mardi 29 mai 2012

Prenez garde ! Cette chronique est « indésirable » ou « dangereuse »…

Bon, si vous lisez le présent paragraphe, c’est que vous aurez décidé de passer outre le salutaire avertissement contenu dans mon titre.  Vous ne pourrez pas dire après que vous n’aurez pas été mis en garde contre les noires volutes subversives irradiées par ma prose corrosive.  Vous aurez donc choisi de braver la menace de vous voir contaminés par une pensée vouée à la destruction d’idées aussi répandues que toxiques, mais tenues pour vraies.  En clair, vous êtes en péril…

Saint-Facebook, priez pour nous…

Facebook, le nouveau chien de garde
des bonnes moeurs...
Ceux et celles qui lisent régulièrement ma chronique - c’est qu’il y en a – ont appris dans la dernière que Facebook, véritable institution présente dans les vies d’un nombre sans cesse croissant d’individus – de pratiquants ? -, s’est récemment attribué, en ce qui me concerne du moins, le rôle de gardien des bonnes mœurs, un peu à l’instar du clergé du temps jadis, protégeant ses brebis de l’athéisme par la mise à l’index de propos séditieux.

Je rappelle que c’est au moment où j’allais partager ma dernière chronique sur le mur d’un ami Facebook qu’une interdiction est apparue sur mon écran, me signalant que cette opération m’était refusée, le lien de mon texte étant bloqué car « il contient des messages indésirables ou dangereux (sic !) ».   Je précise que j’avais osé dans ce texte un parallèle humoristique entre le féminisme radical et la maladie d’Alzheimer, établissant une comparaison fantaisiste entre les deux par « l’analyse » de quatre étapes successives communes, soit la répétition inlassable du discours, l’incapacité de reconnaître une idée contraire, la colère et la paranoïa. 

Les vertueux administrateurs de Facebook, possiblement alertés par une ou plusieurs âmes bien pensantes, auraient-ils décidé de sévir contre cette chronique parce que je tournais en dérision les prétentions des féministes radicales, ou l’ont-ils fait en vue de me punir d’avilir les victimes d’Alzheimer en les assimilant à ces étonnantes militantes ?  Mystère et bœuf en daube.

Dans la langue de Shakespeare…

J’ai tout de même tenté d’en savoir davantage sur les surprenantes motivations des gardiens de la vertu de FB en suivant un lien gracieusement mis à ma disposition par leurs soins.  Voici le commentaire que je leur ai adressé, après leur avoir donné, à leur demande, l’url du texte si incriminant : « Je ne vois absolument pas pourquoi ce texte est jugé par vous "indésirable" ou pire, "dangereux".  J'ajoute que toutes les chroniques de mon blog, que je pouvais jadis partager librement, connaissent le même sort.  Quel est le problème ? »  En effet, c’est l’intégralité de mon blog qui est mise à l’index, mais je peux encore partager une chronique sur le fil d’actualités de Facebook à partir de mon site même.  Pour le moment...

J’ai aussitôt reçu par courriel la réponse standard suivante, dans la langue de Shakespeare, en prime : « Hi, Thanks for taking the time to submit this report. While we don't currently provide individual support for this issue, this information will help us identify bugs on our site.  To get answers to common questions and help from other people on Facebook, visit: https://www.facebook.com/help

Thanks,
The Facebook Team

Je résume – et traduis – leur réplique en termes définitifs : « Allez vous faire voir. »

Pas la première fois

JMD : au service des valeurs féminines...
N’allez pas croire que je cherche à poser en martyre de la liberté d’expression ou du droit du public à l’information, mais j’aurais l’impression  de me… censurer si je gardais pour moi de tels incidents.  Après tout, s’ils m’atteignent, ils en touchent nécessairement d’autres, et pareilles attaques ne doivent en aucun cas rester sous silence.  Oui, j’ai bien écrit « attaques ».

Dans un simulacre de démocratie, la nouvelle présidente du Conseil du statut de la femme (CSF), Julie Miville-Dechêne, avait soi-disant mis à la disposition du public un blog – ou un « bug » ? - de la présidente.  Je n’ai pas tardé à voir l’un de mes commentaires censuré en raison, devait m’écrire la webmestre du site, de la nétiquette - sorte de code moral des bons usages - du blog.  Eh oui, là également, d’autres représentants du nouveau clergé avaient sévi. J’ai cité le commentaire et l’ai placé en contexte dans cette chronique.

« Un tremplin vers une contestation plus large »

Cette expression, employée par Gabriel Nadeau-Dubois, leader étudiant de la CLASSE, dans le contexte de la lutte à la hausse des droits de scolarité, m’est revenue en mémoire.  Et si quiconque ose critiquer la religion d’État, soit le féminisme radical, se voit menacé d’excommunication, la répétition du procédé ne risque-t-elle pas de se voir érigée en système ?   J’avais abordé cette perspective dans une récente chronique, sans me douter que j’allais moi-même si vite faire les frais de l’une de ces tactiques.

