samedi 6 octobre 2012

Des petits viols bien convenables ?

« Je ne dis pas que tous les hommes sont des violeurs, je dis que tous les violeurs sont des hommes. »  Ce propos, en apparence nuancé, mais néanmoins définitif, c’est Nancy Huston, auteur féministe de renommée internationale, qui le tenait récemment, à l’occasion de la présentation de son spectacle intitulé Le Mâle entendu, les 28 et 29 septembre derniers, à la Place des Arts.  Huston ne représente pas ce qu’il y a de pire comme féministe.  Si son propos général reste victimaire, la société n’offrant selon elle d’autre alternative aux femmes que d’être soit « mannequin ou putain », elle dénonce le « constructivisme effréné », incluant les théories de genre qui nient toutes différences innées entre hommes et femmes au nom de l’égalité des sexes.

Nancy Huston
Le viol demeurant un rapport sexuel imposé par la force ou la contrainte, force demeure de constater que Mme Huston ne tient pas compte des cas d’incestes commis par une mère, bien que ce crime ne représenterait « que » 10 % des cas de pédophilie.  Du moins, des cas homologués.  Mais il existe une autre réalité, plus obscure encore, qui se dérobe à la sagacité de la romancière canadienne.

Qu’est-ce qu’un viol ?

Jadis, le code criminel canadien définissait ainsi le viol, dans le cadre de la Partie IV des infractions d’ordre sexuel : « Une personne de sexe masculin commet un viol en ayant des rapports sexuels avec une personne de sexe féminin qui n’est pas son épouse : a) sans le consentement de cette personne de sexe féminin, ou b) avec le consentement de cette dernière si le consentement i) est arraché par des menaces ou par la crainte de lésions corporelles, ii) est obtenu en se faisant passer pour son époux, ou iii) est obtenu par de fausses et frauduleuses représentations sur la nature et le caractère de l’acte. »  Voilà un énoncé qui cadre avec les perceptions de Nancy Huston.  Voyons la suite.

L’infraction de viol sera plus tard abolie et remplacée par le concept plus vaste de crime d’agression sexuelle, incluant toute forme d’attouchement sexuel non consenti.  À L’inverse, les Nations Unies définissent comme étant un viol, toute forme de relation sexuelle non consentie.  En droit français, le viol est une agression sexuelle (article 222-23 du Code pénal) incluant « tout acte de pénétration sexuelle, de quelque nature qu’il soit, commis sur la personne d’autrui par violence, contrainte, menace ou surprise. »   Bref, pas de pénétration, pas de viol.

Les femmes, seules victimes de viol ?
Si, jusqu’ici, les rôles traditionnels de prédateur et de victime, restent toujours attribués aux hommes et aux femmes, respectivement, l’administration Obama devait élargir en janvier dernier ces définitions autant aux uns qu’aux autres.  Aux États-Unis comme au Canada, le viol était considéré comme un acte charnel imposé à une femme de force et contre son gré.  Selon une dépêche d’Associated Press, « La nouvelle définition inclut désormais les deux sexes parmi les victimes ou les agresseurs et comprend les cas dans lesquels la victime est incapable de donner son consentement en raison de l’influence de drogues ou d’alcool, ou encore en raison de son âge. »  Signe des temps, la résistance physique n’est plus nécessaire pour qu’un viol soit admis comme tel.

S’agit-il de viols ?

Cette définition élargie devait me rappeler un récit confié par un certain Antoine (nom fictif), relaté dans mon blog.  En résumé, notre homme, désireux de quitter sa conjointe, avait renoncé à son projet, à la suite d’une tentative de suicide, bidon, disait-il, de cette dernière.  Se sentant exagérément responsable de la sécurité de sa partenaire – désormais imposée – de vie, il restait avec elle contre son gré, bien que conscient du chantage affectif qu’il subissait. 

