vendredi 2 janvier 2015

Êtes-vous séquestré dans votre propre maison ?

À la femme que j'aime.

La séquestration domiciliaire, vous connaissez ?  Non ?  Pas étonnant.  Peu de gens, à ce que je sache du moins, se consacrent à l'étude de pareil sujet.  Il serait pourtant intéressant de pouvoir évaluer combien de personnes, au Québec ou ailleurs dans l’Occident dit civilisé, infligent ou subissent une forme de séquestration à domicile fondée sur l’intimidation, la menace, le chantage et la répression. 

Toutes les séquestrations ne sont pas aussi évidentes...
Ici, pas nécessairement besoin de claque sur la figure, de violence verbale ou de menaces de mort, bien que ces tactiques puissent faire partie du phénomène.  Les agresseurs et agresseuses ont plus souvent recours à des moyens qui ne laissent pas de traces perceptibles.  Même leurs victimes ne réalisent souvent pas qu’elles sont écrasées par leur tortionnaire, tant il s’y prend le plus souvent de façon sournoise et insidieuse.

Combien d’hommes, redoutant un litige pour la garde des enfants s’ils voulaient partir, restent dans une relation toxique avec leur conjointe pour ne pas perdre contact avec leur progéniture, quand ils n’agissent pas ainsi afin de la protéger d’une mère abusive ?  Combien de femmes ne décident-elles pas de continuer à subir un conjoint étouffant par crainte de représailles physiques, devant un système policier qui défend plus aisément les accusatrices mensongères que les vraies victimes de violence conjugale ?

Je ne peux personnellement m’appuyer sur aucune donnée statistique sur un sujet aussi méconnu, mais ma conviction reste à l’effet que les agresseurs, comme les victimes de séquestration domiciliaire, n’appartiennent pas plus au sexe masculin que féminin.

Un cas vécu

Pourquoi vous entretenir d’un tel sujet ?  Dans une autre vie, j’ai déjà subi ce fléau, alors que je vivais avec une femme qui me menaçait d’attenter à ses jours si je la quittais.  Aucune méchanceté, ni volonté de vengeance de sa part, seulement une détresse et une angoisse qu’elle n’arrivait pas à gérer.  La manipulation – puisque c’est de ça dont il s’agit – fonctionna un temps, jusqu’à ce que la situation dégénère au point où mon départ devint inévitable.  Privé d’oxygène, je ne pouvais que sortir brusquement la tête de l’eau.  C’était devenu une question de survie, tant mentale que physique.

Mais la motivation première du présent billet demeure associée à la répression vécue depuis plusieurs mois par ma blonde aux mains de son ex conjoint.  À l’automne 2013, elle devait lui annoncer la fin de leur relation, après sept ans de vie passablement commune, ce qui entraina la mise en vente de leur maison.  À la suite de la rupture, l’ex allait partir en voyage pendant cinq mois.  C’est durant cette période que ma copine et moi fîmes connaissance par le biais de Facebook.  Une complicité s’installa instantanément entre nous, suivi d’une attirance, d’un désir persistant, puis de sentiments amoureux très forts qui se concrétisèrent lors de nos rencontres pour le moins passionnées.

Quel sombre nuage pouvait bien venir assombrir un tableau aussi idyllique ?  Le retour de l’enfant prodige à la maison, toujours pas vendue, mais dans laquelle les deux ex conjoints vivaient désormais.  S’il espérait que son ex se soit ennuyée de lui, le pauvre a dû être déçu de constater que non seulement tel n’était pas le cas, mais que la belle ne s’était vraiment pas ennuyée…

Une jolie demeure peut devenir une cage dorée...
Inspiré par un réflexe davantage compatible avec l’islam radical qu’avec des comportements de notre époque, l’individu, pourtant Québécois pure laine, en proie à une possessivité malsaine, alla – aucun jeu de mots ici – jusqu’à interdire à ma copine de me voir ou de me téléphoner !  À deux reprises, il mit fin brutalement à notre conversation téléphonique, la seconde fois en arrachant le fil du téléphone.  Bref, aux yeux de cet esprit rétrograde, son ex restait sa propriété, au même titre que son auto de luxe ou sa maison, et nul ne devait s’en approcher.  Je le soupçonne d’uriner dans son entrée de garage pour marquer son territoire.

Depuis ces incidents aussi déplacés que ridicules, ma copine ne me téléphone qu'en l’absence de son geôlier ou recoure au clavardage quand il est à la maison, afin de ne pas indisposer Monsieur, qui fait valoir que le téléphone lui appartient.  Or, son ex redoute même de s’équiper de son propre cellulaire, de crainte de l’irriter davantage.

Les quelques fois où ma copine a bravé les foudres de son « imam » pour venir me voir à Trois-Rivières – Elle habite à deux heures de route de chez moi. – elle a dû affronter, à son retour à son domicile, un être boudeur, frustré et, bien sûr, culpabilisant.  Le pauvre n’a bien sûr rien à voir avec les motifs de la « traitresse » de l’avoir quitté : c’est une victime et tous les torts sont du côté de ma copine.  En proie à une vision assez simpliste de l’amour, il s’imagine que celle-ci n’aurait qu’à « se motiver » pour que « l’amour » revienne.  Il existerait donc chez une femme une « switch » qu’il suffise de mettre à « on » pour qu’elle aime à nouveau.  Comme la vie devient simple, ainsi expliquée. 

Je me demande ce qu’Yvon Dallaire penserait d’une telle rhétorique…

Ce qui ne nous tue pas…

… Nous renforcit, dit le proverbe.  Évidemment, le contrôle de ce triste sire sur ma copine n’a pas manqué de nuire à notre vie de couple, bien que, à la réflexion, cette épreuve ait surtout contribué à renforcir notre relation.  Bien entendu, par son attitude répressive, « l’imam » espère, consciemment ou non, que ma copine ou moi lâchions prise, et qu’il pourra un jour remettre le grappin sur son « bien », usure aidant.  Il peut gentiment aller se faire f… 

J’ai la plus grande difficulté à comprendre comment un être soi-disant humain puisse s’imaginer qu’il pourra imposer l’amour par l’intimidation, le chantage ou la menace larvée.  Or, à ce jour, la maison où ma copine se voit séquestrée, je dois préciser aussi par sa faute, n’est toujours pas vendue.  Elle espère toujours que la transaction finira par se faire et qu’elle pourra enfin passer à autre chose en évitant conflits et drame.  Je salue son optimisme…

Se sentant coincée entre un sentiment de culpabilité d’avoir mis fin à sa relation avec son colocataire, et la crainte de représailles indéfinies qu’entretient sournoisement ce dernier, elle a récemment manifesté des signes de fatigue intense, sans doute accumulée par une vie au quotidien avec un individu dont elle se passerait volontiers.  Égoïste et déconnecté, ce dernier reste indifférent à ce que vit son ex conjointe.
Des chaînes, ça se brise...

C’est ce genre de symptômes qu’une victime de séquestration domiciliaire doit apprendre à reconnaître si elle veut finir par reprendre son existence en main et reconquérir une autonomie dangereusement menacée par un être sans scrupule ni empathie.  La liberté n’est pas un cadeau qu’on attend tranquillement, mais un bienfait essentiel que l’on doit se donner.  Avis à toutes les victimes de séquestration domiciliaire… Et à ma blonde !