Liberté d'expression ?
Il y a pire que de se voir censuré, de façon arbitraire et iconoclaste.  C’est la possibilité de se voir traîné en justice ou, à tout le moins, censuré en raison d’une nétiquette cette fois légaliste.  Une telle perspective a été le plus sérieusement du monde envisagée par un organisme gouvernemental dans une étude inquiétante pour la démocratie.  Son titre en dit long : Internet et la violence: Le contrôle juridique des sites Internet violents envers les femmes. Analyse de la situation canadienne.  Ce projet d’études, initié par la Chaire Claire-Bonenfant, de l’université Laval, est financé par le Centre de recherche interdisciplinaire sur la violence familiale et la violence faite aux femmes (CRIVIFF).  Aux yeux de tels stratèges, toute critique du féminisme représente un geste de violence faite aux femmes. 

J’écrivais récemment à propos de ce douteux projet: « Le programme de cette initiative étonnante démontre à quel point les médias sociaux représentent une menace constante pour les féministes radicales, par le fait que les chiffres pourtant gouvernementaux qu’elles souhaitent taire, les injustices faites aux hommes qu’elles voudraient étouffer (les injustices ou les hommes, faites votre choix) et le discours critique sur leur déviance éthique - vers des objectifs exclusivement corporatistes - qu’elles désireraient annihiler, les perturbent. » 

Dans les coulisses du pouvoir…

Il faut se méfier plus que jamais des idéologues féministes et de leurs hypocrites manœuvres de corridor.  Contrairement aux syndicalistes, vivant certes sous la férule idéologique du féminisme d’État, mais opérant concrètement selon des préceptes très virils de confrontation et d’effets de balustres, les féministes se tiennent loin des projecteurs, opèrent dans l’ombre, et vampirisent le trésor public à l’aide d’initiatives plus douteuses les unes que les autres sans que le public n’en soit informé.  Les hommes, les garçons, mais aussi les femmes dotées d’un véritable sens de l’égalité entre les sexes, en deviennent les premières victimes. 

Le mariage, subordonné à
une nouvelle religion ?
Consultations bidon sur l’égalité homme femme, siège du CSF au Conseil du trésor, entrées privilégiés, par le biais de l’organisme de JMD, de tout groupe féministe radical auprès des ministères, études biaisées par des universitaires carriéristes qui ne cracheront jamais dans la soupe, industries lucratives de la violence conjugale, du divorce, au service de vautours, corruption étatique silencieuse, feutrée, généralisée comme un cancer que l’on risque de diagnostiquer trop tard, voilà les stigmates d’un féminisme « indésirable » et « dangereux ».

Ce tragique projet de société, déjà devenu réalité, devra avant longtemps être clairement mis au jour, tous projecteurs allumés, avant que la menace d’une censure étatique n’en masque davantage l’étendue.  Car jamais les médias n’oseront risquer de se voir excommuniés par la religion d’État.

samedi 26 mai 2012

Facebook, désormais adepte de la censure ?

Quelle ne fut pas ma surprise il y a une heure, quand j’ai essayé de partager à nouveau sur Facebook ma dernière chronique intitulée Féminisme radical et Alzheimer : troublantes analogies, de constater non seulement qu’il m’était impossible d’exécuter cette banale opération routinière, mais en plus, de découvrir le motif de cette impossibilité pour le moins questionnable, par le biais du message suivant, communiqué par les aimables administrateurs du site :

Un Facebook dont je ne veux pas.
« Le contenu que vous essayez de partager contient un lien qui a été bloqué car il contient des messages indésirables ou dangereux :

blogspot.ca

Pour en savoir plus, consultez nos page (sic) d’aide. Si vous pensez qu’il s’agit d’une erreur, veuillez nous en informer. »

Je n’en ai rien à cirer de vos pages d’aide, mesdames et messieurs les administrateurs.  « Indésirables ou dangereux » ?  Êtes-vous sérieux ?  Vous vous préparez à quoi, une attaque nucléaire ou des manifestations antiféministes massives à Montréal ?

J’ai déjà eu le douteux privilège de me voir censuré par le Conseil du statut de la femme (CSF), dans son blog de la présidente, en raison de sa règle de la « nétiquette », mais une telle attitude, si malhonnête soit-elle, n’avait rien de surprenant de la part d’une instance relevant du féminisme d’ État.  Rien de plus naturel, chez pareilles individues, que d’étouffer toute velléité de contestation de leur autorité en tentant de faire passer les odieux contestataires pour des infâmes masculinistes, misogynes et adeptes du complot patriarcal ayant pour but la domination masculine, ce concept si cher à un certain documentariste en mal de notoriété qui affirme redouter de mettre les pieds en sol québécois, de peur de se voir la proie d’une milice masculiniste elle aussi « indésirable et dangereuse »…

Quant à la volonté de rabattre le caquet de quiconque oserait remettre en cause l’hégémonie féministe radicale, elle ne surprendra personne au courant des desseins de Christiane Pelchat, présidente sortante – et, Dieu merci, sortie, au Mexique – du CSF, jadis désireuse de légiférer en vue de museler tout mouvement de contestation de son idéologie rétrograde.  Le procédé est simpliste au possible : chercher les citations les plus hargneuses de « masculinistes » extrémistes et les généraliser à tous les défenseurs de la condition masculine en vue de les discréditer et de les faire taire. 

Facebook serait-il contaminé par semblable déviance ?  J'avoue désormais me poser la question.  Un fait cocasse, cependant : alors que Facebook censure ma chronique parue dans mon blog, je peux partager la version du même texte, publiée dans ma page publique... Facebook dans leur site… Facebook !  Vive la démocratie et la cohérence, chers administrateurs FB !

Un peu plus tard...

