?

Bien sûr, les filles peuvent aussi décrocher...
Personne ne peut être contre la vertu ou nier que le décrochage soit aussi un problème féminin qui nécessite un meilleur soutien de l’école, comme des parents.  Bien que légitime, la prise de position de la FAE n’en demeure pas moins préjudiciable par le risque qu’elle implique de mettre davantage au rancart les garçons, faussement présentés comme des privilégiés d’un système mobilisant déjà des ressources enviables en comparaison des filles.  Oui, plus d’efforts ont été consentis pour les garçons.  Ils n’en demeure pas mois que la lutte au décrochage des gars demeure à ce jour un échec retentissant depuis près de deux décennies.

Toujours à l’ombre de l’analyse différenciée, un biais idéologique analogue est désormais observable dans le cas des femmes itinérantes, devant lesquelles on présente les ressources pour hommes comme nettement mieux structurées, alors qu’elles sont presque inexistantes.  Tandis que l’ensemble des politiques en santé et services sociaux favorise les femmes au point où leurs besoins sont onze fois plus financés, que le système d’Éducation mise d’abord sur la réussite au féminin et que les politiques familiales priorisent la mère devant l’enfant même, il ne faudrait pas que, sous le couvert d’un soutien légitime envers les filles, l’État en arrive à compromettre encore davantage l’avenir des hommes de demain.


samedi 3 mars 2012

8 mars : le féminisme d’État ?... Plus facultatif que jamais !

Des féministes d'État d'âme...
Cette année encore, des représentantes du Collectif 8 mars, bouleversées, comme il se doit, ont rencontré, le 23 février dernier, Christine St-Pierre, l’inérarrable ministre de la Culture, des Communications et de la Condition féminine.  Après les indignés de Wall Street et de Montréal, ce fut à leur tour de brandir leurs « légitimes » revendications d’une main, en prenant soin, bien sûr, d’agiter un mouchoir humide de l’autre.  « Les femmes ont toutes les raisons de s’indigner », pleurent-elles maintenant. Depuis le temps que ce cirque annuel perdure, je crois que je ne m’y ferai jamais.  Si nous avions des médias dignes de ce nom, de tels accès publics de manipulation, indignes de femmes ayant le respect de soi et se tenant debout, auraient déjà subi les foudres de plus d’un commentateur.  Cette année encore, ces derniers laisseront courir, de crainte de passer pour sexiste, misogyne, ou antiféministe.

La soupe chaude

Il est bien certain, et ces « militantes » le savent, que les femmes ont fait des progrès considérables depuis la fondation de la Fédération des femmes du Québec en 1966, et c’est bien là leur principal problème.  En effet, comment justifier leurs substantielles subventions, sans prétendre contre toute logique que les femmes n’ont pas vraiment avancé depuis cette époque héroïque ?

La vérité, la pire ennemie de ces idéologues, c’est qu’au Québec les femmes sont devenues les citoyennes de première classe, bénéficiant dès l’enfance d’un système scolaire adapté à leurs besoins d’apprentissage, ensuite de programmes universitaires de discrimination positive et de bourses d’études en disciplines non traditionnelles, d’organismes d’intégration à l’emploi, de politiques d’embauche privilégiée dans la fonction publique, dans les médias et, maintenant, dans les conseils d’administration de société d’État.  Et que dire de la parité au conseil des Ministres ?  Il n’est pas jusqu’au secteur privé, soucieux de présenter une image de bon citoyen corporatif, qui met de l'avant l’embauche et la nomination de femmes à des postes de direction.

Même Julie Miville-Déchêne
sent la soupe chaude...
Comment ces féministes d’État d’âme peuvent-elles continuer à nier, de surcroît, que les soins de santé et de services sociaux demeurent bon an mal an onze fois plus financés que ceux les hommes et qu’une justice familialiste mercantile en fait les principales bénéficiaires de pensions alimentaires, parfois à vie, et les détentrices privilégiées de la garde des enfants ?  