Antoine m’avait assuré qu’il avait trouvé les rapports sexuels contraints avec sa conjointe, très portée sur les plaisirs sensibles, particulièrement pénibles, ce qui n’entraînait pourtant chez lui aucun problème de dysfonction érectile ou d’anorgasmie.  Pour cette raison, sa partenaire restait convaincue qu’il avait du plaisir avec elle, même si Antoine aurait voulu se retrouver n’importe où ailleurs.  « Il n’y a pas de pire solitude sexuelle que celle de rapports imposés », m’avait-il confié. 

Je m’interroge, à la lumière de la décision de l’administration Obama, pour qui la contrainte physique n’est plus une condition incontournable du viol, et selon laquelle un homme peut devenir victime, et une femme, agresseure :  Antoine a-t-il été victime de viols ?  Bien sûr, sa conjointe serait la première surprise de se voir attribuer le rôle infâmant de prédatrice, et n’avait certainement pas l’intention d’imposer des rapports sexuels à proprement parler.  Du moins, on peut le supposer.

La perspective américaine nous force
à redéfinir ce qu'est un viol.
Étant donné toutefois qu’elle avait délibérément imposé par le chantage au suicide une relation de couple, rien de moins, il y a lieu de se poser certaines questions.  La plus fondamentale reste celle-ci : si Antoine s’était senti libre de quitter sa conjointe, les rapports sexuels dont il m’a parlé, survenus après la tentative de suicide bidon, seraient-ils survenus ?  On peut raisonnablement en douter, d’après l’aversion et le malaise que de tels contacts, clairement non désirés, lui ont occasionné. 

Alors, la question demeure : y a-t-il eu viols ou non ?  Est-ce que le fait que la partenaire de vie ne se rendait pas compte que les rapports sexuels qu’elle a eus avec lui étaient contraints suffit pour la disculper ?  Avouez qu’il est difficile de répondre clairement …

Notre justice favorise-t-elle le viol d’hommes ?

À tort ou à raison, il est couramment présumé que de 65 à 80 % des ruptures sont occasionnées par les femmes.  Alors qu’une certaine presse s’interroge inlassablement sur les motifs de cet exode féminin de la vie conjugale, je me suis toujours demandé, à contre-courant, pourquoi les hommes quittaient si peu.  Après tout, ils ne sont pas tous victimes du chantage affectif subi par Antoine !

En revanche, combien d’hommes demeurent dans une relation destructrice, qu’ils seraient les premiers à quitter, s’ils ne savaient pas que la garde de leurs enfants pourrait leur être enlevée sur un claquement de doigts; qu’ils pourraient se voir éviscérés par une ou des pensions alimentaires, dans certains cas, à vie; qu’ils pourraient se trouver réduits à la pauvreté, sans pouvoir refaire leur vie; qu’ils pourraient avant cela se faire ruiner en frais d’avocats, entraînés dans un interminable enfer judiciaire où les dés seraient pipés d’avance en faveur de madame, assiégée par un avocat désireux d’entamer les procédures les plus onéreuses et les plus féroces possible ?

Pour en savoir plus long
sur un sujet tabou.
Dans son incontournable essai intitulé L’homme battu, Sophie Torrent explique que les hommes tendent à rester plus longtemps que les femmes dans une relation de violence subie.  Si dans certains cas, leur conjointe les boycotte sexuellement afin de les rabaisser par l’atteinte à leur identité masculine, dans d’autres, elle impose des rapports sexuels parfois violents ou dégradants. 

Dans le cas d’hommes contraints de rester dans une relation imposée par une conjointe violente et abusive – ou dépendante affective - et aux prises avec une « vie sexuelle active », il y a lieu de se poser la même question que plus haut à propos d’Antoine : les rapports sexuels auraient-ils lieu, si ces hommes pouvaient passer à autre chose ?  S’ils se voient contraints, afin d'acheter la paix et d'éviter de nouvelles esclandres, d’avoir des relations charnelles avec leur partenaire, ces hommes deviennent-ils victimes d’agression sexuelle, pour reprendre le terme plus vaste du code criminel canadien ?  Et notre justice familiale, ne se fait-elle pas alors la complice de pareilles exactions ?  Allons, avouez qu’il n’est pas si simple de répondre à pareilles questions…