Je viens de constater qu'après un premier partage, il m'est impossible de partager à nouveau le présent texte sur Facebook, pas plus qu'il ne m'est possible de le reproduire dans ma page publique FB, comme j'en ai l'habitude.  Bonsoir, liberté d'expression...

Féminisme radical et Alzheimer : troublantes analogies...

La chronique qui suit ne revêt aucune prétention scientifique, mais comme il circule des théories douteuses qui en affichent - les gender studies, pour ne nommer que celle-là - je me suis dit qu’il était difficile de faire pire dans le domaine de la spéculation intellectuelle.  Alors pourquoi ne pas me risquer ?  C’est sur un ton nettement plus décontracté que celui emprunté par les défenseurs de théories auxquelles ils tentent d’assujettir la réalité que j’aborderai le féminisme radical sous l’ange peu usité d’une problématique en santé mentale. 

Un lieu de travail peut parfois
amener à d'étonnantes découvertes...
Mon expérience professionnelle, en tant qu’agent de service privé chargé de veiller à la sécurité de patients psychiatrisés en milieu hospitalier, m’a amené à constater d’étranges similitudes entre le féminisme dominant et certains troubles mentaux.  Parmi la pléthore de problématiques envisagées, la maladie d’Alzeimer m’est apparue la plus proche de ce courant idéologique.  Ces similitudes peuvent être schématisées sous forme d’une séquence comprenant quatre étapes consécutives, chacune se révélant la suite logique de la précédente.  Elles s’enchaînent ainsi : la répétition du discours, l’imperméabilité aux positions contraires, la colère et la paranoïa. 

1- L’inlassable répétition du discours féministe

Quiconque a côtoyé, dans sa famille ou ailleurs, une personne atteinte d’Alzheimer sait à quel point ces gens, souvent en proie à une idée fixe, ne cessent de répéter leur volonté de la voir mise en pratique, peu importe son invraisemblance ou l’impossibilité d’y parvenir.  Plus vous vous opposerez à eux, plus ils répéteront le même propos, si insensé soit-il.

L'isolement  d'un discours victimaire.
S’il est un trait dominant du discours féministe radical, qui se veut paradoxalement progressiste, c’est son peu d’évolution au cours des 40 ou 50 dernières années.  À part quelques néologismes comme « hypersexualisation », « Internet » ou « hétéro-sexisme », le propos féministe, essentiellement dépressif, est étrangement resté le même, dans ses grandes lignes.  Devenu sa propre parodie, il ne tient nullement compte de l’évolution des mœurs, des gains considérables obtenus par les femmes, ni des dommages collatéraux vécus par les hommes ou les garçons.

Les personnes atteintes de féminisme radical, en proie à des états d’âme victimaires, s’enferment dans un discours à idée fixe prônant que, peu importe le pays, le contexte ou l’époque, le monde n’a cessé d’être divisé en deux : la femme, naturellement tournée vers le bien, victime d’abord de sa grandeur d’âme, mais surtout de son prédateur naturel, l’homme, qui constitue la deuxième moitié de l’humanité, nécessairement tournée vers la méchanceté, l’oppression et la médiocrité.

2- L’imperméabilité aux positions contraires

Si vous avez déjà côtoyé une personne atteinte d’Alzheimer, vous n’avez pu éviter cette évidence : si vous vous tuez à la convaincre qu’elle a tort, elle vous laissera mourir.  Incapable d’admettre votre point de vue, elle persistera à répéter le sien, même si vous parvenez par l’évidence à lui en démontrer la vacuité.  C’est comme si vos arguments n’arrivaient pas à s’imprimer dans son esprit, en proie à l’idée fixe qui en occupe inexorablement toute la place.

Une fermeture obstinée à la différence d'opinion...
Nombreuses sont les études et statistiques qui invalident les positions si chères aux féministes radicales : la violence conjugale unidirectionnelle envers les femmes, la pauvreté exclusivement féminine, l’inéquité salariale, le conditionnement social qui l’emporte sur l’inné, le plafond de verre, le syndrome de la femme battue et bien d’autres thèses imaginaires constituant ce « best of » désigné par le concept général de complot patriarcal, auquel ces militantes restent obsessivement attachées. 

3- La colère

Si vous tenez tête à une personne atteinte d’Alzheimer, vous ne tarderez pas à constater, dans un grand nombre de cas, sa capacité à s’emporter.  Impuissante devant un argumentaire insistant qui anéantit ses prétentions, elle pourra sentir monter en elle une colère sourde, mais volubile, qui l’amènera à répéter toujours, bien sûr, les mêmes arguments, mais cette fois sur un ton nettement plus agressif.  À ce stade, il devient inutile de persister à dialoguer avec le malade car la colère peut ensuite dégénérer en violence, verbale ou physique.

De l'intolérance à la colère...
Les valeureux défenseurs de la condition masculine qui se hasardent à émettre des opinions contraires aux féministes radicales en participant à certains forums de discussion expérimentent régulièrement les trois premières étapes énoncées plus haut.  Le site Agora Vox demeure l’un des plus représentatifs qu’il m’ait été donné de voir.  Le niveau de langage hostile, voire ordurier, le recours fréquent à l’insulte, les procès d’intention allant jusqu’aux fausses accusations d’agressions sexuelles ou de pédophilie, constituent autant de réactions prévisibles et courantes de ces personnes participantes, femmes ou hommes d’ailleurs, atteintes de féminisme dominant. 