Julie Miville-Déchêne, la nouvelle présidente du Conseil du statut de la  femme a commencé à se rendre compte, au cours d’une tournée de consultation populaire, que son organisme, comme le féminisme militant, a de plus en plus mauvaise presse :  Tous ou presque, que ce soit parmi les groupes d’aide aux femmes et de défense de leurs droits ou les simples citoyens, sont conscients que notre discours (ou notre vocabulaire) ne passe plus, surtout chez les jeunes : la notion de patriarcat est jugée dépassée et réductrice, et beaucoup ne se reconnaissent pas dans ce qu’ils perçoivent comme un discours de victimisation des femmes. Même le terme féminisme est devenu péjoratif, car il est vu comme un synonyme de radicalisme, alors que dans le dictionnaire, être féministe veut simplement dire être en quête d’égalité entre les sexes. Le Conseil avait déjà eu l’occasion de se rendre compte de cette réalité, mais cela ne la rend pas moins dérangeante et nous force à un examen de conscience. » 

Faites-vous à l’idée, Madame, votre « examen de conscience » arrive trop tard.  Quand même une présidente du CSF se rend compte du déclin annoncé du féminisme d’État, c’est que le moment de sa chute inéluctable approche véritablement.

Un site s’intéressant à la condition masculine, Homme d’aujourd’hui, a minutieusement décortiqué les « revendications » du Collectif, piloté par la Fédération des femmes du Québec, ayant pour thème « Le féminisme ?... plus actuel que jamais ! », dans un texte fort instructif et documenté.  Difficile, après la lecture de ce document, qui déboulonne une à une les prétentions de la FFQ, de ne pas comprendre la manipulation victimaire de ces féministes.  Je reprendrai ici certaines des données présentées par Homme d’aujourd’hui, commentées par mes soins. 

Le mythe de la pauvreté d’abord féminine

La FFQ prétend que le travail des femmes, rémunéré ou non, est constamment dévalué et sous-estimé.  Elle n’a apparemment pas suivi les revendications et les gains des employées de Centres de la petite enfance auprès du gouvernement québécois !  La loi d’accès à l’égalité en emploi dans les organismes publics oblige depuis 2000 leurs gestionnaires à préférer les femmes, à compétences dites égales, sans bien sûr, qu’aucun plafond ne soit prévu.  Résultat : les hommes disparaissent peu à peu de la fonction publique et parapublique, où les femmes sont devenues majoritaires.  Les hommes ont en effet perdu, entre 1980 et 2006, 12 674 postes, et les femmes en ont gagné pendant le même intervalle, 12 290. 

Alexa Conradi, de la FFQ, aussi larmoyante
que ses prédécesseures.
La loi sur l’équité salariale (1996-2001) oblige par ailleurs les employeurs des secteurs privé et public à rémunérer les femmes faisant partie d’une catégorie à forte concentration féminine selon le maximum établi chez une catégorie d’emploi masculine « équivalente ».  La disposition inverse envers hommes ne s’applique pas, naturellement.  Il n’est plus ici question d’égalité, mais de privilège. 

En 2012, la FFQ ose encore affirmer que les femmes occupent en majorité les emplois les plus précaires et demeurent les plus pauvres parmi les pauvres.  Selon le ministère de l’Emploi et de la Solidarité sociale, les hommes restent bons premiers parmi les chômeurs, dont le nombre s’est accru avec la crise manufacturière qui les a frappés de plein fouet, en plus de demeurer majoritaires parmi les assistés sociaux.  De fait, le taux de chômage féminin est resté inférieur à celui des hommes depuis 1991.  Et que dire de l’itinérance, masculine à 85 % ?  De qui la FFQ se moque-t-elle ? 