4- La paranoïa

Les personnes souffrant d’Alzheimer présentent souvent des symptômes de dépression, résultant d’un sentiment d’incompréhension réel ou imaginaire.  Personne ne les aime, personne ne les comprend, l’univers conspire contre elles.  Elles traînent souvent ce mal de vivre, cette difficulté d’être, comme un arrière-plan permanent de leur psyché, prêt à se voir cristallisé à l’avant-plan par un élément déclencheur : pourquoi par vous ? 

Vous avez dit : la vie en rose ?
Je l’ai mentionné plus haut : le féminisme radical est essentiellement dépressif.  Rien ne semble pouvoir venir à bout du négativisme des personnes souffrant de cette problématique.  Je me demande comment on peut encore affirmer qu’elles voient la vie en rose.  Ainsi, en proie à ce mal de vivre permanent, il suffira d’un commentaire imprudent ou voulu, contraire à leur idéologie misérabiliste, pour que vous deveniez subitement à vous seul l’ennemi, l’oppresseur, l’homme (même si vous êtes une femme) à abattre.  Gare à vous, car leur hostilité à votre égard pourra revêtir l’intensité du laser.

Existe-t-il un remède ? 

Le vieillissement de la population entraîne une prolifération de cas d’Alzheimer.  Le féminisme radical, de son côté, semble également devenu une problématique touchant en majorité des femmes et des hommes vieillissants, les jeunes ne se retrouvant que très peu dans leur discours dépressif et ennuyeux.  La recherche ne permet d’envisager aucune solution, à court ou à moyen terme, à la maladie d’Alzheimer.  Il en va de même pour le féminisme radical, de plus en plus circonscrit et révélé au public. 

Qui sait si l’application du principe de réalité aux personnes souffrant de cette déviance, par la valorisation d’un apport constructif à la société, ne pourrait pas les amener sur le chemin de la guérison ?  Je n’y crois pas plus que vous, mais il n’est pas interdit de rêver, non ?

samedi 19 mai 2012

Boycott étudiant : vers une contestation plus large de la gauche radicale ?

Bien malin celui qui aurait pu prédire, en ce début d’année, que le gouvernement le plus impopulaire et le plus méprisé de l’histoire récente du Québec bénéficierait d’un appui aussi massif de la population devant l’interminable saga qui l’oppose aux associations étudiantes, l’avenir de notre « nation ».  On est bien loin du contexte particulier de la dernière crise étudiante de 2005, quand sensiblement les mêmes instances dites démocratiques bénéficiaient d’un soutien populaire certain face au ministre de l’Éducation du temps, Jean-Marc Fournier.  Ce dernier s’était vu forcé de reculer sur ses prétentions initiales de convertir 103 M $ réservés aux bourses en prêts, après cinq semaines de « grève »

Joseph Facal, pour le dégel.
À l’issue de la crise, deux commentateurs avaient alors tenu des propos prophétiques, résolument annonciateurs de l’imbroglio actuel, par les points de vue opposés exprimés par chacun.  Joseph Facal,ancien président du Conseil du trésor, avait déclaré dans La Tribune du 28 mars 2005 : « Les étudiants ont raison de réclamer les 103 millions $ amputés au régime des prêts et bourses, mais tôt ou tard, ils devront se rendre à l'évidence qu'un dégel des droits de scolarité est plus que nécessaire. »  À noter qu’il s’agit là d’un ancien ministre péquiste et que son point de vue n’a guère changé maintenant qu’il est chroniqueur au Journal de Montréal.  

De son côté, feu Gil Courtemanche, romancier et chroniqueur, écrivait ceci, dans l’édition du 2-3 avril 2005 du Devoir : « Ce qui est surprenant et regrettable cependant, c'est que les autres forces de la société civile, je pense en particulier aux centrales syndicales et au mouvement communautaire, n'aient pas saisi l'occasion que leur présentait le mouvement étudiant. Il y a là une sorte de rendez-vous manqué qui aurait pu ébranler les bases mêmes de ce gouvernement, sinon sa légitimité usurpée. »   C’est à croire que l’arrivée du parti libéral au pouvoir a résulté d’un recomptage de votes avorté en Floride en 2000.

Difficile de ne pas constater que le message de Courtemanche a été bel et bien entendu, sept ans plus tard, devant l’évidence palpable que le débat sur la hausse des frais de scolarité n’est devenu qu’un « tremplin à une contestation beaucoup plus large, beaucoup plus profonde, beaucoup plus radicale de la direction que prend le Québec depuis les dernières années », évoqué par Gabriel Nadeau-Dubois, de la CLASSE, lors de son discours du 7 avril dernier au Monument national. 

Contrairement à 2005, le public ne semble pas cette fois mordre à l’hameçon devant le mouvement contestataire, si ardemment souhaité par Courtemanche, qui regroupe syndicats, membres de l’opposition, représentants du mouvement communautaire, féministes radicales, artistes abonnés aux subventions, mais aussi casseurs masqués.  Le payeur de taxe comprend par ailleurs que nos universités, déficitaires et parfois mal gérées, sont en train de devenir de moins en moins compétitives, et qu’il ne veut plus continuer à en régler à ce point la facture.  À tort ou à raison, les étudiants lui paraissent des êtres privilégiés qui veulent tout avoir sans rien payer.

Gil Courtemanche n'a pas pu voir
exaucé son souhait de 2005.
La gratuité scolaire, préconisée par la CLASSE, existe en France, mais ses universités tombent en ruine.  En Suède, la gratuité reste également en vigueur, mais le taux d’imposition moyen atteint 58 % !  Quant à la réaffectation de la taxe sur le capital des institutions financières, préconisée par la même association, et qui financerait ladite gratuité, elle a été aussitôt écartée, même par certaines instances syndicales, considérée elle aussi à tort ou à raison comme un frein à l’investissement. 

Un pacte social à redéfinir…

L’actuel psychodrame collectif que nous traversons s’inscrit dans ce tournant radical démontrant que le débat constitutionnel, opposant jadis farouchement souverainistes et fédéralistes, a cédé le pas à une dualité où la gauche et la droite se polarisent et s’affrontent de plus en plus durement.  Toujours aussi incongru, le Québec, qui a jadis élu simultanément les gouvernements majoritaires du fédéraliste Pierre Trudeau et de son frère ennemi, le souverainiste René Lévesque, soutient plus que jamais le NPD, fier représentant de la gauche fédérale, tout en manifestant une antipathie grandissante envers les institutions gauchistes.

Il suffit de constater avec quelle insistance la population a exigé une commission d’enquête sur les pratiques syndicales dans le domaine de la construction et combien la ministre du Travail, Lise Thériault, est devenue populaire à la suite du projet de loi 33 sur le placement syndical, pour comprendre que la cote des grandes centrales baisse dramatiquement.  Et c’est sans compter les négociations dans le secteur public, où les exigences syndicales frustrent un peu plus chaque jour le contribuable, qui voit son pouvoir d’achat diminuer tout en sachant que son fardeau fiscal servira à financer des retraites à prestations déterminées alors que la sienne s’annonce incertaine. 

Le sujet ne fait guère la manchette, gracieuseté de nos médias, mais il suffit de discuter avec monsieur ou madame tout le monde pour constater à quel point les groupes féministes ne semblent plus avoir pour objectif à leurs yeux que le maintien de leurs privilèges.  Peu le savent, mais le salaire annuel de la présidente du Conseil du statut de la femme avoisine celui du premier ministre Charest. 

FFQ : ça ne marche pas à tous les coups...
Comme dans le cas des boycotts étudiants de 2005 et de 2012, la perception du public a évolué des marches de femmes de 1995 et 2000, organisées par la Fédération des femmes du Québec de Françoise David, vers celle, désastreuse, de 2010, où l’existence même de cet organisme, cette fois présidé par Alexa Conradi, a été durement et légitimement remise en cause.  L’annonce de la suppression de la subvention fédérale de 240 000 $ de la FFQ n’a suscité que peu d’émoi dans la population, pour ne pas dire qu’elle est pratiquement passée inaperçue. 

De plus en plus, la gauche, jadis porteuse de changements nécessaires, apparaît au public comme une entité devenue corporatiste, alors que des questionnement essentiels proviennent d’une droite sociale, démonisée par des porte-parole en perte de légitimité.  Pouvez-vous concevoir une gauche plaider en faveur de solutions au décrochage des gars, d’un meilleur soutien aux hommes en détresse, de la reconnaissance de la violence conjugale exercée par les femmes, de la misandrie omniprésente dans la publicité, les téléromans ou le cinéma ?  Sitôt énoncées, ces positions se voient décriées comme misogynes, antiféministes et masculinistes. 

Comment expliquer que cette même gauche, affichant toujours la prétention d’être  « progressiste », soit devenue hétérophobe au point de s’opposer à la présomption de garde partagée tout en préconisant la parentalité des couples gays et lesbiens.  Comment promouvoir ce dernier modèle parental, sans cautionner le premier ?  Une telle position n’est-elle pas aussi discriminatoire que celle visant l'exclusion des homosexuels ?

C’est dans ce contexte général qu’il faudra, quand la poussière sera retombée, situer le boycott étudiant, une crise dont les conséquences, ajoutées à celles dépeintes plus haut, nous forceront tôt ou tard à redéfinir un pacte social où les responsabilités de chacun, au même titre que les droits, devront être circonscrites.

dimanche 13 mai 2012

Si vous croyez que Guy Turcotte ne sera jamais libre…

La nouvelle n'a pas fait grand bruit au plan provincial, sans doute noyée par l’interminable feuilleton de la crise opposant les associations étudiantes au gouvernement québécois, mais elle mérite pourtant que l’on s’y arrête.  Un ancien comptable trifluvien, Alain Piché, 40 ans, auteur en 2007 du meurtre sordide et dément de ses deux parents, vient de se voir autorisé à effectuer des sorties sans surveillance, tout en demeurant cependant détenu à l’institut Philippe-Pinel de Montréal.  Vous avez bien lu. 