Alors que les femmes québécoises sont majoritaires à 60 % dans les universités, la thèse de la pauvreté présentée comme un phénomène d’abord ou exclusivement féminin a du plomb dans l’aile.  Selon le ministère de l’Emploi et de la Solidarité sociale, le revenu moyen des femmes atteint désormais 86 % de celui des hommes et en représentera sous peu 94 %.

Alors que la FFQ présente le travail à temps partiel comme une fatalité qui s’abat sur les femmes, Statistique Canada exprime un avis singulièrement différent : « La plupart des femmes qui travaillent à temps partiel le font parce qu’elles ne veulent pas d’un emploi à temps plein ou parce que cela convient mieux à leur situation personnelle. En 2009, 27,7 % des femmes travaillant à temps partiel avaient déclaré ne pas vouloir un emploi à temps plein par préférence personnelle et 25,0 % parce qu’elles étaient aux études (…). »

Et la violence faite aux hommes ?

La FFQ affirme également que la violence envers les femmes est trop souvent banalisée et passée sous silence.  C’est vraiment la meilleure, quand on songe au dopage statistique, relayé par des journalistes passifs, dont on nous abreuve, du 25 novembre au 6 décembre, et au-delà.  Et que dire de la violence faite aux hommes, « banalisée et passée sous silence », sans compter les études gouvernementales passées sous silence, elles aussi, établissant la parité homme femme en violence conjugale, que nos médias amorphes ou poltrons continuent de feindre d’ignorer ?  Statistique Canada et l’Institut de la statistique du Québec ne sont probablement pas des sources assez fiables à leurs yeux.

Une réalité vraiment passée sous silence.
Comment le Collectif peut-il accuser l’État de banaliser la violence faite aux femmes, quand le gouvernement québécois a « investi », de 1996 à 2001, 224 086 969 $ dans ce qui est devenu une véritable industrie de la lutte présumée à ce fléau, dont 193 026 942 $ dévolus aux seules maisons d’hébergement pour femmes violentées et 13 694 436, aux services aux conjoints violents.  Rien, on s’en doute, n’est dépensé en maisons d’hébergement pour les hommes violentés et leurs enfants, malgré la hausse alarmante des cas du genre constatés par un nombre grandissant d’intervenants sociaux. 

Les 24 centres d’aide et de lutte contre les agressions à caractère sexuel (CALACS) reçoivent quant à eux plusieurs dizaines de millions alloués par quatre ministères.  Aucun financement d’organisme n’existe pour les hommes, malgré le nombre alarmant de cas de mineurs de sexe masculin abusés sexuellement régulièrement relatés par les médias.

Qui a des raisons de s’indigner ?

Et ces dames trouvent encore le moyen de s’indigner ?  Quel culot !  S’il existe une catégorie de citoyens qui a d’excellentes raisons de sortir de ses gonds, c’est bien celle des hommes et des femmes qui les soutiennent.  Comment peut-il en être autrement, surtout chez les pères et les mères de garçons dont l’avenir anticipé dans notre société misandre n’annonce rien de bon. 

Système scolaire déficient, délibérément aveugle sur les causes du décrochage des garçons, de peur d’indisposer le CSF qui en attribue la responsabilité aux pères absents et aux stéréotypes sociaux, hautes études compromises par le découragement occasionné par une école déphasée, obstacles à l’embauche résultant de politiques généralisées de discrimination positive favorisant toujours les femmes, absence de ressources pour hommes en difficultés, désinformation féministe démonisant les hommes et niant toute malveillance chez les femmes, publicités, téléromans et télé séries misandres présentant obstinément les hommes comme des êtres stupides, médiocres, poltrons, irresponsables et infantiles en comparaison de femmes parées de toutes les vertus, voilà autant de raisons de s’indigner.

Rendez-vous au 19 novembre !
Il serait grand temps de communiquer notre indignation dès à présent, particulièrement en prévision du 19 novembre prochain, journée internationale de l'homme, qui devrait devenir un rendez-vous annuel afin d’exposer des problématiques… plus actuelles que jamais.