Alain Piché
Le cas de cet homme présente d’étonnantes similitudes avec l’affaire Turcotte, qui a monopolisé la scène judiciaire l’an passé.  L’ancien cardiologue, après avoir assassiné ses deux enfants, pourrait-il, à l’instar de Piché, circuler librement et sans encadrement ?  Une telle perspective pourrait-elle constituer un premier pas vers une libération permanente ?  Il s’agit là d’une possibilité bien réelle…

Des têtes pourraient bien tomber

Dans le « Lotus bleu », Tintin se voit pourchassé par un jeune homme qui cherche à lui trancher la tête. Victime du « poison-qui-rend-fou », l’enragé n’agit ni par intérêt, ni par vengeance, mais bien pour « montrer la voie » au célèbre reporter. Un antidote providentiel, récupéré par ce dernier, et le malade, enfin guéri, pourra retrouver une vie normale auprès de sa famille. Une belle conclusion. Il semble que l’optimisme bon enfant des albums d’Hergé ait atteint la Commission d’examen des troubles mentaux, puisque c’est cette instance qui vient d’autoriser Piché à circuler librement sans surveillance. Son risque de récidive serait faible, puisqu’il n’en serait qu’à sa première offense.  J’espère que vous voilà rassurés.

Le hic, c’est que le délit de Piché ait banalement consisté à assommer ses parents, les 20 et 21 mars 2007, avant de les décapiter et de conserver leurs corps dans un congélateur. Comme l’agresseur de Tintin, Piché n’avait aucun mobile crapuleux apparent.  Je dis bien « apparent », puisque le meurtrier s’est vu autoriser en 2010 à toucher l’héritage de ses victimes, malgré un verdict de première instance, prononcé en 2008, lui niant ce droit.  Comme Piché a été déclaré non coupable pour troubles mentaux, la Cour d’appel bénéficiait d’un pouvoir discrétionnaire lui permettant de casser ce verdict.  Dans ce cas précis, le crime a payé, apparemment.

Première tentative

Au moment du drame, le schizophrène paranoïde, ayant cessé sa médication, était en proie au délire de sauver cinq millions d’habitants du Sud de la France. On a tous besoin d’un hobby.  Dieu seul sait comment cette mission est devenue, aux yeux du meurtrier, compatible avec l’homicide de ses géniteurs.  Comment ne pas comprendre sa famille de s’inquiéter vivement devant la perspective de sorties sans supervision ?

Piché a beau avoir réalisé des progrès remarquables, nous assure-t-on, grâce au réajustement de sa médication, on imagine mal comment, à court ou à moyen terme, ce patient pourrait retrouver une vie normale, même progressivement, et devenir autonome. Pas besoin d’une intuition surnaturelle pour anticiper les conséquences incalculables que pourrait entraîner un nouveau refus de se médicamenter.

Quand la réalité dépasse la fiction...
En 2008, une première tentative d’autoriser la réinsertion graduelle de Piché, incluant naturellement des sorties sans surveillance, avait été effectuée auprès de la Commission d’examen des troubles mentaux par la médecin-psychiatre Lyne Beauchemin.  Est-ce parce que cette initiative avait suscité un tollé régional retentissant, toujours est-il que la Commission devait rejeter la requête de la spécialiste. 

Peu après, Piché faisait à nouveau la manchette après avoir tenté de mettre le feu à une section du Centre de santé et de services sociaux de Sainte-Thérèse, à Shawinigan, où il était devenu résident.  C’est à la suite de cet exploit qu’il allait être pris en charge par l’Institut Pinel où il habite toujours.  C’est bien cet homme qu’on avait envisagé une première fois de libérer sans surveillance…  Rassurant, n’est-ce pas ?

Et maintenant…

J’ai avalé mon café de travers en lisant l’incroyable nouvelle, ce jeudi, 10 mai.  L’impensable, empêché en 2008, d’autoriser à Piché des visites sans surveillance, venait juste d’être commis et rendu public.  Selon son psychiatre traitant, le Trifluvien s’était révélé un bon garçon au cours des 18 derniers mois, dénotant une absence de symptômes et une dangerosité jugée minime.  Ce portrait ne ressemble-t-il pas à celui du même homme, peu avant qu’il ne tente de déclencher un incendie ?  Et l’intéressé de nous rassurer : « «Je suis capable de faire la distinction entre le malade psychotique que j'étais et la personne que je suis. Dans un état normal, je suis non violent et pacifique.»  Il a bien dit : « dans un état normal »

Non seulement Piché pourra-t-il sortir seul, selon des fréquences et durées encore à déterminer, mais la Commission a refusé de lui imposer les conditions, demandées par le procureur aux poursuites criminelle et pénales, Jean-François Bouvette, de posséder des armes et de consommer alcool et drogues.  Rendu là, j’ai repoussé à plus tard l’ambitieux projet de continuer à boire mon café en paix.  Le procureur ne devait pas cacher son indignation, au prononcé de la décision : « Je m'attendais à ce qu'il ait droit à des sorties, mais j'aurais aimé que le public soit mieux protégé. Il n'a même pas la condition usuelle de garder la paix et d'avoir une bonne conduite.»

Institut Philippe Pinel
Me Bouvette demeure persuadé que l’homme n’est pas prêt à sortir : « «Il a pour l'instant un discours rationnel face à de possibles situations hostiles. Il soutient également n'avoir aucune inquiétude quant au fait de sortir seul dans la ville. Il tenait le même discours lors de son hospitalisation à l'Hôpital Sainte- Thérèse à Shawinigan. Ses sorties avaient d'ailleurs été suspendues par la Cour d'appel. Ce n'est pas normal, surtout qu'il dit lui-même avoir besoin d'encadrement, mais qu'il n'a pas de plan précis de sortie.»

La Commission a beau envisager la dangerosité d’un malade envers la société, mais il y a lieu de se demander si elle considère la dangerosité de la société envers ce même malade.  Sans doute conscient du risque pour sa sécurité, Piché a renoncé à retourner dans sa région natale, la Mauricie.  Les Montréalais, excédés par les manifestations à répétition qu’ils endurent depuis trois mois, pourront ainsi changer leur mal de place à la riante perspective de savoir que c’est leur région que le pensionnaire de Pinel a choisie pour ses excursions non supervisées.  Son avocat de les rassurer : «  (…) je ne pense pas qu’il représente un danger pour la société, surtout que ses sorties seront limitées dans le temps. »  Bon, vous voyez bien…

Et Turcotte, dans tout ça ?

On ne peut s’empêcher d’établir des similitudes entre l’affaire Piché et le cas Turcotte :  double meurtre sordide, monstrueux, verdict de non responsabilité criminelle, cheminement psychiatrique incertain, perspectives de libération partielle ou totale.  Une seule différence : le cas d’Alain Piché n’a pas beaucoup dépassé les limites de la Mauricie, tandis que celui de Turcotte a fait la manchette nationale.  Pourtant, les enjeux restent les mêmes, comme les perspectives et les risques, pour les meurtriers comme pour le public. 

Guy Turcotte
Ajoutons que, à la différence de Turcotte, fréquemment considéré comme un manipulateur vindicatif n’acceptant pas la rupture initiée par son ex conjointe, la maladie mentale de Piché ne laisse la place à aucun doute.  Une question demeure, cependant : qu’ils soient considérés comme non criminellement responsables ou non, de tels individus, auteurs de crimes monstrueux, peuvent-ils réellement espérer mener une existence « normale », au sein de la collectivité ?  Et les institutions dites responsables, sont-elles en mesure d’assumer ce risque tout en garantissant la sécurité des citoyens ?  Les enjeux, ici, demeurent plus considérables que la simple préservation de leur crédibilité.

samedi 5 mai 2012

Le projet de société des « camarades » de CLASSE

Voilà 12 semaines déjà que s’éternise le boycott étudiant contre la hausse des frais de scolarité.  Et l’on peut même ajouter qu’il s’envenime, à en juger par la nouvelle émeute survenue à Victoriaville, où le parti libéral du Québec tient présentement son conseil général.  Conscient que le déroulement de pareil événement à Montréal aurait une fois de plus transformé la métropole du Québec en poudrière, Jean Charest a préféré une ville en région, comme si pareille manœuvre allait passer inaperçue et que le déroulement du conseil ne serait en rien perturbé.   Pensée magique, quand tu nous tiens…

Line Beauchamp,
ministre de l'Éducation du Québec
Alors que les probabilités de voir leur semestre compromis se dessinent à l’horizon, les étudiants contestataires, qui ne représentent que 25 % des leurs, ne baissent en aucun cas leur garde, bien au contraire.  Le gouvernement, dans ce dossier précis, a habilement manœuvré, contrairement à sa prévisible habitude.  Il a démontré une bonne foi apparente par la contre-proposition de la ministre Line Beauchamp de répartir la hausse de 1625 $ des droits de scolarité sur sept ans, au lieu de cinq, et de bonifier le système de prêts et bourses pour venir en aide aux moins bien nantis.  

De leur côté, les associations universitaire et collégiale, la FEUQ et la FECQ, s’en tiennent au gel des frais de scolarité, mais ouvrent timidement la porte à une hausse inférieure à celle annoncé.  « Évidemment, il va falloir que ce soit quelque chose de notable » a cependant prévenu la présidente de la FEUQ, Martine Desjardins.

La faction la plus radicale du mouvement étudiant, la Coalition large de l’Association pour une solidarité syndicale étudiante (CLASSE) se distance – à nouveau – de ses collègues en allant jusqu’à « proposer » la gratuité scolaire  par la mise en place d’une taxe sur le capital des institutions financières.  Ainsi, croit Gabriel Nadeau-Dubois (GNB), il serait possible d’atteindre cet objectif dès 2016 en imposant une taxe cumulative de 0,14 % par année pendant cinq ans, sans que le contribuable n’ait à verser un sou.  Si sur le papier, cette proposition semble défendable, elle ne tient pas compte des lois du marché, ni de la situation économique actuelle.

La taxe sur le capital des entreprises représentait plus ou moins 1,9 G $ en revenus vers 2006. De ce total, 737 M $, soit près de 40 %, ont été payés par des sociétés financières, dont le capital se voyait imposé à un taux de 1,05 %.  La taxe provinciale sur le capital des entreprises autres que les institutions financières ne dépassait cependant pas 0,525 %.

La taxe sur le capital des entreprises, instaurée en 1947 sous Maurice Duplessis, a été réduite peu à peu depuis 2007 par l’actuel gouvernement avant  de disparaître en 2011.  Il ne s’agit pas là d’une décision unilatérale, loin de là, puisque tous les partis politiques ainsi que certaines centrales syndicales avaient proposé sa diminution ou son abolition, alléguant que cette mesure constituait un frein à l’investissement et à la productivité, particulièrement pour le secteur manufacturier qui allait entrer en crise à partir de 2008. 
Gabriel Nadeau-Dubois, de la CLASSE.
Qu’il soit question de gel ou de gratuité, faut-il rappeler à nos étudiants que nos universités, sous financées, soit par insuffisance de fonds publics, soit par une gestion plus que déficiente de certaines d’entre elles (dont l’UQÀM),  risquent de devenir non concurrentielles, et les diplômes qu’elles décernent, aussi crédibles que de l’argent de monopoly.  Même la proposition initiale de la ministre de l’Éducation, appliquée sur cinq ans, n’aurait pas délogé le Québec de son statut d’État aux frais de scolarité universitaires les moins élevés en Amérique du Nord.

« Une contestation beaucoup plus large »

Le controversé leader étudiant de la CLASSE a démontré, lors de son discours « historique » à saveur marxiste du 7 avril dernier, tenu au Monument national, que le boycott contre la hausse n’était pour lui qu’un prétexte en vue d’une lutte plus vaste remettant en cause les fondements mêmes du système politique et économique, nécessairement corrompu, selon lui : «  Les gens qui veulent augmenter les frais de scolarité, les gens qui ont décidé d'imposer une taxe santé, les gens qui ont mis sur pied le Plan Nord, les gens qui ont mis à pied les travailleurs et les travailleuses d'Aveos, les gens qui tentent de mettre à pied les travailleurs et les travailleuses de Rio Tinto Alcan à Alma, les gens qui tentent d'empêcher les travailleurs et les travailleuses de Couche-Tard de se syndiquer, tous ces gens-là sont les mêmes. 

« C’est les mêmes personnes, avec les mêmes intérêts, les mêmes groupes, les mêmes partis politiques, les mêmes instituts économiques. Ces gens-là, c'est une seule élite, une élite gloutonne, une élite vulgaire, une élite corrompue, une élite qui ne voit l'éducation que comme un investissement dans du capital humain, qui ne voit un arbre que comme une feuille de papier et qui ne voit un enfant que comme un futur employé. 

« Ces gens-là ont des intérêts convergents, un projet politique convergent, et c'est contre eux que l'on doit se battre, pas seulement contre le gouvernement libéral. Et je peux vous transmettre le souhait, je crois, le plus cher des étudiants et des étudiantes qui sont en grève au Québec: c'est que notre grève serve de tremplin à une contestation beaucoup plus large, beaucoup plus profonde, beaucoup plus radicale de la direction que prend le Québec depuis les dernières années. »

Jean Charest, premier ministre du Québec.
Et poète, avec ça ! Pensez-vous que pareil leader soit disposé à régler le conflit en mettant de l’eau dans son vin dans un esprit « associatif » (sans jeu de mots) en vue d’un compromis ?  Et que l’accessibilité aux hautes études demeure son principal souci ?

Qui est un petit con ?

« Petit con », c’est le qualificatif peu subtil dont GNB a gratifié Laurent Proulx, cet étudiant qui a obtenu une injonction l’autorisant à suivre ses cours malgré la « grève ».  La CLASSE, qui a multiplié déclarations fracassantes et actions « musclées » depuis le début du boycott se voit de plus en plus dénoncée comme l’empêcheur de tourner en rond sans lequel le conflit aurait une chance de trouver une issue civilisée permettant aux parties en cause de délimiter un terrain d’entente et de sauver la face. 

En « proposant » la gratuité scolaire, sachant très bien que le gouvernement ne voudra jamais la concéder, GND et sa CLASSE, en voulant pousser Jean Charest dans ses derniers retranchements, n’auront réussi qu’à se peinturer dans un coin.  Si notre premier ministre s’est déjà montré capable de s’entêter jusqu’au coma cérébral contre la tenue d’une commission d’enquête sur la construction malgré un grogne populaire massive, que croyez-vous qu’il fera alors que l’appui populaire au parti libéral dans ce conflit vient de passer de 59 % en mars dernier, à 68 % en ce moment ?

Les liens idéologiques et financiers qui unissent la CLASSE au milieu syndical ne représentent un mystère pour personne, pas plus que les affinités électives de ce dernier avec le parti québécois, qui s’inscrivent dans une tradition politique de plus de 40 ans.  Comment se surprendre de voir la chef du PQ, Pauline Marois, plus opportuniste que jamais, promettre non seulement qu’une fois élue, elle supprimerait la hausse, mais qu’en plus, elle rembourserait les frais de scolarité du présent semestre ?  Voilà une façon on ne peut plus maladroite de joindre l’irresponsabilité à la démagogie, tout en trahissant un bien piètre flair politique et stratégique.  Résultat : Mme Marois se voit à nouveau devancée par Jean Charest dans les intentions de vote, malgré sa remontée spectaculaire des précédentes semaines.

Pauline Marois, chef de l'Opposition.
En effet, malgré ou plutôt à cause de leur malhabile tentative de renversement, cousue de fil blanc, Mme Marois, les associations étudiantes et les centrales syndicales auraient voulu donner une chance de survie à l’actuel gouvernement lors de prochaines élections qu’ils ne s’y seraient pas pris autrement.  Des crédibilités étudiantes et syndicales amochées, des perspectives compromises pour le PQ de reprendre le pouvoir, le risque d’un semestre perdu, des frais considérables en maintien de la paix, des actes de violence et de vandalisme évitables, une paix sociale menacée, des injonctions non respectées, et toujours pas de solution en vue, voilà le triste bilan de cette « contestation beaucoup plus large ». 

Pathétique et ridicule vaudeville où l’intérêt supérieur des étudiants n’aura été qu’un prétexte.